‹ Le Pérou avant la conquête espagnoleChapitre 38 sur 38 · DES EE CS · texte numérisé non relu

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les fils d'un prétendu Noé mexicain pour se prés server d'un nouveau débordement des eaux: ces figures mexicaines qui rappellent le serpent mis en: pièces par le Grand-Esprit, ou le soleil personnifié, qu'on à pris pour un souvenir et une imitation du: serpent Kalinaga, vaincu par Vishnou, et du serpent Python tué par Apollon; le Tonatiuh de Mexico qui, d'après M. de Humboldt, ne serait autre que le Krischna des Hindous, quoique le Krischna soit trèsmoderne, ou le Mühras des Persans; le rapport des calendriers du Pérou et du Mexique avec ceux des peuples d'Asie et d'Europe; Îles sacrifices humains des Aztèques rappelant ceux de Siva; la division de la nation en trois classes comme en Écypte; Manco-Capac, législateur du Pérou et fils du soleil, comme le Vaivasouta des Hindous; les quatre âges du monde «u Mexique comme en Inde, en Étrurie et en Grèce; Ha circoncision établie dans l'Anahuac, à l’époque de l’arrivée de Cortès, comme chez les Juifs et les Musulmans: les monuments trouvés chez les Mosquitos et dans le Nicaragua, qui rappellent l’art délicat des Hindous et même, a-t-on dit, celui des Grecs; les colonnes, les mosaïques de l’Amérique centrale qui ont semblé à quelques-uns une imitation de Pompéi ; les quatre proues de navires trouvées dans un hypogée mexicain par Vasquez Cornado, et qui présentent une curieuse conformité avec les proues des jonques chinoises : la conservation des corps moris par Îles procédés trèsperfectionnés de l'embaumement, puis l'inscription asiatique découverte au Canada en 1746, et que l’on

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prit pour des caractères tartares (1), l'usage du papier répandu au Mexique comme chez les anciens peuples de l'Asie, la forme curieuse d’un masque de prêtre, terminé en trompe d'éléphant, aucun de ces animaux n’existant au Nouveau-Monde (manuscr. mexic.) : tous ces points de conformité, et beaucoup d'autres encore, sembleraient nous autoriser à conjecturer que des relations ont dù exister entre les deux continents ; mais il faut se défier de la plupart de ces témoignages, examiner s'ils ne sont pas postérieurs à la conquête, rejeter absolument ces traditions bibliques américaines que M. de Humboldt a cru de fidèles interprétations des manuscrits dont le sens est encore très-obscur pour ce qui concerne le Noé et surtout l’assimilation de la pyramide de Gholoilan à la tour de Babel. Enfin il faut tenir peu de compte des conformités dans les notions religieuses quand l'identité des noms n existe pas. C'est la philologie, ne l’oublions pas, qui est le lien séricux, irrécusable, ainsi que la établi rigoureusement M. Ernest Renan. Le nom de Viracocha, évidemment antéricur à la conquête, et dont la physionomie sanskrite est si frappante, en dit plus que toutes les analogies que nous venons de rapporter. Il n’en est pas moins démontré pour nous qu'il ressort de l’étude des antiquités américaines un assez grand nombre de faits certains pour que l'existence de relations entre les deux continents, avant Colomb et avant les Normands, acquierre la valeur d'un fait scientifique.

(1) Kuaim's Reise, B. HI, s. 416,

Mais nous n'avons jusqu ici fixé aucune époque à ces relations. Or, d'autres faits, plus curieux encore, nous révèlent qu'il a existé des rapports entre l'Asie et l'Amérique après Jésus-Christ; bien plus, que le christianisme a été répandu dans le Nouveau-Monde longtemps avant l’arrivée des Espagnols, sinon la religion telle que nous la pratiquons, au moins des dogmes chrétiens, et les formes mêmes du culte catholique très-reconnaissable malgré les altérations qu'elles ont subies ; le baptême, le dogme de lEucharistie et la communion au Mexique; la confession auriculaire au Pérou; le régime monastique dans ces deux pays. La plupart de ces faits étaient déjà connus à l’époque où M. de Humboldt a écrit ses ouvrages, mais ce que l’iliustre savant n'a pas expliqué, c’est Îa filiation de ces croyances et de ces pratiques, leur origine, la marche qu’elles ont suivie et la transformation que leur a fait subir la distance et la transmission par les peuples de Asie.

On à cru longtemps que le christianisme n'avait pénétré dans la Mongolie et la Chine qu’au xrr° où au xru° siècle, à l’époque des voyages de Plan-Carpin et de Ruysbroeck, et que c'était surtout sous le règne de Tchinggis Khan que des relations s'étaient établies entre l'Asie et l’Europe, et que des missionnaires italiens, français et allemands avaient commencé à se répandre dans le vaste empire des Mongols. M. Abel de Rémusat, dans une lettre fort remarquable, publiée en 1824, avait fait la bril-

lante exposition des relations pohtiques et relt-

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gteuses de l'Occident avec l'Orient à cette époque. Des détails très-intéressants sur cette question nous sont fournis encore par les missionnaires chrétiens ; enfin, des faits curieux, consignés dans le Livre de l'Éstat du grant Caan (1), nous ont permis de connaître en détail l'étendue et les progrès du christianisme en Âsie vers le milieu du moyen âge. Mais aujourd'hui nous savons que, vers la fin du vin siècle, Timothée avait envoyé des moines pour précher l’évangile chez les Tartares Hiung-Nou, et que ces missionnaires avaient pénétré jusqu’en Chine après avoir ÉANERÉ le plateau central ; nous savons même qu'ils n'étaient pas les nxtétichi car on à cru découvrir les traces des premières prédications chrétiennes en Chine au v° et au vr* siècle. Des voyageurs confirment, par leurs observations récentes, les témoignages déjà recueillis par la science. La fameuse inscription de Si-Nonan-Fou, dont le fac-simile est à Paris, à la Bibliothèque impériale. prouverait qu'en 635, le christianisme était florissant en Chine, On voit, par ce monument, que de nombreuses églises chrétiennes auraient été élevées dans ce pays, et que des titres magnifiques auraient été accordés au prêtre Olopen, « SOUVETAIN gardien du royaume de la grande loi. » Une persécution, excitée par les Lot en 712, troubla les chrétiens dans l'exercice de leur religion; mais ils triomphèrent bientôt de tous les obstacles, après quelques épreuves passagères. Ce monument serait

(1) Compilation du x1v° siècle, faite par l’ordre du pape Jean XXE. Voy. le Journal Asiatique, t. VI, p. 68 et 71.

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de l’année 781 de Jésus-Christ. Mais on sait que son authenticité repoussée absolument par les savants allemandset néerlandais n’est pas admise par M. Stanislas Julien.

En supposant que l’on conteste l'authenticité de ce titre, ilest hors de doute que la religion chrétienne a pénétré dans le cœur de l'Asie à une époque fort ancienne. Le fameux Tsong-Kaba, réformateur du Thibet et de la Mongolie, d’après la tradition, était semblable aux hommes du ciel d'Occident. La crosse et la mître, insignes des grands lamas, sont des ornements si semblables à ceux des évêques, que l’on ne peut guère douter de lemprunt qui en a été fait à notre église. La chape ou pluvial et la dalmatique, portées par les lamas pélerins, l'office à deux chœurs, la psalmodie, les exorcismes , l’encensoir, les bénédictions données par les lamas en étendant la main droite sur la tête des

idèles. le célibat ecclésiastique. les retraites spirifidèles, 1 hbat | tique, p

tuelles, les couvents d'hommes, le culte des saints, les jeùnes, les processions, les litanies et l’eau bénite constituent autant d’analogies bien plus frappantes encore quenepourraientlêtreles dogmeseux-mêmes. Il est vrai que beaucoup de ces formes liturgiques ont pu être propres de tout temps au bouddhisme, antérieur, comme on sait, de 600 ans au christianisme. Quant au chapelet, on ne peut le considérer, avec M. Huc, comme un emprunt fait par les religions de l'Orient au catholicisme, car il était en usage chez les peuples de l'Asie, et surtout chez les Musulmans longtemps avant d’avoir été apporté en

Europe. On le trouve dans un manuscrit mexicain. Le Talé-Lama est le chef religieux et politique du Fhibet, comme le Pape à Rome et l'Inca au Cuzco. Le dogme de l’incarnation bouddhique, incarnation permanente et multiple, ne présente que des rapports fort éloignés avec le dogme chrétien. Brahma et Bouddha, aussi bien que le Jehovah des Juifs et le: Dieu. des chrétiens, aussi bien que la divimité égyptienne une, incréée, infinie (1}, aussi bien que le grand F6 des Chinois, le Borhan des Tartares, le Quetzalcohuatl du Mexique et le grand Pachacamac des Péruviens, estun pur esprit, créateur et conservateur du monde. Ce dogme élevé et vraiment philosophique, n'exclut pas, il est vrai, le culte des idoles ; mais quelle est la religion, si pure et si spiritualiste qu'elle soit, qui n'ait ses superstitions et qui n’en soit souvent réduite à revêtir, pour des fidèles ignorants, des formes sensibles qu’un observateur attentif ne doit pas confondre, cependant, avec les fétiches. Il ne faut pas toutefois, ainsi que nous l’a fait observer notre savant maître, M. Guigniaut, attacher trop d'importance à ces analogies qui cachent souvent de profondes diversités. Nous les signalons non comme un résultat acquis , mais comme un nouveau champ d'étude ouvert à la science dela symbolique. Toutcelan’aetnepeutavoir que le caractère d’une hypothèse, tant que des faits plus nombreux et mieux observés ne viendront pas

1) M. de Rougé a le premier dégagé ce dogme des superstitions du polythéjsme égyptien dans ua récent mémoire, lu, l’année dernière, à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres.

répandre une pleine lumière sur ces intéressantes questions.

Si l’on retrouve, en effet, dans tout l'Orient, à une époque ancienne, les idées, les dogmes, la liturgie, les pratiques du christianisme , il ne serait pas surprenant d’en découvrir quelques reflets en Amérique, où tant d’autres faits observés dans la civilisation de ce pays paraissent révéler une orisine asiatique. Il peut être encore douteux que des rapports nombreux et suivis aient existé entre les deux continents après le christianisme; mais il y à tout au moins de fortes présomptions. Sans prétendre donner une conclusion scientifique à ces études, nous ne revendiquons que l'honneur d’avoir appelé l'attention sur ce point, et loin de croire que nous ayons résolu les difficultés, nous nous contentons d'avoir posé la question. Nous n'avons consulté dans le cours de nos recherches que des témoignages authentiques ; nous avons été conduit, en nous tenant soigneusement écarté de tout esprit de système, de toute idée préconçue, à ce résultat que la civilisation de l'Amérique peut bien dériver de celles de l'ancien continent, et que tant d’analogies ne sauraient peut-être s'expliquer par la seule conformité des tendances de l'esprit humain, qui doit, avec le progrès des âges, arriver, par l'effort de la raison, à découvrir les grandes notions philosophiques sur Dieu, l'homme et le monde, mais qui ne peut assurément pas inventer des formes accidentelles , que l'observation nous montre partout les mêmes, dans ja fnanifestation de ses croyances et la satisfaction

de ses besoins, Cette coïncidence nous parattrait souvent inexplicable, Il faut donc bien distinguer les découvertes naturelles dues à la nécessité et à l'instinct dans toutes les contrées ou les hommes se sont réunis en société et qui constituent , pour ainsi dire, les caractères généraux de toute civilisation, de ce qui ne se produit que par accident dans le développement de l'esprit humain. Ce sont ces circonstances exceptionnelles, ces accidents mêmes qui devront établir avec une pleine évidence la communication des deux mondes. On reconnaîtra alors que, si tous les peuples de la terre ne sont pas enfants de la même famille, dumoins plus la science fera de progrès et plus les hommes consciencieux, en dépouillant toute passion locale et tout esprit de système » SC préoccuperont uniquement de la recherche de la vérité, et plus l'Asie leur apparaîtra comme le foyer de toute lumière, et le berceau de la civilisation du monde,

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