‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 196 sur 244 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

Philippa et Catherine désiraient embrasser la vie religieuse ; Françoise, au contraire, montrait peu de goût pour la réclusion, aimait à se parer et à couvrir d'jrnements sa magnifique chevelure. Rose lui adressait parfois de doux reproches à ce sujet. « Françoise, lui » dit-elle un jour, je verrai couper' prochainement ces » beaux cheveux dont vous êtes trop éprise ; vous et » votre sœur Catherine entrerez dans le tiers ordre, et » Philippa se mariera. » Ni Françoise ni Philippa n'ajoutèrent foi à ces paroles , qui cependant ne tardèrent pas à se vérifier.

Les époux de la Raya avaient toujours eu le vif désir de voir entrer leur fils unique Rodrigue dans la compagnie de Jésus ; mais Rodrigue semblait n'avoir de goût ni pour la vie religieuse ni pour les études. La dame de la Raya, très-affligée, demanda des prières à Rose. Celle-ci, s'étant recueillie un moment, dit à la mère : « Votre fils entrera dans un ordre, mais ce ne sera pas dans la compagnie de Jésus ; il se fera frère mineur. » La mère se« mit à pleurer et à dire que Rodrigue, de coroplexion très-délicate, succomberait bien vite dans un ordre aussi sévère. « Loin de vous affliger de la sorte, répliqua Rose avec une douce compassion, vous devriez remercier Dieu de vous faire connaître sa volonté, car autrement vous risqueriez de vous opposer à l'esprit d'en haut, qui souffle là où il veut. D'ailleurs, votre fils supportera parfaitement les rigueurs qu'il embrassera volontairement, et il sera un religieux exemplaire. » Trois mois plus

tard, la prédiction de notre sainte s'accomplissait, et

pendant de longues années, le P. de la Raya fut un sujet d'édification pour la ville de Lima.

Nous avons eu occasion de nommer souvent, dans le cours de cette histoire, Ferdinand de Flores Herrera, frère de notre sainte. Ce jeune homme , marchant sur les traces de son père , embrassa la carrière des armes , fut envoyé au Chili et y devint capitaine. Sa sœur apprit par révélation qu'il, s'était marié dans cette contrée lointaine. Elle lui écrivit une longue lettre pour lui rappeler les devoirs du soldat chrétien et pour le supplier d'élever sa famille dans la crainte de Dieu. « Le «premier enfant que le Seigneur vous donnera, lui »mandâit*elle, sera une fille qui portera au visage le » signe d'une rose fraîchement épanouie. Offrez-la à la )) Reine du ciel aussitôt après son baptême, car sa par- » faite innocence la rendra particulièrement agréable » à Dieu. )) Après deux années de mariage la femme de Ferdinand accoucha d'une fille ; au bas du charmant visage de l'enfant on voyait une petite rose, qui semblait avoir été peinte délicatement par un habile artiste. Dès ses premières années, elle donna des preuves d'une piété extraordinaire; les Espagnols établis au Chili , qui avaient eu connaissance de la prédiction de Rose, venaient admirer la petite prédestinée. Ferdinand et sa femme moururent fort jeunes, leur fille resta orpheline en bas âge. François Lasso de la Vega , gouverneur du Chili, plein de vénération pour la mémoire de notre sainte, qui avait alors terminé également sa carrière terrestre, envoya à ses frais l'enfant à Lima. Elle entra au couvent de Sainte-

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