CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
conseil royal et les chefs d'ordres se firent les interprètes des regrets de la population de Lima , et adressèrent une demande à Farchevèque ^ , à l'efiet d'obtenir que le corps fût transféré en une place plus convenable.
Turribius rendit une réponse favorable; nous cite* rons un passage de ce décret' : « Considérant, y est -il » dit, que Rose de sainte Marie, sœur du tiers ordre )> de Saint-Dominique, est en haut renom de sainteté, » non-seulement dans la ville de Lima, mais dans le » royaume entier, nous permettons que son corps soit » enlevé du tombeau dans lequel il repose actuelle- » ment et placé en un autre lieu plus décent , lequel » sera désigné par le R. P. Augustiu de Yega, provin- » cial de l'ordre des Frères prêcheurs. »
Il fut décidé que la translation des reliques aurait lieu le 1 8 mars, vigile de la fête de saint Joseph ; l'on fit faire un cercueil en bois de cèdre, magnifiquement doré, pour les y déposer. Lorsque, dans la matinée du jour désigné, on ouvrit le tombeau, une odeur balsamique s'en exhala, et l'on trouva le corps exactement dans le même état qu'au moment où l'âme de Rose avait pris son essor vers le ciel. Un léger incarnat colorait encore ses joues, ses yeux ouverts avaient conservé leur douce et sereine expression, le même sourire angélique siégeait sur ses lèvres ; les mains seules, que tant de larmes
1 BoIIand., /. c, Gloria posthuma, § 3, p. 987 et suiv. — Gouzalez, op, c, ch. xx, p. 80 et suiv. — Ott, op, c, eh. xxx, p. 246 et suiv.
> ibid.
m Sà!NTB HOSfi DE LIMA.
avaient arrosées pendant le convoi fdnèbre, étaient d'une blancheur moins éblouissante.
Après que le cercueil eut été fermé à double ser« rare, les religieux dominicains et les pères des différents ordres qui avaient des maisons à Lima se rendirent processionnellement du choeur au clottre; le père provincial et les prêtres assistants revétns de leurs plus magnifiques vêtements sacerdotaux les suivaient. Bientôt après arrivèrent Tarchevéque, le chapitre mé* tropolitain, les vicaireé généraux et les autres dignitaires de Téglise de Lima. Six prêtres enlevèrent le cercueil , et tout le clergé se rendit en bel ordre à Téglise. Celle-ci était entièrement tendue de somptueuses tapisseries et d'étoffes ridbement brodées d'or. Un grand catafalque , entouré d'une grande quantité de cierges posés sur des chandeliers d'argent, avait été préparé. L'archevêque monta à son tr6ne, et le père provincial chanta la messe.
L'assistance était aussi nombreuse et aussi émue que Lors de l'enterrement de Rose. Chacun avait apporté quelque objet de dévotion pour le faire toucher au cercueil de la sainte.
Après révangile, le P. Louis de Bilbao, orateur Célèbre, professeur à l'université do Lima et censeur du saint office , monta en chaire. Ayant été pendant cinq années le confesseur de Rose, il avait eu occasion de connaître parfaitement les merveilles que le Seigneur avait opérées en elle. Jusqu'au moment où le sermon commença , l'église avait retenti de cris de. joie, d'exclamations et de sanglots, mais alors un silenèe