CHAPITRE VINGTIÈME. iM
^'elle était capable^ après un long intervalle, de répéter mot à mot ce que le prédicateur avait dit sur c^ sujet si cher à son cœur \ . On eut, en 1615, une preuve remarquable de Tardent amour que notre sainte portait à la très- sainte eucharistie. Le 24 aoàt de cette année * , on vit apparaître sur l'océan Pacifique, à très-petite distance des côtes du Pérou , une formidable flotte hollandaise qui fit mine de vouloir attaquer le pays. Or, les Hollandais, fanatiques adhérents de Calvin, avaient voué à l'Église catholique et à ses ministres une haine irréconciliable. On n'ignorait pas à Lima que, dans leur propre pays, ils avaient persécuté les fidèles avec des raffinements de cruauté dignes des cannibales, et qu'ils avaient martyrisé de la façon la plus barbare un grand nombre de mis^onnaires dont ils s'étaient emparés sur mer. Une terreur panique se répandit dans la capitale du Pérou ; on ne douta pas que la flotte ennemie ne fût au moment d'entrer dans la rade, et que ceux qu'elle portait ne se livrassent à tous les excès de leur fureur sacrilège contre les églises et les couvents après s'être rendus maîtres de la ville. La population prit les armes, les religieux et les prêtres eux-mêmes offrirent leurs services aux personnes chargées de défendre la place. Quant à Rose, elle alla à l'église de Saint-Dominique , en compagnie de quelques pieuses femmes, pour protéger le saint sacrement et empêcher
* Bcrfland., /. <r., c^^. xxi, p. 957. — Ott, op, c, ch, xxi, p. 162.
^ Jour de la fête de Tapôtre saint Barthélémy.
qu'il ne fût profané. Bientôt le bruit se répandit que Tennemi avait débarqué et que déjà il était maître des portes de la ville. A cette nouvelle un inexprimable effroi s'empara des compagnes de la sainte, plusieurs d'entre elles s'évanouirent. Rose , au contraire, déploya le plus rare courage, elle s'empressa de couper le bas de sa robe, de relever ses manches et d'ôter son voile. Les autres femmes lui ayant demandé avec élonnement ce qu'elle prétendait faire, elle répondit * : m Je me prépare au combat. Je me suis » débarrassée de tout ce qui pourrait m'empécher de » courir vers le maitre-autel au moment où les infi- » dèles arriveront, car c'est devant le saint sacrement »que je veux être immolée en l'honneur de mon » Sauveur. Je n'éviterai pas les armes des hérétiques, »je les supplierai d'assouvir leur rage sur moi; et » j'espère qu'au lieu de me tuer d'un seul coup ils me » hacheront lentement en morceaux, et tandis qu'ils » me déchireront, le saint des saints sera épargné. »
Pendant que Rose prononçait ces paroles un feu surnaturel illuminait son regard, et suivant l'expression de ses historiens^, le paisible agneau semblait changé en une fière lionne. Comme si elle eût été impatiente de voir arriver les Hollandais pour affronter la mort, elle allait d'un pas rapide de l'autel à la porte de l'église et de la porte au tabernacle.
Mais on ne tarda pas à apprendre que c'était une
* BoUand., /. c,y eh. xxi, p. 959, 960. — Gonzalez, op. c, ch. XV, p-r 59. — Ott, op. c, ch. XXI, p. 166 et suiv. 2 Ihid.