‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 208 sur 244 · CHAPITRE TINOTIÈME. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE TINOTIÈME. M

Rose quitta la maison Flores et sa chère cellule, du consentement de ses parents et de ses directeurs spirituels, pour aller habiter avec la fanàiile de la Massa. Les hi^oriographes se borneni à rapporter le fait j mais n^en font pas connaître les motifs* Rose ne modifia nullement ses habitudes et sou genre de vie dans ce nouveau domicile; elle voua«ae obéissance parfaite aux habitants de la maison de la Massa, et se soumit même à la volonté des esclaves du receveur des domaines royaux, toutes les fois qu'ils lui commandaient des choses auxquelles elle pouvait se conformer en sdreté de conscience; elle se fit la servante de chacun et se montra toujours prête à remplir les {dus bas offices, dans l'espoir qu'il en rejaillirait de mépris sur sa personne ^

Rose continua à tenir son corps en rude servitude, elle renonça à son lit de planches qui lui sembbit infir niment trop doux; elle passait ses jours «^nouiUée, quand elle était en oraison ; debout, lorsqu'elle travaillait, et ne se permettait que deux heures de sommeil sur un escabeau sans coussin ni dossier, en

* Bolland«, /. c, ch. ii, p. 906. — Ott, op^ c, eh. il, |^. 2é. — On eut une (i^euve du singulier amour de Rose pour la vertu d'obéissance, après sa mort. L'économe du couvent de Sainte-Catherine avait égaré une cuiller d'argent qu'on chercha inutilenient partout. La supérieure, s*adressant au portrait de Rose suspendu dans le réfectoire, lui dit avant de «e rendre à vêpres avec toute la communauté : « Rose, je vous ordonne de " nou« retrwiver notre cuiller. » En revenant de l'église on la vit sur la table, et personne n'avait pu entrer dans la pièce, dont la porte était fermée à clef. {Ibid.)

appuyant quelquefois sa tête sur le bois de lit du der* nier né des enfants de la maison ^

Pendant les carêmes elle se refit en secret, mais avec Tautorisation de son directeur, un lit semblable en tous points à celui que sa mère avait détruit, et durant la sainte quarantaine elle ne s'accordait de repos que sur cette horrible couche^. Ce fait fut ignoré des commensaux même de Rose tant qu'elle vécut, et ne se découvrit qu'après sa mort.

Jamais notre sainte ne s'approchait du feu, c'eût été trop donner à la sensualité. Lorsque pendant les nuits d'hiver elle se réveillait transie, les membres roidis par le froid et incapable par conséquent de se livrer au travail, elle allumait tantôt un morceau de papier tantôt une petite branche de romarin, afin de se dégourdir un peu les doigts. Elle appelait cela se réchauffer * !

Elle se créa dans la maison delà Massa une solitude semblable à celle qu'elle avait eue chez ses parents, c'était une chambre isolée, située sous les combles et où personne n'allait jamais. Rose y transporta ses livres, ses instruments de pénitence, et y passa ses journées et souvent aussi ses nuits, tantôt dans d'amoureux colloques, tantôt livrée aux angoisses" des heures d'obscurcissement et de désolation. Quelquefois elle retournait chez sa mère du consentement de son confesseur, et alors elle s'enfermait dans son

* Bolland., /. f., ch. vni, p. 922. — Ott, eh. vui, p. 62. » Ibid.

Page 1