CHAPITRE QUATORZIÈME
des faits les plus saillants de sa vie. N'oublions pas, d'ailleurs, que l'àme, une fois dégagée des chaînes du monde et de son propre corps, doit, en triomphant d'elle-même et de ses répugnances , s'approprier en quelque sorte l'opération de Dieu, qu'elle a reçue d'abord d'une manière passive. Or, ceci se fait par la pratique héroïque des œuvres de miséricorde.
Dans la maison de la veuve Isabelle de Mexia , se trouvait une servante atteinte d'une très -violente fièvre inflammatoire. Rose, autorisée par sa mère, lui donnait ses soins. Le médecin saigna la malade et ordonna de conserver le sang afin qu'il pût l'examiner à son retour. Mais il resta deux jours sans revenir; le sang se corrompit et devint hideux à voir. Lorsque le médecin arriva, il ordonna de vider le bassin.
Dans ce moment, Ro$e regarde le sang, son cœur se soulève, et elle est saisie d'une horreur inexprimable. Elle dissimule ce qu'elle éprouve, prend le bassin des mains du domestique qui le tient, sous prétexte d'aller elle-même le vider et le nettoyer. Dès qu'elle s'est éloignée, elle se dit à elle-même: » Gomment, tu as » horreur du sang de ta sœur en Jésus-Christ? est-ce » là ce que t'a enseigné ta sainte maîtresse? Ignores- » tu que tu es mille fois plus vile et plus abjecte » que ce sang? Attends, corps délicat, je t'apprendrai » à te dégoûter du prochain créé à l'image de Dieu ! » Aussitôt elle approche le bassin de ses lèvres, le vide d'un trait, le nettoie, s'essuie la bouche d'un linge et retourne tranquillement dans la chambre de la
matode \ Sainte Catherine de Sienne, sainte Elisabeth deThunnge et sainte Odile , patronne de l'Alsace, ont fait des choses semblables.
Rose croyait n'avoir été vue de personne, mais Dieu avait permis qu'Isabelle de Mexia fût témoin de ce qui venait de se passer. Rose l'ignora. Isabelle conserva comme une très^précieuse relique le linge dont notre sainte s'était servie pour essuyer ses lèvres' •
Cette victoire complète sur la nature plut infiniment au Seigneur. Il doua Rose du pouvoir de guérir les malades. Nous en citerons plusieurs exemples dans le cours de cette histoire; ici, nous nous bornons à en rapporter un seul, parce qu'il eut lieu très->peu de temps après le fait que nous venons de raconter.
Jean de Tineo Almanza, homme rempli de la crainte de Dieu , et ami particulier de la famille de la Massa , tenait Rose eu singulière esthne. Il fut pris d'une inflammation d'entrailles trèi^-doulourense, et, se croyant au moment d'expirer, il reçut les derniers sacrements. Après avoir été administré, le souvenir de la charité de Rose (ui revint à la mémoire, et il pria le sieur Gonzalve de la lui amener. Malgré la répugnance que nôtre sainte éprouvait pour s'appro* cher du lit d'un homme, elle crut devoir obéir, et, après en avoir obtenu l'autorisation de son confesseur, elle fit savoir h l'infirme qu'elle irait le voir en compagnie de la dame de la Massa, après avoir
* Bolland., /. c., ch. xxiii, p. 964etsuîv.— Gonzalez, op. c, ch. XVI, p. 62 et suiv. — Ott, op. c, ch. xxni, p. 176 et suiv.