CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
» loin d'ici ; mais béni soit mon Dieu qui reste toujours » auprès de moi. » Et Toiseau s'envolait , comme s'il eût achevé son travail ^ pour le reprendre le lendemain '.
Le 15 avril de la même année loi?. Rose se trouvait , à l'heure de l'angelus, dans la chapelle particulière de la famille de la Massa '. La maîtresse du logis et ses deux filles y étaient également. On remarquait dans cet oratoire un beau tableau représentant Notre- Seigneur en buste, et pour lequel Rosé éprouvait une très-grande dévotion. Cette image, habituellement protégée par un rideau, avait été découverte; deux cierges brûlaient à ses côtés, et on en avait placé un troisième sur une table voisine. Tout à coup Rose, embrasée de l'amour divin, presque hors d'elle-mémie et oubliant qu'elle n'était pas seule, se leva impétueusement et s'élança vers le tableau en s'écriant' : « Seigneur, quand donc enfin les hommes vous » aimeront-ils autant que vous devez être aimé? Jus- » qu'à quand vous offenseront-ils par le péché? Oh I^i » l'humanité entière pouvait comprendre l'amour qui » vous est dû! si elle pouvait vous aimer d'une ma- » nière parfaitement désintéressée , pour vous-même, )) et non pas par crainte du châtiment ou par espoir » de la récompense! très-aimable Jésus , accordez-
* BoUand., /• c, eh. xi, p. 931.933. — Ott, op* c.^ ch. xi, p. 89 et suiy.
'Bolland., /. e., ch. xvni, p. 948 et suiv. — Ott, op. c, eb. XVIII, p. 137- et suiv.
» Ibid.
n nous à tous la grâce de vous aimer coimme vous » voulez être aimé ! Que les dards brûlants de votre » amour pénètrent partout; qu'ils embrasent tous les » cœurs! Que tout le genre humain vous adore, vous » le bien suprême , qui aimez si tendrement les enfants >» des hommes 1 »
. Tandis que Rose prononçait cette ardente prière, Marie de la Massa et ses filles s'étaient retirées dans une pièce voisine , afin de ne pas la troubler. Au bout d'un certain temps, l'une des filles rentra dans la ehapelle, sur l'ordre de sa mère. Mais dès qu'elle y eut pénétré, une sainte terreur s'empara d'elle : ses yeux s'étaient portés sur l'image de Jésus, et elle avait vu le visage adorable du Sauveur couvert d'une sueur abondante et perlée, qui coulait à grosses gouttes sur le cadre du tableau. Elle s'élança vers Rose et s'écria à haute voix : « Regardez la sainte face; que signifie » ce prodige ^ ? » Marie de la Massa, entendant l'exclamation de sa fille, se précipita à son tour dans l'oratoire et vit aussi la figure, les cheveux et la baii)e de l'image complètement mouillés. Très-émue et effrayée, elle n'osa pas s'approcher davantage, mais elle s'empressa de faire appeler son époux, qui se trouvait pour aflaires chez ]ean de Tinio, secrétaire du vice-roi. Gonzalve de la Massa et le secrétaire se rendirent en hâte à la chapelle, où venaient d'arriver également Jean deBenavides et Pierre Chiandro, amis de la famille. La «ueur miraculeuse devenait de plus en plus abondante.
*' Bolland., /. c, ch. xvni, p. 948 et soiv^ — Ott, cp* €,, ch. xYiii, p. 137 et suiv.