‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 29 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

du royaume de Quito, mît au nombre de ses femmes la fille du roi dépossédé. Il l'aima passionnément et en eut un fils nommé Atahualpa ou Atabalipa, qui devint Tobjet de sa prédilection particulière.

La vallée de Chima et les habitants de Tumbez se soumirent à Huayna et adoptèrent les lois et la religion péruviennes. Bientôt après , Tlnca somma , sur la foi de l'oracle de la vallée de Rimac, les habitants de l'ile de Puna de le reconnaître en qualité de souverain. Ttimpalla, leur chef, feignit de céder à ce désir et invita l'Inca à visiter l'île. L'empereur s'y rendit sans défiance; une conjuration éclata, beaucoup de Péruviens furent égoi^és : dans leur nombre se trouvaient plusieurs princes du sang. Mille insulaires payèrent cette trahison de leur vie; l'Inca fit bâtir une forteresse à Tumbez et chargea un gouver* neur, sur la fidélité duquel il pouvait compter, de tenir Tîle de Puna en respect.

Deux révoltes, celles des provinces de Chuchu payas et de Caranqué , suivirent de près le tragique événement que nous venons de rapporter. La première finît piar un acte de clémence : Huayna fit grâce aux coupables à la prière de leurs femmes, qui se jetèrent à ses pfeds ; il fallut livrer plusieurs combats pour terminer la seconde, et deux mille rebelles subirent la peine capitale en punition de leur odieuse tentative. A partir de ce moment, la paix publique ne fut plus troublée jusqu'à îa mort de ce prince.

Huayna-Capae quitta, dans les dernières armées de sa vie, Cuzeo, k ville sainte et la capitale de l'empire,

pour s'établir à Quito. Les plus sages d'entre les Péruviens considéraient celte nouveauté comme funeste et annonçant de grands malheurs. L'Inca se lit ériger, dans sa nouvelle résidence, un vaste palais. Il était construit en pierres presque noires , si parfaitement jointes qu'on pouvait à peine découvrir l'endroit où elles se touchaient. Trois immenses salles, dont les meubles étaient d'or massif, formaient le principal ornement de celte demeure royale. Ses portes, hautes de plus de douze pieds, avaient de l'analogie avec celles des temples égyptiens. Très-larges du bas , elles se rétrécissaient par le haut; on leur avait donné cette forme afm que le monarque y pût passer dans sa litière portative.

Au reste, le séjour de Quito devint funeste à Huayna; suffoqué un jour par la chaleur, il se baigna dans un lac voisin , se refroidit et en mourut.

Il laissa le trône du Pérou au prince atné Huascar, et le royaume de Quito à son fils chéri Âtahualpa. On voulut voir encore un présage funeste dans ce démembrement de l'empire, car la loi de l'État exigeait que toutes les conquêtes demeurassent annexées à la couronne.

Quoi qu'il en soit, suivant quelques historiens, rinca Huascar laissa passer cinq années sans troubler son frère dans la possession du royaume de Quito, mais au bout de ce temps, il le réclama comme faisant partie de l'empire des Incas dont il était seul titulaire. Le Pérou, habituellement si heureux et si paisible, devint le théâtre dés horreurs de la guerre civile.

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