CHAPITRE TREIZIÈME
Calherine, elle était, daos sa première enfance^ douce, aimable, silencieuse et forte contre la douleur ; comme Catherine, elle se coupa les cheveux, fit vœu de virginité, se fiança au Seigneur à l'âge de cinq ans et fut comblée des faveurs célestes les plus extraordinaires; comme Calherine, elle $e livra à des mortifications qui épouvautent la nature humaine, et elle eut à subir les injures, les mauvais traitements et même les coups de sa mère, qui voulait la forcer à se marier; comme Catherine enfin, elle passa par la plus cruelle dés épreuves, par celle du délaissement et de la désolation intérieure.
Dès sa plus tendre jeunesse. Rose avait désiré devenir membre de Tordre dans lequel avait vécu son modèle. Mais au temps auquel nous sommes arrivés, Turribius, le saint archevêque de Lima , venait d*acbe* ver la construction du monastère de Tlncarnation des clarisses; sa tante maternelle, Marie de Quiôones, en était fondatrice. L'archevêque, ardent admirateur des vertus de Rose, voulut Fy faire entrer et proposa de l'y admettre sans dot. Comme il n'y avait pas de mo-* nasière de dominicaines à Lima, elle accepta, comptant pouvoir satisfaire son goût pour la retraite à l'abri des murs d'un couvent. Cependant Dieu en avait décidé autrement; il voulait que Ro^ restât en toutes choses fidèle à l'exemple de Calherine. Personne ne doutait que Marie de Flores n'acquiesçât avec recon* naissance à la proposition désintéressée de l'archevêque. Contre toute attente, elle la refusa, sous le prétexte que sa famille ne pouvait se passer des secours
que Rose lui procurait par son travail , et que Taïeule" Isabelle 9 infirme et souvent malade, n'était bien soignée que par sa petite-fille *.
Toutefois, Marie fut seule de son avis; les autres membres de la famille, sans en excepter la grand^mère, pressèrent Rose d'accepter l'offre généreuse de Turribius; les directeurs spirituels l'y poussèrent également , si bien qu'un matin , sans en prévenir sa mère, notre sainte partit en compagnie de son frère , avec l'intention de se rendre au couvent*.
C'était un dimanche. Pour aller au monastère de l'Incarnation, il fallait passer auprès de l'église des dominicains.
La sainte y entre, afin de saluer la sainte Vierge dans la chapelle du Rosaire et de demandera l'Enfant Jésus de bénir son entreprise. Elle s'agenouille et adresse au Seigneur la plus ardente prière; lorsqu'elle veut partir, elle se sent comme rivée au sol. Ses jambes, privées de sentiment et de flexibilité, ont l'immobilité et le poids du marbre. Ferdinand de Flores s'approche d'elle et l'averlit qu'il est temps de partir; Rose, effrayée et ne comprenant pas ce qui lui arrive, essaye encore, mais en vain, de se relever; son frère vient à son secours. En dépit de ses efforts, ce jeune homme, tout vigoureux qu'il est, ne parvient pas à imprimer au corps de sa sœur le moindre mouvement. Alors enfin, la sainte corn-
* Bolland., /. <:., ch. m, p. 908. — Gonzalez, op. c, ch. iir, p. 8. — Ott, op. c, ch. III, p. 29.