CHAPITRE VINGTlÈiME
fausse alerte ; Tamiral ennemi venait d'être frappé d'apoplexie, la flotte, privée de son chef, prenait le large, et elle disparut promptement.
La joie qui régna alors à Lima fut proportionnée à la terreur à laquelle la population avait été en proie; toutefois le contentement qu'éprouva Rose ne fut pas sans un mélange de regrets; elle eût été si heureuse de verser tqut son sang en Thonneur de Notre-Seigneur! Puis aussi, sa modestie habituelle reprenant le dessus dès que le danger fut passée, elle éprouva un sentiment de honte de se trouver ainsi court vêtue et sans son voile. Ne voulant pas se montrer dans les rues en plein jour avec€et accoutrement, elle attendît qu'il fit complètement nuit pour retourner à la maison ^ »
Parlant plus tard de cet événement à Françoise de Bustamente, l'une de ses compagnes les plus intimes, elle gémit de ce que son sexe ne lui permît pas d'aller affronter le martyre parmi les infidèles, et elle dit en poussant un douloureux soupir : « Ah ! que nous serions » heureuses si le Seigneur nous accordait la grâce » d'être immolées par les barbares; si, comme le saint » martyr Ignace , nous pouvions être broyées par les » dents des bêtes féroces et offertes en holocauste à » celui qui a voulu être pour nous le pain vivant des- » cendu du ciel * I »
Peu de temps après. Rose donna à la famille de ses
* Bolland., /. c, ch. xxi, p. 959, 960. — Gonzalez, op. c, ch. XV, p. 59. — Ott, ùp, c, ch. XXI, p. 166 etsaiv.
* Ihid.
hôles uQe preuve nouvelle de Tesprit prophétique dont le Seigneur l'avait douée ^ Le vice-roi du Pérou avait à traiter une affaire secrète , difficile et très*impor<tante^, eu un pays fort éloigné de Lima. Il lui fallait un négociateur sûr et habile; il jeta les yeux sur le sieur Gonzalve et lui fit connaître ses intentions. Le receveur des domaines royanx en fut très-effrayé; il s'en excusa, disant qu'il avait à régler, ses comptes avec la cour d'Espagne et à terminer une volumi* neuse correspondance avant le prochain départ des navires pour l'Europe. Dès que les vaisseaox furent partis, de nouveaux messagers furent députés à Gonzalve, et peu après il reçut -l'ordre de se rendre ea personne chez le vice-roi. Il vit Inen alors qu'il n'y av^it plus à reculer, et fit part de ses perplexités à sa femme et à notre sainte. La dame de la Massa en pâlit d'épouvante; Rose, au contraire, ne trahit aucune émotion^. Le lendemain matin , au moment ou elle sortait de la chapelle, elle rencontra le receveur des domaines qui se rendait au palais; elle l'aborda d'un air riant et s'écria : « Ayez bon courage, mon cher » père^, vous reviendrez chez vous tout consolé, car » an autre sera chargé de la négociation qne Ton vou- » lait vous confier. » Elle donna la même assurance à
* Bolland., /. c, ch. xxvi, p. 975. — Gonzalez, op, c, ch. xviii, p. 70. — Ott, op, c, ch. xxvi, p. 211 et suîv.
^ Les historiens ne disent pas quelle était cette affaire.
* BoUand., /. c, ch. xxvi, p. 975. — Gonzalez, op, c, ch, xvin, p. 70. — Ott, op. c, p. 211 et suîv.
^ Rose donnait le nom de père à Gonzalve après qu'il Teot prise chez lui.