‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 213 sur 244 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

Dernière année de saiate Rose de Lima.

Le Seigneur avait révélé à Rose qu'elle ne terminerait pas sa trente-deuxième année; lors de Touverture de Tan f6l7, elle savait par conséquent qu'elle n'en verrait pas la fin. Elle y entra avec une joie et une sérénité extraordinaires, et, lorsque le carême commença, elle prépara pour la dernière fois le cruel lit sur lequel elle devait passer ses nuits durant les six semaines consacrées à la pénitence.

Pendant tout ce même carême, le soir, — lorsque !e soleil était près de se coucher, — un petit oiseau à Fa voix ravissante volait vers la chambre de la sainte, se plaçait sur un arbre voisin et attendait qu'elle lui donnât le signal de chanter*. Rose, dès

* Bolland., /. c, ch. xxvi, p. 975. — Gonzalez, op. c, eh. xvm, p. 59. — Ott, op. c, ch. xxvr, p. 211 et suir.

* Boliand., /. c, ch. xi, p. 981, 932. — Ott, op. c, ch. xi, p. 89 et saiv.

qu'elle apercevait le petit chantre ailé, se préparait de son côté à entonner les louanges de Dieu, et défiait Toiseau à cette lutte mélodieuse dans un cantique qu'elle avait composé pour cela : « Commence, » cher oiseau, lui disait-elle, commence ton délicieux » concert. Que ton gosier plein de suaves mélodies les » verse en abondance , afin que nous louions ensemble » le Seigneur. Tu loueras ton Créateur, et moi, mon » cher Sauveur; tous deux ensemble nous bénirons M notre Dieu. Ouvre ton gracieux petit bec, com- )) mence , je te suivrai , et nos voix se rencontreront » doucement dans un cantique de sainte allégresse. » Aussitôt l'oiseau se mettait à chanter, parcourant tous les tons, montant toujours plus haut; puis se taisant, il attendait que la sainte chantât à son tour. Rose entonnait alors les louanges du Seigneur d^une voix incomparable. Et lorsqu'elle avait fini, l'oiseau reprenait et finissait tout à coup, comme s'il en avait reçu le signal. Rose recommençait à célébrer les ineffables perfections de l'Être divin , tantôt emportée par l'inspiration, tantôtexhalant son amour dansde tendres soupirs, jusqu'à ce que son silence indiquât de nouveau à l'oiseau que c'était à lui à reprendre. C'est ainsi que tous deux exaltaient alternativement les grandeurs de Dieu pendant une heure entière, avec un ordre si parfait, que quand l'oiseau chantait Rose ne disait rien, et quand elle chantait à son tour l'oiseau se taisait et l'écoutait avec une merveilleuse attention. Enfin, vers la sixième heure, la sainte le congédiait et lui disait: « Pars, mon petit chantre > va, vole

Page 1