CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Catherine de Sienne, oii son aïeule Marie de Flores avait déjà pris le voile; elle y vécut longtemps, émule des vertus de sa tante, et y mourut en odeur de sainteté.
Une servante négresse, née en Afrique, nommée Speranza, et qui avait séjourné à Panama avant d'arriver à Lima, était depuis six ans au service d'Isabelle de Mexia. Speranza tomba gravement malade, et à la prière de Rose, qui voulait lui donner ses soins, on la transporta à la maison Flores. Dès que notre sainte la vit elle dit : Speranza n'est pas baptisée. La malade, entendant ces mots, se récria, nomma le prêtre qui lui avait conféré le sacrement de la régénération à Panama et les témoins de la cérémonie. Marie de Flores et Isabelle de Mexia ajoutèrent foi à une déclaration aussi péremptoire, Rose secoua la tête en gémissant. Onze jours plus tard un serviteur du sieur Gonzalve vint à la maison Flores; ayant fait le voyage d'Afrique avec Speranza , il ne l'avait perdue de vue ni à Panama ni à Lima. Isabelle de Mexia lui demanda si Speranza était baptisée, afin de convaincre Rose, toujours incrédule, mais il lui répondit : « Elle ne Ta été ni en Afrique ni à Panama, et je ne pense pas qu'elle Tait été à Lima. » Speranza, se voyant dévoilée, fit enfin des aveux complets : a Lorsque j'arrivai à Lima, s'écria-t-elle, les autres nègres se moquaient de moi et m'appelaient païenne, voulant mettre un terme à leurs sarcasmes, j'affirmai que j'étais baptisée, et depuis lors une mauvaise honte m'a empêchée de mC' dédire. J'avoue mon affreux
mensonge, et je supplie qu'on me baptise sans plus tarder. » Rose fit venir sur-le-cbamp le curé de la paroisse ; la négresse mourut le lendemain de la mort des prédestinés.
Arrêtons nous ici. Les biographes rapportent encore divers traits de l'esprit prophétique de Rose ^ Ils sont de moindre intérêt que ceux que nous venons de citer, nous les omettons ; nous aurons d'ailleurs à en raconter encore quelques remarquables exemples avant de terminer l'histoire de la sainte.