‹ Le Pérou avant la conquête espagnoleChapitre 37 sur 38 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons fait connaître dans les trois premières parties de ce travail les traditions religieuses et historiques du Pérou. Pour ce qui concerne Îles règnes des incas, nous nous sommes borné à une analyse critique des récits que nous ont laissés les écrivains ie , en comparant surtout le témoignage de Garcilaso, le plus accrédité de tous, avec les deux ouvrages Le plus récemment FH en France sur cette matière ; Balboa et Montésinos ; — nous avons fait ensuite, en puisant à la même source, le rapide

SRpesé des principales institutions péruviennes ; — enfin, dans la dernière partie, nous avons cherché

à donner une idée des monuments inédits dont les ne et les plans ont été levés par M. Angrand dans le pays même; et l'étude de ces documents nouveaux nous a conduit à ce résultat important, que la civilisation qui a prérédé r époque su IDCas était très-supérieure à celle de ces derniers conquérants indigènes. Nous avions un double but en commencant ce travail : nous voulions 1° établir quelques données certaines sur l’histoire du Pérou avant Pizarre; 2° tirer des faits mieux connus, et des do-

cuments nouveaux qui nous ont été COUPS quelque lumière sur la grande question de l’origine

des civilisations américaines : nous avons exposé [so e r l 1° .

les faits; la conséquence fera l’objet de cêtte con-

clusion. Nous disons ei des civilisations et non

des races, car nous n’ignorons pas à combien de curieuses je la grande ARE D 0e de l’origine

des peuples du Nouve dre onde a donné lieu. JL est vrai que si les ethnologistes de hauffe ent de part et

d’autre dans ces quer nes sans résuitat, cela tiént à ce qu'ils ne combattent, ni avec les mêmes armes, oi sur le même terrain: les uns s'appuient sur les font tne HE ques en PRSRE intervenir là foi dar les discussions ed et les autres TANT dent exclusivement à la science des résultats qu'elle pe peut donner. M. de Humbaldt. esprit éciéiré é, et à la fois indépendant et hardi, nous paraît avoir indiqué la vraie méthode à suivre dans l'étude de cette grave question, en circonscrivant le domaine des recherches scientifiques à la simple observation des faits; or, les faits que l’observation nous révèle dérivent de deux sources : la tradition et lés monuments. En rapprochant les éléments que fournissent les histoires des deux continents, nous pouvons arriver à des résultats presque certains sur les civilisations comparées. Pour ce qui touche à l’origine des races, nous la considérons comme un problème bien dificile à résoudre, et, quant à présent, comme un champ sans limites ouvert aux hypothèses.

En nous restreignant donc au domaine vraiment scientifique, nous ne pourrons, il est vrai, con-

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tenter les esprits ambitieux, mais nous satisferons du moins la curiosité des esprits sages, dont les exigences, pour être sérieuses, n’en sont pa moins bornées comme les connaïssances humaines. Or, si l'observation nous découvre des analogies tellement frappantes et tellement nombreuses qu’on pe sache raisonnablement les expliquer par la conformité de l'esprit humain, dont la marche et le développement général sont les mêmes partout, il faudra bien admettre qu’il a existé des communications entre les peuples des deux hémisphères, C’est cette question que nous traiterons en terminant. Nous étudierons les rapports que présente le Pérou d’abord, puis l'Amérique entière, avec les civilisations de l’ancien continent.

On a pu remarquer déjà dans ce qui précède que les institutions, et mieux encore les monuments du Pérou, présentent des points frappants d’analogie avec les institutions et les monuments des peuples de l’ancien continent, et surtout avec ceux de l'Égypte et de l'Asie. On a pu reconnaître, dans l'étude que nous avons faite des institutions de ce pays, des usages conformes surtout à ceux de lancienne Egypte. Enfin, dans la description que nous avons présentée des monuments, on a dû remarquer que, pour la construction générale des édifices, les Péruviens employaient les mêmes procédés et les mêmes formes que les Égyptiens. Sans parler, ni des reliefs creusés de Tyahuanaco qui rappellent de loin ceux de Carnac et de Philé, ni de l’art de tisser les étofles, de vernir les vases, il existait au Pérou

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un ordre de prêtres, les Amautas, dépositaires , comme en Egypte, des traditions sacrées. Ces traits de ressemblance, que l’on peut diflicilement regarder comme un pur effet du hasard, doivent-ils s’expliquer, comme l'a cru Grotius, par l’arrivée au Pérou d’une colonie éthiopienne, qui aurait traversé la mer des Indes et l'Océan pacifique, c’est-à-dire qui aurait accompli un voyage à peu près double de celu1 de Christophe Colomb, et cela à une époque où l’art de la navigation était encore beaucoup moins avancé que de son temps? cela n’est pas sérieux. Si l’on consultait les analogies presque aussi nombreuses qui existent entre la civilisation péruvienne

et celle des peuples de l'Asie et même de l’Europe, il fa ut RES avec aussi peu de de vraisemblance, que des colonies seraient parties de ces différents pays pour : aborder sur les côtes de Lémésique méridionale. Quoi de cpl semblable, par exemple, au collée des Vestales de Rome que les couvents des vierges, filles du soleil, condamnées à être enterrées vivantes quand elles manquaient à leur vœu de chasteté ? quelle conformité plus sensible que celle du calendrier péruvien avec le calendrier des Grecs? combien de APR QUE ne découvre-t-on pas entre les monuments de l'Inde, de la Perse, de JA, de l’Étrurie même, et ceux de la Bolivie et du Cuzco? Or, de toutes ces analogies, que peut-on conclure, sinon qu'elles procèdent d’un caractère commun aux civilisations diverses fixées en Asie et que les peuples, les plus éloignés de

ce berceau des civilisations, ont conservé certains

usages qui se retrouvent ainsi les mêmes aux extreiités du monde; tandis que les tribus demeurées plus voisines de ces premiers foyers ont modifié, avec le progrès des âges, leurs coutumes, leurs croyances et la forme de luts monuments, C’est ainsi qu'aura disparu le caractère prin dti le ces civilisations chez les nations de l'Asie. mia be qu'il s’est conservé dans les contrées les plus lointaines, la colonisation des époques suivantes n'ayant pas étendu ses rameaux aussi loin que les première s émigrations. De là vient apparemment que le Péro u prés ente plus de ratitloge He à LD Sgypteetl Occid lent ; le Mexique, la Colombie et 1 "Ariérique centrale, avec l'Inde, là Chine et le Japon. Ce n’est qu'à une époque voisine de la conquête que le culte de Pachacamac, pur esprit créateur et conservateur du monde, venu peut être d'Âsié comme Viracocha, dont le nom offre un rapport si frapant avec ceux de Î de héroïque de l’Inde,, s’est intr sk pe au s'nere après avoir sans doute traversé le Mexiqueet la Colombie, où les Muyscas avaient déjà un gouvernement, à la foi religieux et temporel, comme à Jeddo et à Miaco du Japon.

Si maintenant nous agrandissons notre horizon, ét que nous considérions dans leur ensemble Îles rapports du nouveau continent avec Phare, nous serons encore plus frappés des ressemblances que nous révèle l’étude comparée des institutions et des monuments. La communication très-ancienpe entre les deux hémisphères paraît prouvée aujourd’hui par les cosmogonies, le culte, les hiéroglyphes, les fangues et les arts.

ET

À l'origine de l'histoire de tous les peuples d'Amérique, nous voyons des hommes barbus, au teint moins basané que les indigènes, venir organiser les sociétés, établir la religion, fixer les cérémonies du culte, et, en un mot, présider à l’organisation des sociétés comme des génies bienfaisants, à la fois législateurs et grands- prêtres : Quetzalcohuatl au Mexique, Bochica en Colombie, Manco-Capac au Pérou, comme Moïse chez les Juifs, Tsong-Kaba en Mongolie, et Confucius en Chine. Cette tradition, partout la même, doit couvrir, sous les fictions dont l'imagination des peuples s’est plue à Pembellir,-un fond de vérité. Ces personnages, vraiment sacrés, vénérables instituteurs des nations, ont été les intermédiaires entre les deux mondes, c'est par eux que l'Amérique donne la main à l'Asie. Combien les analogies s'expliquent facilement, ce point de contact une fois trouvé!

Comment s'étonner, par exemple, de rencontrer au Mexique des monuments qui rappellent ceux de la Chine, de l'Inde et de l'Égypte ? de retrouver sur la pierre de Palenqué un souvenir vague, mais reconnaissable pourtant des clefs chinoises? Nous ne rappellerons pas ici les traditions bibliques, sans doute introduites après la conquête, comme la no- tion d’une première femme, mère du genre humain, tentée par le serpent; celle d’un déluge universel, encore plus répandue, et qui s’est conservée partout : au Mexique, au Pérou, à Guatémala, en Colombie ; cette famille épargnée dans le désastre général, l'existence de ce monument célèbre élevé par

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