II PRÉFACE
ses vastes plaines, qu'arrosent l'Ama:^one et ses affluents, et où s'épanouit la luxurieuse végétation des tropiques. Dans ce pays si vaste et si riche se disperse une population clairsemée (2,; hab. par k, c.J, sur trois millions d'habitants deux millions d'Indiens^ race patiente y docile, façonnée par des siècles d'oppression. Le socialisme patriarcal des Incas s'est continué par la tyrannie et l'exploitation coloniale des Espagnols.
Au commencement du X/X* siècle, les guerres de l'indépen» dance apportèrent la liberté à ce peuple sans cohésion. L'Indien garda l'habitude d'obéir au clergé et à ses maîtres. Les citoyens actifs se divisèrent en deux partis : celui des blancos, des grands propriétaires^ du clergé ; celui des démocrates^ qui se recrute parmi les habitants des capitales et des ports, commerçants^ métis. Indiens émoncipés. La politique se réduisit à la lutte de ces deux partis qui tour à tour se déconsidéraient au pouvoir et alternaient leur tyrannie. Sans tenir compte de la diversité des climats et des races, contre toutes les données géographiques, ethnographiques, on s'entêtait à maintenir un Etat centralisé, unitaire et despotique. On avait pour idéal la France de Napoléon, Ajoute:^ qu'à la manière laiine on aimait les grandes phrases et les beaux programmes. Il n'était jamais question que de réformer la société tout entière et d'un seul coup, que de créer par un ordre idéal le bonheur et la vertu. Toute cette rhétorique révolutionnaire n'aboutissait qu'à changer les formules au nom desquelles le parti vainqueur gaspillait les finances et opprimait ses adversaires. Selon les circonstances, un général de pronunciamiento accomplissait un coup de force au nom de l'ordre et de la liberté, mais, sous la contrariété des mots, se maintenait la loi qui faisait sortir la dictature de l'anarchie et V anarchie de la dictature.
La guerre avec le C/«7/ (1879-1883), qui se termina par la perte de trois provinces et d'immenses richesses, amena un réeeil de la conscience nationale. La défaite contraignit à réfléchir sur ses causes. Une génération grandit, résolue à combattre les défauts traditionnels, l'instabilité, le goût de l'apparence, du mensonge verbal, à tenir compte des réalités, à faire prévaloir à travers tes luttes de la politique et les triomphes alternatifs des partis contraires, la perpétuité de la chose publique et les devoirs
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communs qu'elle impose. En même temps le progrès économique, le développement de la vie industrielle, du crédit, des exportations, plus encore le rôle dévolu au capital étranger, dont on sait les exigences, faisaient du maintien de l'ordre une impérieuse nécessité. La réforme de l'armée, en 1895, libérait le Pérou du césarisme et fondait définitivement le « civilisme », en assurant le suprématie du pouvoir civil sur les guerriers ambitieux et désœuvrés y dont les compétitions créaient un perpétuel état révolutionnaire. L'ordre ainsi, première condition du progrès, est récent, meus il nest pas un accident heureux, il a son principe dans la vie économique du pays et il y trouve sa garantie,
« Dans nos pays neufs, dit M, Garcia Calderon, la thèse du matérialisme historique est un fait. Les étapes de la richesse conditionnent les progrès de Vcu^tivité, de la politique, de la science et de la vie. » Les faits économiques imposent tout à la fois les éléments et les limites d'une action positive qu'ils déterminent. « Les théoriciens de l'absolu cherchaient dans la révolu^ lion le nouvel état social complexe, excellent, conçu dans Vutopie. Une évolution lente, fondée sur la richesse, faite de transactions, d'e forts et d'action constante, assure la paix et apporte des réformes partielles, plus réelles que la régénération et le progrès des révolutions. » Après une longue période d'agitations stériles, le Pérou s'efforce par une politique réaliste, fondée sur l'intelligence des faits^ de mettre en valeur ses immenses richesses. Les problèmes qui préoccupent l'opinion sont désormais des problèmes positifs : fertiliser la côte par un système d'irrigations^ exploiter les mines de cuivre, mettre en communication la montcuia, la région des forêts tropicales et du caoutchouc, avec le Pacifique, par là créer des débouchés, relier les provinces lointaines à ta capitale, en les associant à la culture nationale. Tous ces problèmes ne peuvent être résolus que sous la condition de l'ordre, de la paix intérieure, qui appelle el rassure le capital étranger.
Mais à l'heure même oà le Pérou sort enfin des longs tâtonne-ments et semble prendre conscience de ses destinées, l'avenir apparaît gros de dangers qu'il est urgent de prévoir et de conjurer. Entre les Etats-Unis et le Japon, qui se préparent à lutter pour Vhégémonie du Pacifique, les Républiques espagnoles sont