CHAPITRE HUITIÈME
La même matrone, observant une nuit Rose à travers la fenêtre de la cellule , la vit avec son ange, contemplant le ciel étoile, adorant Tauteur de tant de merveilles et brillant elle-même d'une lumière plus éclatante que celle des constellations du ISrmament.
Une autre fois, notre sainte s'était attardée dans son ermitage et y avait passé une grande partie de la nuit. Sa mère, qui d'ordinaire venait l'appeler ou la faisait chercher par Marianne, Pavait oubliée, et la porte du jardin se trouvait fermée à clef. Tout à coup Rose fut prise d'une faiblesse ayant les caractères de l'évanouisseqient, sans perdre cependant le sentiment d'elle-même. Son compagnon céleste, la voyant dans cet état, l'emporta chez Marie de Flores. Celle-ci se souvint alors de son oubli el éprouva un étonnement mêlé de frayeur à la vue de la pâleur mortelle de sa fille. Elle s'empressa de réveiller Marianne et lui ordonna de chercher du chocolat à la pharmacie et d'en préparer un repas pour Rose, afin que celleci reprît des forces ^ Mais notre sainte supplia sa mère de ne pas se mettre en frais, l'assurant qu'on ne tarderait point à lui apporter ce dont elle avait besoin. « Ce que vous dites n'a pas de sens, mon enfant, lui répondit la mèrej vous savez bien qu'il n'y a pas un atome de chocolat dans notre pauvre maison. — Aussi, répliqua doucement Rose , je ne pense nullement que personne de la maison m'en prépare , c'est de chez le
* Au Pérou et au Mexique, le chocolat était considéré comme le remède souverain contre les faiblesses, syncopes, maux de nerfs, etc.
8?i SÀDSrTG l^OSB DS LIMA.
BeîgsetirOosizatve de ia Msssa qu'htm m'^n apportera. » jLa dame de Floros, asseï: prooiple à m netire «à colère, oomtBeoça k seâbher. «cYaosétes f»ne, Itose, s'écrîa-t-dte; oomai^t norait-on dJass k naison dm receveur di«s domaines q»e T<ms êtes iMifatde , wm% ffl'y aTK)Q5 eavoyé persofiBe ? AHex , Marratme , exéeulez mes (MHires.* — Attendez un fnstent encone , dit fiose en mariant, voilà ie servit^r de Marie de lA Jfassa qaî arriTB. » Au incMiient ou elle pronoiiçait ces Iparalés, on ârappa i la porle et le doiaestiqtie du raoeveor eatra , tesant à la msm urne écodle ^'argert pieme de clKXSoiat encore cha^, qu*il présenia à Ro^. Ci&lleK^i coogédxa Félnaa^er après Tavmr ehar^ éb ses remeit^Bieats poar sa inaUi^esse. Marie de Rores affiîsta à cette soèoe, mo^^te d'étonaesieat; «^lis^ après le départ «du servitear , elle <Mxlo9»a à ^a fiile , sous peine dé désobéîssaiice , de lui expliquer <x»a* usent elle avait mi qu'on ki apporlerail , an milieu de k nuit, un bol de diocr^at. « lïe tous él^mnez pas de » ce qiii est arrivé^ dièse mère , lui répondît la sain te*; 9» mon protectear céleste me rend s^mvrat de scish- .»biâMes services; lorsqae j'ai senti qa'uBe Êiiblesse » mortelle s'eisparaâl -de moi, je t'ai prié de dire à » Marie de ia Massa que j^avats besoin de nourriture, B et vous voyez qu'il s^est acquitté de la^eomnn^îon ^. » Celait d'habitude nne benre avant mistiit que la danie de flores allait diercher Ro^ à sa cethile po«B* la ramener à la maison. Quelque temps après l'événe-
* fioUasd., L «,, <*. XV, p. ^t) «twiiv.— lamuca*», ly. c<i, ch. XI, p. 42, 43. — OU, op. c, ch. XV, p. 115 ets»v.
CHAPITEl HUITIÈME. rs
ffient que nous menons de raconter, il \m aniva encore d'oublier sa fille. La sainte attendait et ne savait eommerat sortir du jardin ; isais ators elle vit sous les arbres quî^ protégeaient son ermitage l*ange qiii lui ftlsail; signe de le suivre. La porte du jardin s*ouvrit d'eWe-mème devant lui , et le messager divin ne disparai que lorsque eelie dont la garde lui était confiée entra dans la diamîwe matemelte *.
Ceqn'il y a de plus merveilleux , c^est que Rose se trouvait également en rapport avec ies anges gardieifô des personnes auxquelles elle s'intéressait.
Il est fait mention à ce propos, dans le procès de canonisation de notre saiïite, d'un fait remarquable. Un prêtre, y est-il dit, devait entreprendre, en compagnie d'un prélat étranger, un long et dangereux voyage. Avant de se mettre en route, il demanda à Itose de se souvenir de lui dans ses oraisons, et elle toi promit d'adresser pour lui des prières à IJien et « fain^ qm ée^xait raccompagner.
Le prêtre partit fort sati^it, et en dépit de dash gers et d^obstacles de toute nature, son voyage tat {^rfeitaiient heureux de Lima à Potosi. Mats Inrsqu^il se rendit de ce dernier e«drc»t a Traxillo, il ent toutes sortes de malheurs , et ptnsîeurs fois mène il fut au moment de perdre la vie. Il comprit quUi n'était plus prolégé par son ai^ gaidten ni soutenu p«rr les prières de Rose. Revenn à Lima , après une
foole de mésaventures , il reproelia avec smertame à
^ Bolland., /. c, cli. xv, p. 940 et suîv. — tjonzalez, op. c, 1E§I. xi, f , 42, 4S. — Ott , 'Op, c, di. TV, ^. ItS 'fk wiîv.
la sainte de Tavoir abandonné à mi-chemin. « Cela est parfaitement vrai, lui dit Rose avec une sévérité tempérée par la douceur; c'est parce qu'alors vous avez cessé d'être celui que vous étiez en partant. »
A ces mots, le prêtre rentra en lui-même et reconnut qu'il avait mérité de perdre la protection d'en haut par certains actes secrets, dont il s'était rendu coupable, et que la fille de Gaspard de Flores n'avait pu connaître que par une révélation spéciale de l'ange attaché à sa personne.