CHAPITRE ONZIÈME
Sa confiance en Dieu. ^
Rose, nous venons de le voir, ne donnait entrée dans son cœur qu'à Dieu, ne se réjouissait qu'en lui, n'avait d'attache que pour lui, ne cherchait qu'à accomplir sa très-sainte volonté et ne s'intéressait qu'à
* Boliand., /. c, ch. xvii, p. 133 et suiv. — Gonzalez, eh. x«ii, p. 50.
ce qui regarde sa gloire. Elle avait renoncé à tous ses intérêts pour l'amour du Seigneur^ elle avait complé'^ tement mortifié ses appétits et si bien dompté les passions humaines qu'elle n'aimait rien, ne se réjouissait ni ne s'attristait de rien que par rapport à Dieu seul, et que, quoi qu'il arrivât, elle ne pensait qu'à l'aimer et à le servir.
Un tel amour engendre la confiance. Celle de notre sainte ne connaissait pas de bornes, et bien qu'elle s# considérât comme la dernière des créatures, elle était sûre que la protection de son Fiancé céleste ne lui man*querait jamais.
Dès l'enfance elle avait trouvé un charme particu* lier aux premiers mots du psaume soixante-neuvième : « DieUj venez à mon secours j Seigneur ^ hâtest'vaus de )) me secourir ^ 1 » elle les répétait sans cesse, et on les lui entendait chanter d'une voix douce pendant ses heures de travail et de repos. Lorsqu'elle sut que sainte Catherine de Sienne avait partagé son enthousiasme pour ce verset, elle l'aima davantage encore, et quand on lui demandait pourquoi elle affectionnait tant ce passage des saintes Écritures, elle avait coutume de dire : « Il a soutenu et consolé ma chère maîtresse^ il y » règne une douceur infinie, il exprime la plus filiale » confiance en Dieu ; on ne saurait rien imaginer de » plus suave et de plus délicieux *. »
^ Deus, in adjutorlum meam intende; Domine, ad adjuvandum me festina.
' Bolland., L c, cb. xxiv, p. 967 et suiv. — Gonzalez, ch. XVII, p. 6â et suiv. — Ott, ch. xxiv, p. 184 et suiv.
CH^tPITRE ONZIÈME. 303
Rose, enfant, avait une crainte puérile des ténèbres H des revenants. Elle tenait cela de sa mère, fort poltronne naturellement. Mais sa confiance en Dieu remportait alors déjà sur la timidité , et pour vaincre sa faiblesse elle se retirait dans les endroits solitaires et obscurs afin d'y vaqoer a la prière. En une soirée d'automne fort noire, elle était restée tard au jardin en oraison. Sa mère vint l'y prendre en compagnie du sieur de Flores, n'osant y aller seule. Rose, entendant ses parents, se porta à leur rencontre et tout en marchant elle se disait : « Ma mère traverse le jardin sans » crainte parce que mon père l'accompagne, et j'au- » rais peur des ténèbres, moi qui ai toujours mOn Fiancé » céleste auprès de moi ? Je ne le vois pas à mes côtés, » mais il est dans mon coeur. Ma mère met sa con- » fiance en un homme mortel et ne craint plus le danger j> quand il est présent, et je tremblerais tandis que » mon Sauveur est avec moi ? » Cette simple réflexion la guérit à jamais de sa peur; a partir de ce moment, elle ne redouta plus aucun danger V
Elle donna en maintes occasions des preuves de ce courage inspiré par la confiance en Dieu.
Ainsi, à l'époque où elle venait d'atteindre sa douzième année , elle habita quelque temps avec sa famille un village indien. Un jour qu'elle retournait au logis avec sa mère et ses frères, un taureau furieux, qui avait rompu ses liens, s'élança vers eux. Marie de Flores, en prcrie à la plus vive terreur, voulut fuir
. * Bollaaâ., L €., ch. xxiv, p. 9(>7 et suîv. — Gonzalez, ch. xvn, p. 65 et siriv. — Ott, eh. xxiv, p. ï84 et suiv.
avec ses enfants ; Rose demeura immobile à sa place, affirma à sa mère qu'il ne leur arriverait aucun mal et la supplia de se tenir tranquille, de peur d'irriter davantage le redoutable animal. Puis elle leva les yeux au ciel et adressa une prière à Dieu. En effet, le taureau passa à côté d'eux avec la rapidité de la foudre , sans avoir l'air de les apercevoir. Marie de Flores et ses fils étaient encore pâles et tremblants d'émotion', quoique le péril fût passé; quant à Rose, son visage ne trahissait aucune émotion , et elle dit à sa mère avec la douceur sereine qui lui était habi^ tuelle : (( Reposons-nous tranquillement sur l'assis- » tance du Seigneur, lorsque le danger nous menace » et que les secours humains nous manquent '. »
Une autre fois. Rose revenait de l'église en carrosse avec sa mère et quelques dames de haut parage» Elles devaient traverser la grande place de Lima; le peuple y avait excité un bœuf échappé en lui jetant des pierres; il labourait la terre de ses cornes, faisait voler à une grande hauteur des débris qui se trou* vaient sur son passage, écumait de rage et se livrait à des bonds prodigieux. Tout à coup il s'élança vers la voiture qui portait Rose, l'une des dames s'évanouit de frayeur, les chevaux se cabrèrent et le cocher lui* même se disposait à quitter son siège. — Mais Rose adresse une fervente prière à Dieu, rassure ses compagnes et leur dit d'un ton ferme que le dangereux animal retournera sur ses pas avant d'atteindre leur
* Bolland., /. c, ch. xxiv, p. 967 et suiv. — Gonzalez, ch. xYii, p. 65 et suiv. — Ott, ch. xxiv, p. 184 et suiv.