CHAPITRE CINQUIÈME
r Amérique centrale à la même époque. Une vie uni-forme et régulière, favorisée d'ailleurs par les dispositions naturelles et généralement indolentes de la plupart des nations du continent méridional, était, nous le redisons encore, le résultat nécessaire de la forme de.gouvemement et des institutions établies par Manco-Capac.
Le mariage, base de la famille et de la vie civile, se contractait au Pérou d'après une loi invariable, établie pour tout l'empire, n'admettant aucune exception, et qui, plus que toute autre chose, atteste la puissance absolue du souverain. C'était le monarque qui mariait ses sujets, soit en personne, soit par procuration, et sans jamais consulter le goût des contractants. Les filles devaient être âgées au moins de dix-huit ans et les garçons de vingt-quatre. Tous les ans, à une époque déterminée, le souverain réunissait la jeunesse de sa race ayant atteint le nombre d'années prescrit, et qui se trouvait à Cuzco. L'Inca appelait alors par leurs noms les couples qu'il voulait unir, les prenait par la main et leur faisait prononcer le serment de fidélité conjugale. Les fillefs dont le souverain avait consacré ainsi l'union portaient le titre honorifique de femmes livrées par VInca. Les nouveaux époux, après avoir prêté le serment, se retiraient chez le père du marié, et la noce durait trois jours, mais sans grandes réjouissances.
Le lendemain du jour où se faisaient les mariages de la famille des Incas, des employés délégués par le prince unissaient de même , et en son nom , les habi-
tants de la ville, maïs sans faire sortir ni gairçon ni fille de leur quartier. Des officiers nommés curaeas remplissaient des fonctîoos semblables dans les provinces et les districts, toujours au nom du souverain, en observant la forme consacrée et sans jamais marier des gens de villages ou de disiricts différents. Ce qu'il y a de bizarre, c'est que la plupart de ces unions, pour lesquelles on ne consultait pas les convenances des époux, étaient paisibles et heureuses.
La femme mariée ne quittait guère sa demeure; elle vacpjait aux soins de son ménage, filait, tissait la laine ou le coton et confectionnait les vétemeats de la famille. Le mari se livrait aux travaux de l'agriculture, fabriquait son arc, ses flèches armées d'arêtes, d'os ou de pierres aiguës, sa lance, ses javelots, sa bâche, son casse4éte, et fournissait de chaussures tous les habitants de sa demeure. Le Péruvien qui ne confectionnait pas luinnème cette partie de son costome tombait dans le dernier mépris et ne pouvait atteindre un grade élevé. Les Incas eux-mêmes et les gouverneurs des provinces ne se dispensaient pas de ces soins domestiques.
Les Péruviens, quel que fût leur rang, élevaient leurs enfonts avec beaucoup de sévérité. Au montent de la naissance, ils les plongeaient dans l'eau froide, et chaque jour ils renouvelaient le même bain. De petits hamacs, d'où on ne les tirait que pour leur rendre les soins qu'exige la propreté, leurservaientde berceaux. Les mères, qui toujours les allaitai^it ellesmêmes, se baissaient sur ces hamacs pour lés nourrir