CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME. tël
que beaucoup de fidèles en emportaient de la terre , pour l'employer en cas de maladie ' : ils s'attendaient par conséquent à trouver la fosse très-approfondie» lis reconnurent, à leur grande surprise, que l'on voyait à peine que quelque peu de terre avait été enlevée, et ils en conclurent que Dieu renouvelait pour le tombeau de Rose le miracle qui avait eu lieu à celui de saint Raymond '•
Le culte dont Rose était Tobjet dura sans interruption jusqu'en 1640. En celte année les dominicains reçurent de leur supérieur général une lettre, datée de Rome, et qui leur enjoignait de se conformer à la bulle d'Urbain VIII, Cœlestis Hierusalem cives, du 5 juillet 1634. Cette bulle, qui défend de rendre un culte public aux personnes mortes en odeur de sain* teté avant le jugement du saint-siége , n'avait pas encore été publiée à Lima ei n'y était pas même connue. Toutefois les dominicains s'y conformèrent avec un louable empressement. Dès la nuit suivante ils enlevèrent de la chapelle de sainte Catherine les reliques de Rose, et tous les objets se rapportant à la vénération dont elle avait élé jusqu'alors l'objet '.
* BoUand., /. c, Ghria posthuma, § 3, p. 987 et suîv, — Gonzalez, op. c, ch. xx, p. 80 et suiv. — Ott, ch. xxx, p. 246 et suiv. — Un très-grand nombre de guérisons avaient été obtenues par l'usage de cette terre.
^ Malgré la quantité sensible de terre, qne les fidèles eœpor* tèrent de la tombe de saint Raymond , la profondeur de cette tombe n'augmenta pas visiblement, et tout le monde crut que la terre se renouvelait à mesure qu'on l'enlevait.
' BoUand., /• c. — - Gonzalez, /. c. — Ott, /• c.
Mais lorsque, le lendemain matin, le public trouva le tombeau de sa chère sainte dépouillé, il éclata en gémissements, et, au bout de peu d'heures, la ville entière de Lima fut en mouvement; le bruit se répandit que le corps de Rose avait été enlevé en secret pour être transporté en Espagne. Le peuple se porta en masse au couvent des dominicains , réclama sa sainte d'une voix menaçante, et tout faisait craindre une émeute. Heureusement , le prieur, homme d'une grande énergie, réussit à calmer les mécontents, en leur disant que ce qui s'était passé avait eu lieu pour la plus grande gloire de Rose, par ordre du siège apostolique et afin que le procès de béatification ne fût pas entravé. Il exhorta les fidèles à se tenir tranquilles et leur déclara que les reliques de la vierge péruvienne étaient déposées et) lieu sûr, et qu'elles seraient soigneusement gardées jusqu'au jour glorieux où un décret solennel du successeur des apôtres permettrait de les placer sur les autels.
Ces paroles calmèrent le peuple; mais, bien que les fidèles ne pussent plus vénérer publiquement leur bien-aimée compatriote, leur confiance en elle resta la même, et ils continuèrent à l'invoquer dans toutes leurs nécessités.
^ Avant l'événement que nous venons de raconter, des démarches avaient été faites dans le but d'obtenir la béatification de Rose. Nous en rendrons compte au prochain chapitre.