CHAPITRE VINGTIÈME
pôtre; elle finit par la questionner à ce sujet, et Rose lui avoua que ie jour consacré à saint Barthélémy lui était cher entre tous, parce qu'elle savait que ce serait celui auquel elle arriverait, dans l'avenir, au comble du bonheur et à l'union éternelle avec son céleste Époux \
Rose ayant accompli sa vingt-huitième année, tomba gravement malade. Tout le monde croyait sa fin très-prochaine, et ses commensaux la pleuraient déjà comme morte. Son confesseur, placé à ses côtés, lui récita les prières des agonisants, l'exhorta au repentir de toutes les fautes qu'elle pouvait avoir commises, et à la soumission complète à la volonté de Dieu. La sainte l'écouta avec piété, puis voyant les assistants et son père spirituel lui-même en larmes, elle s'adressa à ce dernier dans les termes suivants * : a Ne vous » affligez pas ainsi, je ne mourrai point de cette ma- » ladie. Hélas! je suis encore éloignée du but, et je ne » l'atteindrai pas de sitôt. Si je mourais maintenant, il » me faudrait mourir deux fois, car le jour fixé par le » Seigneur n'est pas arrivé ; or, mon céleste Époux ne » veut pas que je meure deux fois. » Le confesseur trouva ces paroles étranges, mais sachant que Rose était éclairée d'une lumière qui ne la trompait jamais, il ajouta foi à ce qu'elle disait et ne répliqua plus.
En effet, notre sainte se releva de sa maladie contrairement aux prévisions des gens de l'art. Toutefois
' Bolland., /. r., eh. xxvii, p. 977. — Gonzalez, op, c, ch. XIX, p. 71. — Ott, op. c», ch. XXVII, p. 216. * Ibid.
elle resta faible, épuisée et livrée à de graves et fréquentes soufTrauces. Son confesseur lui ordonna en conséquence de mettre plus de modération dans ses mortifications , et enjoignit à Marie de Flores de détruire le lit épouvantable sur lequel sa fille passait, depuis tant d'années, le petit nombre d'heures qu'elle donnait au sommeil.
Marie obéit avec joie, elle se mit les mains en sang pour accomplir cette opération, et compta plus de trois cents cailloux , fragments de verre ou de porcelaine serrés les uns contre les autres entre les blocs de bois non équarris qui composaient cette terrible couche. Elle les remplaça par une paillasse, mais Rose, désolée des égards qu'on la condamnait à avoir pour son corps, ne consentit pas à s'en servir et se contenta d'un lambeau de lapis étendu sur des planches raboteuses*.
La mère ne s'y opposa pas. Depuis quelques années son humeur s'était singulièrement adoucie, elle devint de plus en plus tendre envers sa fille, notamment depuis l'examen dont nous avons rendu compte au précédent chapitre; à partir de cette méoiorable séance, elle comprit qu'en lui donnant Rose, Dieu lui avait confié un inappréciable trésor et qu'en se laissant aller envers elle à des mouvements de vivacité ou de colère, elle contristaît le Saint-Esprit qui avait établi sa demeure dans cette humble vierge.
Peu de temps après s'être relevée de sa maladie,
* Bolland., /. c, eh. vni, p. 922. — Gonzalez, op. c, ch. vi. — Ott , ch. VIII, p. 62 et suiv.