CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
Dernière maladie et mort de Rose.
Le 31 juillet, Rose, encore bien portante, s'était séparée de la famille de ses hôtes à son heure accoutumée. Mais à minuit on l'entendit pousser un cri lamentable. Marie de la Massa accourut avec ses filles et ses servantes, elles trouvèrent Rose étendue à terre, les membres roides et immobiles. Sa respiration haletante et un faible reste de voix annonçaient seuls qu'il y avait encore une étincelle de vie en elle. On lui demanda ce qu'elle avait, elle répondit avec une peine infinie et en paroles entrecoupées que la mort s'était emparée de tout son être * . « Voulez-vous un médecin ? dit la femme de Gonzalve, pleine d'une douloureuse angoisse. — Le médecin céleste, » répondit-elle. On s'empressa de faire avertir Marie de Flores et de mettre Rose dans un lit. Malgré les douleurs atroces auxquelles elle était en proie, elle gémit de se voir sur une couche aussi commode, et demanda, mais en vain, qu'on voulût bien l'étendre sur le plancher *.
• Bolland., L c. — Gonzalez, /. c. — Ott, /. c.
* Bolland., ch. viii, p. 922. — Ott, op,c., ch. viii, p. 63.
4t6 SAINTE ROSE DE LIMA.
La sainte malade ne pouvait ni se remuer ni rester tranquille. Une sueur glaciale coulait de son front; sa respiration semblait comprimée par un poids énorme; ses artères battaient d'une façon désordonnée. De temps en temps, son corps, presque vide de sang, se gonflait et était agité par d'effrayantes convulsions; elle ne paraissait éprouver de soulagement qu'en prononçant doucement le nom de Jésus '.
Le confesseur de Rose vint la voir dès l'aube du jour et fut ému jusqu'au fond des entrailles en contemplant ce spectacle qui semblait un renouvellement des scènes du Calvaire. Les médecins les plus fameux de Lima le suivirent de près, et après une consultation, ils déclarèrent que, cette maladie étant surnaturelle, la science humaine se trouvait impuissante à la traiter'.
Le confesseur engagea Rose à découvrir aux gens de l'art ce qu'elle éprouvait, et comme elle hésitait par humilité, il le lui ordonna au nom de la sainte obéissance. Elle fit un effort suprême et dit* : a Je recon- » nais que je âaérite ce que je souffre, mais je ne savais » pas que tant de douleurs pussent accabler le corps » humain et se partager ainsi entre tous ses membres. » Il me semble qu'une boule de fer rougie au feu » roule à travers mes tempes, qu'une pique embrasée
* Bolland., /. c, ch. xxvii, p. 978 et suiv. — Gonzalez, op. c, ch. XIX, p. 73 et suiv. — Ott, op. c, eh. xxvu, p. 221 et suiv.
» Ihid.