LS
leur domination qu'on substitua à celte coutume sanglante la simple vénération des pierres,
IT. Concacha. On trouve à 3 lieues au sud d’Abancay, sur la route de Lima au Cuzco, dans un bois, près d’un lieu appelé Concacha , une de ces pierres curieuses, qui témoignent évidemment de ce culte sanguinaire. Elle mesure 6,19 de long sur 4,38 de large. Deux gradins, qui semblent avoir servi de siéges, ont été creusés sur une des faces latérales. À côté de ces gradins est taillé, dans la pierre, un petit escalier qui conduit sur le sommet formé d’une surface à peu près plane, Cet escalier ne part pas de la base du monument, mais du tiers de sa hauteur environ, ce qui donne à penser qu'il était enterré jusqu'au niveau de la première marche. On a creusé sur le sommet plusieurs bancs. Deux siéges sont taillés sur le côté du nord, et un sur celui de l’est. Le côté du sud présente des rigoles creusées dans la pierre et très-bien accusées. Elles se rendent par une pente, d’abord insensible, puis bientôt plus rapide, à deux cavités qui ont l’apparence de réservoirs, et à la fois de déversoirs. On voit encore, sur la surface horizontale du sommet, huit petits trous ou godets, creusés en ligne etsans aucune communication entre eux. Ges godets, les rigoles qui sont sur un plan inférieur, et qui aboutissent à des déversoirs, forment tout un appareil pour l’écoulement du sang des victimes. Ce sang devait être recueilli dans des vases placés au-dessous des déversoirs. Le peu de régularité de cette disposition
s'accordait probablement avec un système calculé, conformément à la science augurale. La direction que prenait le sang dans ces différents sillons devait être mterprétée par les prêtres, qui en tiraient sans doute des présages, On ne peut affirmer, d’après la seule inspection de ce monument, qu'il dût servir aux sacrifices humains ;: mais on ne peut nier, toutefois, qu'il n’ait été arrosé du sang des victimes, quelles qu’elles fussent. Or, si nous rapprochons de cette description, et du dessin que M. Angrand a levé de ce monument, les récits des historiens espagnols et de Garcilaso lui-même , nous ne pouvons suère douter que cette pierre n’ait servi aux sacrifices humains avant le dernier âge de la domination des incas. On remarque autour de ce monument d’autres monolithes affectant la forme d'immenses siéges. Concacha étäit évidemment un des grands centres religieux des peuples primitifs du Pérou; et, comme il arrive toujours, il aura retenu quelque chose de son caractère sacré à l’époque des incas, et n'aura pas cessé d’être fréquenté par les fidèles du nouveau culte, comme la Caaba de la Mecque après Mahomet. On voit, à quelque distance de la pierre des sacrifices , un édifice que l’on appelle le palais de l'inca, mais qui paraît plutôt avoir été un temple précédé d’une grande cour. Près de là sont des marches de pierres taillées et engagées entre deux murs. Ces degrés n’ont pu servir d'escalier, et sem-blent avoir été disposés pour recevoir des eaux et former une cascade artificielle. Les monuments, dont
ER TEE Led
M. Augrand a levé les dessins et les plans, permet tent de faire celte remarque générale sur le caracière de la civilisation péruvienne, que ces peuples aimaient les eaux, la fraîcheur et le murmure des cascades; goût qui ne se rencontre d'ordinaire que chez les hommes d’un esprit délicat et cultivé: On nes’attend guère, en effet, à trouver chez une nation qui ignorait l'écriture, et que les Espagnols traitaient de barbare, les mêmes inclinations que chez un Mécène et un Lucullus, et des travaux artificiels, qui, tout rustiques qu'ils sont, n’en rappellent pas moins les agréments de nos jardins royaux.
Dans la cour qui précède le temple de Goncacha se trouve une pierre dont la forme est presque circulaire. De la base au sommet elle mesure 2°,98 : en longueur, elle a 4",07 ; en lärgeur, 3*,02. La surface supérieure est seule sculptée, et présente un grand nombre de reliefs très-variés, offrant l'aspect d’une montagne avec ses ravins et ses lacs, d’édifices et de routes ; on y voit unefoule d’ornements ét d’animaux symboliques : des lions, dés ours, des singés, des lézards, des grenouilles. L'originalité de ce monument en fait une des pièces les plus curieuses de la collection de dessins de M, Angrand. L'aspect en est agréable. Gette profusion de figures rapprochées, sans harmonie apparente, sans aucunñé symétrie ; ce désordre et cette confusion même présentent à l'œil un tableau d’une grande richesse et qui produit une impression assez semblable à celle qu’on éprouve en présence d’une œuvre de Bernard Palissy. Gette
pierre ne parait pas, d'ailleurs, avoir eu de destination sacrée, On peut affirmer, tout au moins, que ce n'était pas une idole. Elle semble avoir été une fontaine, l’eau sortant par le point culminant, coulant par les anfractuosités creusées sur la pente, et s’écoulant à la circonférence par des trous au nombre de trente. On serait donc tenté de croire que c'était simplement un monument de luxe. Les jets d’eau seraient retombés sur les reliefs taillés dans la pierre. etauraient donné ainsi naissance à mille petites cascades , dont l'effet devait être fort agréable à l'œil.
WII. Villca-Huaman. À moitié chemin entre Guamanga. et Andahuayllas, dans la chaîne de montagnes qui sépare ces deux villes, on trouve en un lieu très-isolé, à une demi-lieue environ des ruines très-importantes dont nous parlerons bientôt, une roche inclinée, suivant la pente de Ia montagne, et terminée par un rebord en saillie, formant un ressaut perpendiculaire. On à creusé dans cette roche un godet d’où part une rigole de 0",03 de largeur et d'autant de profondeur. Elle bifurque à 0",25 du godet, et chacune des deux rigoles formées à partir de ce point figure différents zigzags. Cette pierre, qui parait avoir servi aux sacrifices PA ne présente aucun ornement et semble appartenir aux plus anciens âges religieux de l’histoire péruvienne.
À quelque distance de là se trouvent les ruines imporlantes dites palais de l'inca. Ce palais, sur
acement di uquel on a élevéuneeclise moderne
APN alta PER TT
était entouré de trois murs formant terrasses les uns au-dessus des autres , et ayant chacun 2,50 environ de hauteur. Ces trois murs sont de construction cyclopéenne. Les pierres qui en forment les arêtes sont seules taillées à angle droit. Le mur inférieur est crénelé, et les créneaux sont à des distances inégales. Dans le mur qui enferme la terrasse du milieu on a ménagé des niches en forme de guérites, entre chacune desquelles sont d’autres niches plus petites, qui ne partent pas du sol et ressemblent à de fausses fenêtres. La forme de ces niches rappelle les portes des temples de l'Écypte : c'est-à-dire qu’elles présentent la figure d’un irapêze allongé, car, sur une hauteur de 2,13, elles ont 1* ou 0®,95 à la base, et 0",80 seulement au sommet. Le faîte du troisième mur est de niveau avec le terre-plein sur lequel l’église est construite. Les fondations jusqu’à une hauteur de 2 à 3 mètres, suivant les endroits, sont de construction indienne, ainsi que deux des portes de l’église. Dans la porte principale de cette église on voit un ornement qui provient des anciennes constructions. C’est une dentde-Scie qui rappelle les moulures romanes de nos églises normandes et saxonnes,
Près de là se trouve un temple primitif, dont la forme pyramidale présente une analogie curieuse avec. les téocallis mexicains. Il est formé de quatre sradins, dont l’inférieur a 27* de face sur 23,73 de côté , et le supérieur, 17,50 de face sur 14",90 de
côté. On arrive au sommet de ce téocalli par un
2 ter 1
mn The
escalier de vingt-neuf marches. L'élévation du monument est de 10, Les sacrifices se faisaient sur le sommet qui est à ciel ouvert, Cette disposition n’a, par conséquent, rien de commun avec celle des pagodes de l'Inde, dont la forme est également pyramidale, ni avec les tombeaux des rois d'Égypte, ni avec le temple de Bélus, à Babylone, puisque l'usage de ce téocalli était évidemment extérieur. Derrière ce monument l’on voit de grandes constructions qui ont dù appartenir à l’époque des incas. On en ignore la destination. Peut-être étaient-ce des espèces de greniers ou lieux de dépôt, comme nous voyons qu'il en existait dans les diverses provinces, d’après le témoignage des historiens. Plus loin encore sont les ruines d’un vaste édifice, composé de plusieurs chambres ou cellules, et que lon pourrait prendre pour des couvents de vierges, si l’on se reporte à la description que Garcilaso donne de ces établissements. On a trouvé, au sommet du monument, deux siéges taillés dans un seul bloc de pierre, et trois autres siéges monolithes, destinés à une seule personne. Le premier est encore à peu près en place; les autres ont été descendus et placés à la maison de ville, bâtie au pied du temple, dont tout le sommet a été fouillé dans l’espérance d'y trouver «les trésors.
IV. Choccequirao. En face de Concacha, de l’autre côté de l’Apurimac, s'élève, dans les aspérités les plus escarpées de la Cordillère, la fameuse ruine de Choccequirao, la retraite la plus inaccessible et la
+ RP PRE dE LR SE
So 158 >
plus sauvage qui ait jamais été. Ceite demeuré royale a été construite au-dessus de l’Apurimac, sur le versant et sur la crête du contre-fort d’un slacier entouré de précipices. À Concacha l’on n’en est éloigné que de 12 à 15 lieues à vol d'oiseau; mais il faut faire un détour de 80 lieues environ pour y parvenir, encore n'y réussit-on qu’en affrontant les plus grands dangers. Le chemin qui y con duisait autrefois devait être rempli de difficultés ; mais aujourd'hui il est détruit ; il faut s’en frayer un autre à travers les bois et les épaisses broussailles qui couvrent les flancs escarpés du glacier de Yanama. Souvent on en est réduit à se retenir aux branches d’arbre, en assurant ses pas sur les racinies qui, seules, peuvent soutenir au-dessus du précipice. C’est dans cet asile impénétrable que s'étaient retirés les derniers membres de la famille des incas, après la conquête espagnole. Ils vécurent longtemps encore dans ce repaire, où s'est conservé mieux que partout ailleurs le type des constructions péruviennes. C’est là qu'il faut étudier la disposition des édifices qui servaient de demeure aux incas. Mais les dificultés que présente cette excursion sont si grandes que deux Européens seulement l'ont entreprise avec succès : M. le comte de Sartiges, en 1834, et M. Angrand, en 1847. Nous ne savons si \E. de Sartiges a dessiné les monuments de Choccequirao, car nous n'avons connaissance d'aucune publication faite par lui à ce sujet, Aussi pensons-nous que Îles plans levés par M. Angrand, et les dessins