CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
» me va de la tèle aux pieds, et qu'un brûlant poi- » gnard , Gxé à mon côté gauche , me perce le cœur. » Ma tête est comme serrée par un casque de feu , et » frappée continuellement de coups de marteau. Mes » os tombent lentement en poussière, leur moelle est » desséchée et s'en va en cendre. Chaque articulation, » chaque membre est livré à un supplice particulier que » je ne saurais décrire, et pour lequel je ne trouve pas )) de comparaison. Une seule chose m'est évidente, » c'est que j'avance peu à peu vers le terme de ma » vie. Mes souffrances doivent durer encore plusieurs » jours, et ce qui m'afflige c'est de rester si longtemps » à la charge de mes hôtes et de ceux qui m'entou- » rent. Que d'ailleurs Dieu accomplisse en moi son » adorable volonté, je ne refuse ni la mort ni ces dou- )> leurs, plus cruelles mille fois que la mort. »
Les médecins furent fort étonnés de cette déclaration; ils ne pouvaient pas douter de la vérité des paroles de Rose, et cependant les symptômes extérieurs ne trahissaient aucun mal mortel, même le pouls n'annonçait pas de fièvre. La douce vierge confia à son confesseur que les médecins s'efforceraient en vain de découvrir le caractère et la nature de sa maladie, à laquelle il n'y avait d'autre remède à opposer que la patience. Voulant cependant faire quelque chose, les gens de l'art ordonnèrent qu'on fit prendre à la malade un cordial d'un goût exquis, destiné à soutenir ses forces. Rose, se souvenant du fiel et du vinaigre présenté à son céleste Époux nK)urant sur la croix, refusa le cordial, mais Gonzalve, auquel elle avait voué une
complète soumission, lui ayant ordonné de l'avaler, elle fit taire sa répugnance.
Après le départ des médecins , notre sainte i^pplia Marie de la Massa de veiller à ce qu'on la laissât quelques jours parfaitement seule, sans autre société que l'amour et la souffrance. Mais son désir ne fut pas accompli; sa mère, poussée par l'inquiétude, revint bientôt auprès d'elle et, la trouvant de plus en plus faible, l'accabla de questions sur son état, dans le vain espoir que la science humaine pourrait la guérir, et lui ordonna de lui répondre catégoriquement , et en entrant dans le détail de ses souffrances. Rose, se souvenant de l'obéissance parfaite que le Seigneur avait exercée sur la croix, prit la parole, et après avoir répété ce qu'elle avait dit précédemment, elle ajouta : <( Le feu qui consume mon intérieur devient de plus ^) en plus ardent, des tenailles rougies me déchirent, » en même temps un froid glacial s'empare de mes j) extrémités. Ma langue , mon palais, ma gorge, mes » lèvres sont dépouillés de leur peau et desséchés par » la soif. Les douleurs de ma tète augmentent sans » cesse. Voilà, chère mère, tout ce que je puis vous » dire, je ne saurais m'expliquer plus clairement ^ » A ces mots, Marie de Flores se mit à pleurer amèrement , et Rose, émue de ces larmes, comme Jésus l'avait été jadis de celles des filles de Ston, lui dit ; « Chère mère, ne pleurez pas sur moi ! n
* Bolland., /. c, ch. xxvii, p. 978 et suiv. — Gonzalez, op. c, eh. XIX, p. 73 et suiv. — Ott, op. r., ch. xxvii, p. 221 et saiv.