CHAPITRE SIXIEME
gères venaient dan& sa maison. C'était pour Rose un vrai supplice ; elle s'y soumettait par respect pour sa mère.
Parmi les personnes que voyaient les parents de notre sainte se trouvait une dame de haute naissance, comblé^ des dons de la fortune et mère d'un fils unique. Après avoir observé Rose pendant quelque temps^ charmée de sa vertu et de ses grâces, elle la demanda en mariage pour ce riche héritier. Gaspard de Flores et son épouse surtout reçurent cette proposition avec la joie la plus vive. Marie, dans les jours où elle se livrait aux plus folles rêveries de l'ambition maternelle, n'avait jamais songé à une alliance aussi avantageuse. Rose, à la vérité, avait refusé déjà quelques bons partis; mais la dame de Flores ne pensait pas qu'en cette occasion il y eût d'objection sérieuse à faire , ni que sa fille pût repousser un bonheur aussi inespéré.
Toutefois les pensées de la jeune prédestinée étaient . très-différentes de celles de sa mère. Parfaite imitatrice de sainte Catherine de Sienne, elle avait, nous le savons, fait le vœu de virginité dès l'âge de cinq ans et promis de ne pas avoir d'autre époux que Notre- Seigneur. Elle répondit donc à Marie avec autant de modestie que de fermeté, qu'engagée irrévocablement à son fiancé céleste, elle était décidée à ne jamais se marier * •
La dame de Flores essaya d'abord de faire naître
* BoUand., /. c, p. 908. — Ott, op, r., p, 29.
d'autres sentiments dans le cœur de sa fille par de douces paroles. Elle s'efforça de lui peindre les avantages d'une grande fortune , la joie de répandre de nombreuses charités, de faire des heureux, dé pouvoir être utile aux siens. Rose résista avec une inébranlable constance à ces vains arguments. Voyant Tinutilité de ses efforts, Marie de Flores se livra à nn violent accès de colère : les menaces succédèrent anx caresses. Rose, qualifiée de créature dénaturée qui ferait mourir sa mère de chagrin, fut enfin accablée d'une grêle de coups de bâton ^ C'était un nouveau trait de ressemblance entre elle et Catherine de Sienne, à laquelle sa mère Lapa avait infligé le même traitement pour un refus analogue.
Rose opposa à cette tempête la plus parfaite dou* ceur. Mais sa patience fut soumise à une' épreuve plus rude encore. Son aïeule , son père , tous les siens, en un mot, partagèrent Tindignation de Marie de Flores , et pendant quelque temps elle se vit en butte aux reproches sanglants, à l'aversion , pour ainsi dire, des êtres qu'elle chérissait le plus ici-bas. Ses frères et ses sœurs la qualifièrent d'hypociîte infôme, qui affectait les dehors de la piété par orgueil , et qui deviendrait un jour l'opprobre de sa famille ; ils allèrent jusqu'à l'accuser d'avoir fait un pacte avec le mauvais espri t et lui annoncèrent qu'elle finirait dans les cachots de rinquisition'.
Rose était peinée, sans doute, du chagrin qu'elle
^ Bolland., /. c, p. 908. — Gonzalez, cb. m, p. 7. ' Gonzalez, op. c, p. 46.