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sente une série de terrasses, placées en amphithéâtre et protégées par la montagne, qui est inaccessible à droite et à gauche. L'appareil des constructions est de deux sortes. On voit d’abord des murs formés de grosses pierres, dressées dans le sens vertical et formant des parallélogrammes allongés, reliés les uns aux autres par des pierres plus petites. Le second appareil est cyclopéen : on y remarque des niches de forme égyptienne, Ces parois étaient vraisemblablement le fond des galeries, dont la façade extérieure a disparu. On reconnaît, dans les ruines d'Ollantai-tambo , des casernes, un temple, des corps de garde fortifiés, qui dominent toutes les issues. Dans un des lieux les plus abrupts, en face de la forteresse, de l’autre côté de la vallée, se voit une petite construction ayant une porte ouverte au-dessus du précipice ; c'était sans doute une potence, Le coupable était attaché à une corde fixée à la poutre supérieure de cette ouverture. Lancé dans l'abime, sa chute était arrêtée par la corde qu'il avait passée au cou : 1] retombait, étranglé par la secousse, etse brisait les membres sur les rochers. En remontant la vallée, on trouve sur une des cornes formées par les escarpements qui entourent les gradins, une pierre que l'on désigne par l'appellation hybride d'Intimisana (messe du soleil) Un gradin a été taillé dans l'épaisseur de cette pierre en forme d’autel, et sur cet autel se détache le relief d’un calice, avec la patène.et les ornements qui recouvrent le
vase sacré, lorsque le prêtre le dépose au commen- L] " E
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cement de la messe, Les indigènes racontent , au sujet de ce monument, qu’un Indien ayant vu célérer, à des prêtres espagnols, le sacrifice chrétien, voulut dire une messe au soleil ; mais, qu’à l’instant où le calice fut déposé sur cet autel improvisé, il se changea en pierre, et que l’Indien disparut.
On trouve, dans la vallée d’Ollantai-tambo, une autre pierre désignée sous le nom d’Incarumi, qui présente plusieurs bancs taillés dans le roc, ainsi que les escaliers qui y conduisent. Un de ces bancs est plus élevé que les autres. On rapporte que c’est là que l’inca venait s'asseoir ; toute la cour se groupait aux étages inférieurs.
Ces sortes de pierres, qui n'avaient apparemment d’autre caractère sacré que celui que leur donnait la visite de l’inca, se trouvent, d'ordinaire, dans les points de vue les plus remarquables. Ces peuples, d’inclinations contemplatives, étaient épris, comme les Chinois etles Mongols, de la belle nature. Aussi trouve-t-on de ces sortes de monuments dans tous les lieux d’où l’on jouit de la vue de beaux paysages. Il existe quelques-unes de ces pierres qui mesurent jusqu’à 60 mètres de circonférence.
VIT. Tyahuanaco. Nous voici arrivés à la description de ces belles ruines, qui, par leur caractère de grandeur religieuse et de majesté solitaire, ne peuventétre comparées qu’à celles de Carnac, d'Ibsaruboul et de Luqsor.
Les plans et les dessins que M. Angrand a levés sur les lieux même , sont d'une telle exactitude et
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a : au
d’une si scrupuleuse minutie qu'à une époque où [a photographie ne permet plus guère de croire aux dessins, on ne saurait toutefois, pour les monuments dont il s’agit, regretter le daguerréotype. En effet, si les procédés, très-perfectionnés aujourd’hui, de ia chambre obscure , rendent l'aspect général et la finesse des détails avec une incomparable fidélité, ils ne nous peuvent donner les proportions mathématiques et la disposition des objets tracés sur un plan. Le soin que M. Angrand à pris de lever ces plans lui-même, et de vérifier les réductions proportionnelles de ses travaux, donne à ces documents et aux mesures qui les accompagnent un caractère de précision que ne peuvent offrir les planches daguerriennes.
Les ruines immenses de ces édifices, dont la construction est évidemment antérieure aux incas, sont situées entre le Desaguadero et la Paz, au sud du lac de Titicaca. Elles se composent de trois parties distinctes, appelées vulgairement le palais de l’inca, la forteresse et le temple du soleil. Nous verrons bientôt que ces désignations populaires ne sont rien moins que conformes à la destination des monuments auxquels elles s'appliquent. Ce qui donne plus de prix encore à l’œuvre de M. Angrand, c'est que ces curieux débris, témoignage unique d’une civilisation disparue, sont en proie au vandalisme incessant des indigènes, qui les ont transformés en carrière d’exploitation, pour la construction ou l’embellissement de leurs demeures dans les bourgades voisines. Les
SAR Dinde ARE 7
pierres creusées, qui se trouvaient en grand nombre dans cette vaste plaine, ont paru propices, par leur forme, aux usages domestiques. Ilest bien à craindre que, dans quelques années, ces monuments aient entièrement disparu.
Ce qu’on appelle la forteresse est un immense amas de terres rapportées, s’élevant à la hauteur de 50 mètres environ. La base de ce monument présente la figure d’un parallélogramme irrégulier , ayant les quatre côtés orientés aux quatre points cardinaux. Il était composé de gradins, ce qui lui donmait la forme d’une pyramide tronquée. Le gradin inférieur avait 150 mètres sur deux de ses faces, et 200 mètres sur les deux autres, Cet édifice, qui rappelle de loin les téocallis du Mexique, et surtout la fameuse pyramide de Cholula, décrite par M. de Humboldt, était évidemment un temple sur le sommet duquel se faisaient les sacrifices. On voit encore les fragments des murs qui soutenaient les terre-pleins. Ils étaient formés de grandes pierres allongées, placées debout et offrant, sur les côtés, des rainures où venaient s'adapter les pierres voisines, plus petites, superposées par assises; et présentant, sur la face extérieure, le relief arrondi des constructions florentines, Ce mur était une espèce de chaussée ou trottoir. Le sommet de ce téocalli a été fouillé , et si profondément remué qu'il faudrait faire de grands travaux pour déblaver ce qui reste des murs de revêtement.
Cette construction, aussi bien que le culte qu’elle
rappelle, sont évidemment antérieurs à la civilisation des incas.
Il n’est pas probable que ce monument, malgré le nom que les indigènes lui ont conservé, ait jamais servi de défense militaire, même aux époques modernes, car on ne voit pas de quelle utilité eût pu être, dans un pays plat, une forteresse située de manière à ne pouvoir même protéger les constructions voisines. Les bâtiments appropriés à la défense ne se trouvent, au Pérou, que dans les lieux déjà fortifiés par la nature. C'était donc, nous le répétons, un temple semblable à ceux du Mexique, et servant probablement aux sacrifices humains, qui étaient, comme nous l'avons dit, en usa ge dans cette contrée avant le règne des incas. On en est réduit, d’ailleurs, à des conjectures, car la traditionne nous a rien conservé de ces temps antérieurs aux fils du soleil. Îl est vrai que les monuments sont à eux seuls toute une tradition, et, sans rien préciser, quant aux faits historiques, nous pouvons affirmer, du moins d’après l'aspect de ces ruines, qu'il a existé dans ce pays, à une époque fort ancienne, un art plus avancé que celui de la monarchie des incas, et, autant qu’on peut juger du degré de culture d'un peuple par les témoignages sensibles qu'il nous a laissés, supérieur même à tout ce qui nous reste de la civilisation du dernier âge des races péruviennes. Il faudrait conclure de là que l’époque des incas est une êre- de décadence comme celle des Azièques au Mexique et
dans l” Amériqu e centrale. Or, si l’on voulaitchercher
quelques rapports entre les édifices de Tyahuanaco et les autres débris des civilisations américaines , c'est dans le Nicaragua et dans l’Yucatan, contrées habitées par les Toltèques longtemps avant l’arrivée des tribus d’Aztlan dans l’Anahuac (Mexique), que vous les trouverions.
Il est une objection que plus d’un lecteur ne manquera pas de faire à tout ce qui précède, c'est que nous ne saurions considérer cette civilisation des anciens peuples du Pérou comme supérieure à celle des incas, et admettre en même temps, ce qui pourtant est assuré, que les sacrifices humains établis avant les fils du soleil furent supprimés par eux. Mais si nos mœurs répugnent à de pareils usages, sinotre morale et notre civilisation les réprouvent comme barbares, il ne faudrait pourtant pas les croire incompatibles avec un certain degré de culture, moins raffinée assurément, mais plus mâle , plus forte, plus religieuse aussi en un sens que celle des temps qui ont suivi. Ne faut-il pas distinguer ici la férocité primitive , commune à toutes les tribus sauvages, et qui les porte à s'entre-détruire après la guerre, à immoler leurs ennemis à leurs fétiches et à se repaître de leurs chairs palpitantes; de la foi aveugle qui porte des adorateurs enthousiastes et fanatiques à s'immoler volontairement sur les autels de leurs dieux ? Nous ne eraignons pas de dire que les sacrifices humains, à la condition que les victimes s'offrent librement, attestent toujours un profond sentiment religieux,
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et que ce zèle, excessif sans doute, mais inspiré et soutenu par une foi vive, loin d'être un signe de décadence ou de grossière ignorance, est bien plutôt la preuve d’une croyance sincère, sérieuse, sinon épurée, qui témoigne d’une éducation énergique et peut se concilier avec une civilisation florissante. Ne voyons-nous pas les sacrifices humains établis depuis tant de temps dans l’Inde, ce foyer des lumières de l'Orient, répandus dans la Grèce déjà civilisée, à l’époque où le culte austère des divinités primitives n'était pas encore altéré par les principes moins purs de l’Olympe du second âge, en honneur à Rome méme au temps des grandes vertus publiques?
Qu'est-ce que le dévouement d’un Décius, sinon la mort librement acceptée, le sacrifice humain offert à la patrie, cette grande divinité auprès de laquelle les autres dieux n'étaient comptés que parce qu'ils protégeaient la mâle cité et enseignaient à l'aimer? Qu'est-ce que le sacrifice d'Iphigénie et de la fille d’Aristodème , sinon la manifestation énergique, mais noble et touchante, de la foi portée à son plus haut degré d’abnégation ? Le christianisme, qui procède de plus haut et n’a point ses racines dans les sentiments humains, n’a pas voulu que les fidèles fussent immolés, dans l’excès d'un zèle mutile, par la main de leurs semblables ; mais il a fait de l'abandon de leur propre vie la première condition de la foi et l'unique épreuve des néophytes. [l n’a pas eu de victimes, mais des martyrs.
Les fidèles plus libres, mais plus sensés dans leur
enthousiasme religieux , attendant avec fermeté, espérant avec ardeur les glorieuses palmes des élus, ne recherchent pas, il est vrai, de vains supplices pour honorer une divinité insensible et étonner, comme en une sombre parade, les fidèles frappés de stupeur. Îls n'en sont pas moins prêts à faire à Dieu l’äbandon de leur vie. C’est aussi le sacrifice humain, mais ennobli par le but et fécondé par l'utilité de l'exemple.
Ainsi, l’offrande des victimes humaines est de tous les pays, sinon de tous les temps ; elle se trouve chez toutes les nations cultivées, mais elle existe surtout avant que les civilisations, devenues plus florissantes, aient en même temps altéré la mâle vigueur des anciens âges. Le sacrifice humain, dans son sens le plus vaste et à la fois le plus vrai, est le dévouement absolu de l'homme à Dieu. Du jour où l'humanité en progrès leflace de ses mœurs, c'est que le sentiment religieux s’affaiblit. Quand Jagernaut n’a plus ses victimes, le Capitole ses héros et le Christ ses martyrs, c'est que l'instinct de la conservation a pris la place des grands dévouements et de la foi qui les inspire, et c’est à notre avis un signe bien plus manifeste de la décadence des sociétés que le sacrifice exagéré n’en est un de la barbarie des peuples ; mais il y a toutefois ici une distinction à faire. 11 ne faut pas confondre les sacrifices humains plus ou moins aveugles, plus ou moins forcés, mais toujours sanguinaires et barbares avec le dévouement des héros, ou des saints
sacrifiant librement leur vie pour le salut de la patrie ou la gloire de Dieu, la confession ou la propagande de leur foi; car ce serait confondre le fanatisme de la superstition avec l'enthousiasme patriotique ou religieux, c'est-à-dire ce qu’il y a de plus élevé'et de plus pur, avec ce qu’il y a de plus passionné et de plus sauvage dans l’idée même du sacrifice.
Nous ignorons si la pyramide de Tyahuanaco a été arrosée par le sang des victimes humaines, mais les monuments primitifs, dont nous avons parlé plus haut, avaient évidemment cette destination, et ils sont également antérieurs aux Incas. Ces sacrifices étaient-ils libres? là est toute la question, c’est la liberté seule qui fait la barbarie ou caractérise l’époque prospère d’une religion.
Au nord de la prétendue forteresse est un autre monument improprement appelé le temple : nous pensons qu'il est plus ancien que le premier. La tradition, recueillie par les historiens espagnols, et entre autres par Garsilaso, fait foi de sa haute antiquité et confirme sur ce point le témoignage de archéologie. Nous voyons dans l'Histoire du Pérou que Mayta-Capac, quatrième inca, pénétra dans le pays de Tyahuanaco, et y trouva des édifices extraordinaires : une colline faite de main d'hommes, entourée d'une balustrade pour maintenir la terre (c'est le monument dont nous venons de parler); il vit près de là des colonnes taillées, avec des bas-reliefs représentant des personnages dont les robes
trainaient jusqu'à terre, des murailles faites de pierres immenses, des portes monolithes ornées avec art sur toutes leurs faces. Ces ruines jetèrent les Péruviens dans le plus grand étonnement. Ils ne purent se rendre compte, dit le même historien, des procédés qui avaient été employés pour la construction de ces bâtiments.
Le soi-disant temple du soleil est construit sur une esplanade carrée, un peu plus élevée que la plaine
et mesurant 122 mètres sur chaque côté. Cet immense édifice avait donc 488 inètres ou un peu moins d’un demi-quart de lieue de tour. L’enceinte en est parfaitement accusée par des pierres énormes,
placées debout et fixées en terre à une grande pro-
fondeur. Depuis le niveau du sol elles ont de 5 à 6
mètres. Toute la portion qui est à l'air est taillée.
Ceux de ces monolithes, qui étaient aux angles et
formaient les arêtes de l'édifice, sont taillées à angle
droit dans le sens vertical, intérieurement et extérieurement; les autres présentent une surface extérieure plane. Dans le sens de l’épaisseur, sont ménagées des rainures pour soutenir les panneaux. Ce remplissage n'existe presque nulle part. Ces espèces de colonnes plates sont ordinairement distantes les unes des autres de 5 à 6 mètres. Leur épaisseur est la même ; mais leur largeur varie suivant le volume de la pierre brute. Le sommet n'est pas taillé.
Comme elles sont d’inégale hauteur, on est tenté de
croire qu’elles n’ont pas dû supporter de couronne-
ment. Cependant la construction qui formait le rem.
plissage entre les monolithes et complétait le mur, pouvait s'élever aussi haut que la pierre la plus longue et former ainsi un niveau uniforme sur lequel aurait pu porter la toiture; mais il ne doit pas y avoir eu de toit, car on ne trouve pas trace de compartiment dans l’intérieur de la grande enceinte, et il aurait fallu que le toit eût 122 mètres de portée, ce qui est impossible.
Sur la face occidentale se trouve une espèce de portique composé de dix pierres énormes, d’inégale largeur (variant de 0®,80 à 2°), maïs de la même hauteur ou peu s’en faut. Elles sont mieux équarries que celles de l'enceinte et sont taillées à leur sommet, ce qui prouve qu'elles supportaient un couronnement. Entre chacune de ces pierres dressées, aux endroits où se trouvaient les ouvertures, le sol est formé par d’autres pierres taillées et enfoncées en terre. Le plus souvent ces espèces de seuils sont formés par la mème pierre qui figure les montants de la porte.
C’est près de l’angle nord-ouest que se trouve la fameuse porte monolithe qui est encore en place. Elle a été brisée à sa partie supérieure et se trouve aujourd'hui divisée en deux morceaux, dont lun est légèrement incliné sur l’autre, ce qui donne à cette ouverture l'aspect d’une pôrte égyptienne. Mais elle était taillée à angle droit ainsi que toutes les portes et toutes les niches de Tyahuanaco. Elle a 4 mètres de haut sur 2",30 de large; l'ouverture a 1°,53 de hauteur sur 0",81 de largeur. L’épaisseur
est de 0",42, La face occidentale présente deux niches au niveau du sol et deux autres niches audessus de la ligne supérieure de l'ouverture : une de chaque côté. L'ouverture, aussi bien que les niches, est entourée de moulures dentelées s’évasant vers le haut. Au-dessus de la porte est une corniche qui forme un cordon sur toute la façade au-dessous des niches supérieures, Dans la partie inférieure, la pierre est éclatée comme si l’on y avait introduit des gonds de métal.
La face orientale est couverte de bas-reliefs et d’ornements de toute sorte. Au-dessus de la porte est un vaste caisson de 84° de haut sur 0°,55 de large. Il est flanqué à droite et à gauche de trois rangées de peüts caissons superposés symétriquement. Le tout est séparé de l'ouverture et de la partie inférieure de l'édifice par une frise de 0",20 de large, qui forme cordon sur toute la façade. Ces caissons ne sont autre chose que des petits cadres dans lesquels sont représentés, en reliefs plats, se détachant sur un fond creusé à la manière égyptienne, des figures taillées avec soin et ornées avec un art remarquable. Le caisson principal représente un personnage aux formes courtes et ramassées dont le corps et les vêtements sont couverts, ou plutôt composés de toute sorte d’attributs. Il tient dans chacune de ses mains un sceptre qui ressemble à un arc et qui est terminé, à l’une de ses extrémités, par une tête d'oiseau. La face de ce personnage est sculptée partie en creux, partie en relief. Les yeux
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sont figurés par deux godets, la bouche est creusée et le nez est en saillie. Les traits du visage sont terminés par des figures symboliques. La tête est entourée d’une grecque et d’une auréole de dix-neuf rayons {erminés, de trois en trois, par des têtes d'animaux entre chacune desquelles sont placés deux cercles où anneaux, soutenus comme les perles des couronnes de comte. Les animaux symboliques, dont les têtes sont représentées sur la face ou sur les rayons, sont des tigres, des chiens et des oiseaux, — probablement des condors. Le corps est composé également de têtes d'hommes et d'animaux. Les jambes, très-courtes, ont pour base une espèce d’escabeau couvert des mêmes signes. Cette figure, dans ses contours et ses détails, présente deux côtés absolument symétriques. Les petits caissons renferment chacun une figure. Ceux de la rangée supérieure ofrent partout la même. C’est un homme ailé, vu de profil, un genou en terre, et le visage tourné vers le caisson du milieu. L’attitude de ces personnages semble exprimer l’adoration. Ils tiennent à la mäin un Scepire en forme d'arc et sont coùronnés d’une coïffure à cinq rayons, terminés chacun par deux têtes d'oiseau, une tête de quadrupède et deux embièmes ayant la forme, l’un d’une tiare, et l’autre d’une tour. Les ailes sont composées de plusieurs plumes. Les pennes supérieures ne portent point d'emblème, les inférieures ont à leur extrémité trois têtes d'oiseaux et quatre de quadrupèdes. Dans la rangée du milieu, les personnages sont de
même ; seulement ils ont une tête d'oiseau, vue de profil comme Horus, père de l’Osiris égyptien. Dans la rangée inférieure, la tête des personnages dont l'attitude est toujours la même est remplacée par un emblème qui pourrait figurer à la rigueur le sommet du profil humain. L’ornementation de ces figures diflère de celle des rangées supérieures : on ne voit plus de têtes d'animaux, mais des cercles semblables à ceux qui se trouvent dans l’auréole du personnage principal (caisson du milieu). La frise représente une espèce de grecque à double zig-zag, ornée de têtes d’oiseaux disposées horizontalement. Cette grecque forme cadre à plusieurs petits sujets qui représentent une série de figures symboliques. Elles rappellent celles des caissons et sont ornemen-
tées à leur tour comme les personnaces de ces mé- =
mes caissons. Les deux parties de la frise sont symétriques. Dans le cinquième cadre de la grecque est représentée une figure à visage humain coifiée d’un diadème ou borla. Les pieds sont terminés par des emblèmes de forme très-allongée. La main droite tient une trompette appuyée sur les lèvres. Ces ornements sont du plus haut intérêt pour l'étude de l'archéologie et de la symbolique, et nous ne connaissons rien qui leur soit analogue (1).
Le troisième édifice de Tyahuanaco, appelé Pa-
(1) Le numéro de janvier 1858 du Magasin pittoresque renferme des dessins de l’ornementation de la porte de Tyahuanaco. Ils sont accompagnés d’explications. Rien de plus inexact que les unset les autres. Les dessins sont la reproduction d’une planche bien connue
et dans laquelle le premier auteur a fait preuve d’une rare imagination. Éo D:
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lais de l'Inca, est à 300 inètres environ de la forte resse. Il est composé d’un terre-plein de 163 mètres de long sur 159 de large, et formé de terrasses ou gradins comme le premier monument que nous avons décrit; seulement l'élévation n'est que de 6 mètres. Il était précédé d’un portique et se terminait à son sommet par uñe vaste esplanade. Le portique était composé de pierres énormes, dressées ‘comme dans l'édifice dit le Temple. La plus grande de celles qui étaient entore en place à l’époque où M. Angrand a levé ces plans, avait 7 mètres de hauteur. Le développement de ce portique était de 100 mètres. D’autres pierres, couchées à plat, servent d'assises aux monolithes droits qui se dressaient sur cette base. Après avoir franchi cette facade, on trouve d’autres pierres plates qui ont dû former le sol uni de ce vaste péristyle. À vingt mètres de ce portique, s’en trouve un autre dont les pierres , plus petites, sont très-richément ornementées. Parmi les niches qui sont creusées dans quelques-unes de ces pierres, figurent des cintres trèsbien formés qui sont à peu près les seuls qui existent, au Nouveau-Monde, dans les monuments. antérieurs à la conquête. Elles ne sont pas dans le monument même, mais entre le temple et ce dernier monument. —De plus, il en existe une troisième au sud, à environ 150 mètres. —M. Angrand n’a pas parlé de cette dernière ‘parce qu'il ne l’a pas dessinée. On trouve aussi près de cet édifice une porte monolithe beaucoup moins curieuse que celle que, nous avons décrite plus haut; enfin il en existe une
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froisième au sud, à énviron 150 mètres du Palais de l’'Inca.
Les trois édifices de la valléede Tyahuanaco, essentiellementdiflérents p: arleur construction. ont dû être des temples ; d'aprèslesconjecturesetles observations de M. Angrand, la forteresse etle palais de l’inca auraient eu cette destination ; mais l'édifice HE é au-
15 : ‘ FL Ne dy d’hui sous le nom de temple aurait été, soit une
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dépasse au village DHPOURe de Ty ; deux qui sont à la Paz; une autre, brisée, a été laissée en route entre Tyahuanaco et la Paz. Les figures
qu'elles représentent, grossièrement te , ont l'apparence d'idoles. Ces formes primitives qui contrastent avec l’ornementation délicate de la porte mouolithe du Palais de l’Inca, témoignent moins peutêtre de l'ignorance des ouvriers qui les ont faites, que du respect avec lequel on conservait aux représentations sacrées leur caractère symbolique et leur apparence ancienne et convenue. Les coiffures de ces idoles, crénelées et festonnées, n’ont aucun rapportavec celles de l’époque des incas. Elles ont l'aspect d’embryons aux proportions colossales. Les figures trouvées dans l'Amérique centrale et reproduites dans le célèbre ouvrage de M. Squier (1), sont les seuls
(1) Voyez l'idole trouvée sur la grande place de Léon, dessinée et
monuments de tous ceux que nous connaissons, qui présentent quelque lointaine analogie avec celles de Tyahuanaco. Les ruines de cette vallée ne sont pas les mêmes que celles qui ont été décrites par les voyageurs sous le nom de monuments ou temples du Soleil sur le lac de Titicaca.
Si l’on rapproche l’ornementation de la porte monolithe de celle des monuments de l'Amérique centrale, on pourra découvrir aussi quelque conformité entre les deux arts hiératiques. L'emploi de la grecque se remarque dans les deux ornementations. La forme du teocalli de Tyahuanaco (la forteresse ) rap-
“pelle tout à fait celle des temples du Mexique: Enfin une observation attentive et une étude comparée pourront peut-être faire signaler d’autres rapports et apporter quelques nouvelles preuves à l'opinion déjà acceptée comme la plus raisonnable par M. de Humboldt, à savoir que la civilisation du Pérou procède de celle des contrées du nord, c’est-à-dire de Amérique Centrale.
Il faudrait assurément relever et réunir au Pérou un bien plus grand nombre de monuments que M. Angrand n’a pu le faire pour composer un ouvrage à peu près complet sur cette matière. C’est une œuvre à faire presque en entier. M. Angrand, ayant eu l'honneur d'ouvrir la voie, il est juste que son nom soit inscrit en tête de ceux des voyageurs qui poursuivront cette belle et noble tâche. Il aura fait pour le Pérou ce que M. Botta a fait pour Nïdécrite page 302. Voyez aussi celle de l’île Momotombita dans le lac Managua et celle de Subtiaba, p. 312, 913, 519 et 520.
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nive. C’est donc encore un Français qui a posé la première pierre de l'édifice. Attendrons-nous que des Layard et des Wilkinson viennent d'Angleterre pour s'approprier ces richesses que notre représentant consulaire a reconnues et dessinées ?
VIII. Les routes anciennes. Nous dirons ici un mot des routes au temps des incas, car les historiens espagnols ne les ont pas décrites avec fidélité. On lit dans Carate (1), cité par Garcilaso, que Huayna-Capac avait fait faire deux chemins du Cuzco à Quito : ses sujets se seraient offerts d'eux-mêmes à y travailler. L'un de ces chemins suivait les flancs de la Cordillère, coupant les pentes trop rapides, soutenu par des levées en maçonnerie aux endroits escarpés et franchissant les précipices sur des ponts. L'autre traversait la vallée en se rapprochant de la côte ; il aurait été bordé cà et là de murailles en pizé ou simplement indiqué, dans Îles lieux déserts, par des hgnes de pieux qui empêchaient le voyageur de s’égarer. La largeur du premier de ces chemins était de 15 à 20 brasses; celle du second était double. Cieca de Léon (c. 37) confirme le témoignage de Carate. Le rapport de ces deux écrivains a besoin d’être complété et rectifié. Les Indiens en général cherchent bien plutôt à franchir qu’à éviter les obstacles. Aussi leurs routes gravissent-elles les pentes les plus roides et ne sont-elles souvent praticables que pour les piétons. Les deux historiens que nous venons de citer ont déjà exagéré l'importance de ces travaux. Dans les endroits difficiles, le chemin n’est
n1 taillé ni aplani. Des jalons indiquent simplement la direction que l’on doit suivre pour éviter les passages dangereux ou impossibles. Cette direction est le plus souvent rectiligne. Dans les terrains les moins difficiles du chemin de la Cordillère, la route est tracée par deux lignes de pierres brutés dressée en regard l’une de l’autre, à la distance de 25 pieds environ. Dans les déclivités du sol, on a construit des marches, seutenues seulement par une rangée de petites pierres. Ce ne sont point des escaliers propres à faciliter l'ascension, mais de simples remblais , placés de distance en distance, pour empécher les terres de s’ébouler. La pente n’est jamais adoucie par des travaux de terrassement, Dans le chemin de la vallée, les pierres sont remplacées de chaque côté par des pieux. On remarque, en suivant l’une et l’autre des deux voies; de petites esplanades ménagées de chaque côté de la route dans les lieux culminants , d'où l’on jouissait ordinairement d’une belle vue. Elles sont formées de petits gradins carrés, bordés de pierres. C’est là qu’on déposait le palanquin de l'inca qui y prenait quelques instants de repos et jouissait de la beauté du site. L’élévation de ces petites pyramides ne dépasse guère 5 ou 6 pieds. Un escalier conduit sur le sommet qui à le plus souvent douze pas de long sur neuf de large.
e qui explique comment, chez un peuple d’ailleurs aussi avancé pour les arts utiles que les Péruviens, les routes étaient demeurées aussi défectueuses , c'est que, n'ayant point de chevaux ni d'autres bêtes de somme (que les Hamas, qui vont