CHAPITRE DIX-HUITIÈME
tout ce qui se passait dans son intérieur et lui donna d'excellents conseils pratiques.
Marie de Mesta, femme du peintre Angellini, la même que Rose avait rendue douce de violente qu'elle était, voulait faire avec son mari le voyage d'Espagne, mais les époux avaient tenu ce projet secret, craignant de ne pas avoir assez d'argent pour le mener à bonne fin. Sur ces entrefaites Marie alla voir Rose; dans le cours de la conversation , celle-ci dit à la femme du peintre, à son inexprimable étonnement, que Dieu bénirait leur voyage d'Espagne et que la somme dont ils disposaient suffirait à tous leurs besoins.
Jean Miguel, dominicain, revenant à Lima d'un lointain pèlerinage, rencontra Rose auprès d'une chapelle consacrée à saint Jérôme et l'accosta; elle lui parla de ce qui lui était arrivé en pays étranger, bien qu'humainement elle ne pût le savoir, et lui prouva qu'elle avait connaissance de ses pensées les plus intimes.
Un membre très-respectable de la compagnie de Jésus croyait n'avoir que peu de mois à vivre et n'être pas destiné à arriver au dernier jour de l'année courante. Ses confrères et ses supérieurs avaient cherché inutilement à le guérir de cette bizarre imagination; sa conviction était inébranlable, quoiqu'il jouit d'une santé parfaite. Un jour il alla voir la dame de la Massa , sa pénitente. Rose se trouva présente à la visite. Le père, après avoir entretenu les dames de sa mort imminente, — car on approchait du nouvel an, — se recommanda à leurs prières. L'épouse du receveur des
domaines témoigna la peine profonde que lui causaient les paroles de son directeur. Quanta Rose, elle lui dit avec gaieté : « Mon père, vous ne mourrez pas cette année, je vous r affirme. — Vous vous trompez, ma filfe, répliqua le religieux, je sais que mes jours sont comptés ; tout ce que je désire, c'est de mourir après avoir célébré le saint sacrifice de la messe, et j'espère bien que Dieu m'accordera cette grâce, » Marie de la Massa, redoutant de perdre son guide spirituel , était dévorée d'inquiétude, malgré les assurances de Rose; tous les matins elle assistait à la messe du père, craignant chaque fois que ce ne fût la dernière. Elle alla se confesser la veille de Noël, et au moment où elle sortait de chez elle , la sainte lui dit : « Recommandez à votre » confesseur de se tranquilliser, qu'il sache bien que »Dieu le tient en réserve pour opérer de grandes » choses. Il ne mourra pas avant d'avoir ramené » beaucoup d'âmes au Seigneur, et il aura encore ))des jours pleins de mérites qui seront éternelle- » ment récompensés. » Tout cela se vérifia à la lettre, le père vécut neuf années après Rose, devint missionnaire, convertit un nombre prodigieux d'idolâtres et mourut à Lima, universellement regretté, l'année 1626.
Le dominicain Barthélémy Martinez, prieur du couvent de Sain te ^ Madeleine et confesseur de notre sainte, était dangereusement malade, les médecins déclaraient son mal sans ressource. Au moment où on lui avait administre les derniers sacrements, un de ses confrères vint le trouver et lui dit :