CHAPITRE DEUXIÈME
Peu de temps après^ notre sainte reçut le sacrement de confirmation; Tarchevéque de Lima, en le lui conférant j lui donna définitivement le nom de Rose et mit ainsi un terme aux longues discussions de Taïeule et de Marie de Flores.
Le prélat fut vivement frappé de la joie angélique, du profond recueillement et de l'expression en quelque sorte surnaturelle de la jeune confirmée. Quelques passages de ses anciens biographes nous font croire qu'elle fut admise à faire sa première communion beaucoup plus tôt qu'on ne Test habituellement; toutefois y aucun d'eux ne fixe la date précise de ce grand acte de la sainte.
Celle-ci croissait en sagesse et en beauté, et souvent elle entendait vanter l'éclat et la pureté de son teint, la finesse et l'incomparable perfection de ses traits. Elle en éprouvait une profonde humiliation, et elle craignit que le nom de Rose, qu'elle savait n'avoir pas pris au moment de son baptême, ne lui eût été donné plus tard par une sorte de flatterie, à cause de ce visage qu'on vantait à tout propos et dont elle ne se souciait nullement. Angoissée à ce sujet, elle alla prier devant une célèbre image de la Mère de* Dieu, à laquelle nous reviendrons plus tard, et que l'on vénérait dans la chapelle du Rosaire, attenante à l'église des dominicains.
Mais tandis qu'elle racontait ses peines à la Vierge immaculée, elle vit tout à coup la sainte image s'animer, lui sourire avec bienveillance, et elle entendit ces mots : a Ton nom plaît infiniment au Fils que je porte
» dans mes bras, mais désormais tu y ajouteras le mien » et tu t'appelleras Rose de sainte Marie. Il faut que ton » àme soit une fleur parfumée consacrée à Jésus de » Nazareth. ))
Ravie et parfaitement rassurée^ notre sainte raconta naïvement à sa mère ce qui venait de lui arriver, et la supplia de lui rappeler les devoirs qui lui étaient imposés, toutes les fois qu'elle lui donnerait son nom de Rose * .
Bientôt après, les parents de la sainte se rendirent à une bourgade du Pérou désignée par les biografdies sous le nom de Canta S et où se trouvaient de très» riches mines d'or. Les historiographes de Rose ne nous font pas connaître les motifs pour lesquels son père s'y établit; ils disent simplement qu'il passa à Ganta quatre années, durant lesquelies'Rose ne sortit de la maison que pour fréquenter l'église. Une seule fois, elle fut obligée d'aller en nombreuse compagnie à un lieu voisin du bourg, et où se trouvaient de riantes plantations et de beaux moulins. Mai3elle resta complètement étrangère à ce qui se passait autour d'elle, et ne parla ni ne leva les yeux tant que dura la promenade '.
L'air de Canta était froid et malsain, la petite Rose y tomba malade. Elle endura, avec la plus angélique
* Bolland. , /. c. , p. 903 > 1014. — Gonzalez, /. c, — Ott, p. 16.
^ Ce nom ne se trouve dans aucane des géographies du Pérou. Les Bollandistes supposent qu*il y a erreur et que c*est peutêtre de Guanta qu il s'agit.
5 Bolland., ch, xvi, p. 944. — Ott, ch. ii, p. 25.