CHAPITRE CINQUIÈME. lî
tiols fois par joar et les prenaient fort rarement sur les bras ou sur les genoux. Le sevrage se faisait à éeuK ans et devenait une occasion de réjouissances* Au jour fixé pour la cérémonie, les parents et amis de la famille se réunissaient , et on coupait les cheveux de Tenfant. Un parrain désigné en enlevait la pre« mîère touffe et donnait un nom à mn fiUeul , qui jusquelà n^en avait pas porté. Le rasoir passait ensuite aux mains des assistants; chacun d'eux enlevait une mèche de la chevelure du sevré et lui offrait un présent consistant en vêtements, armes, bestiaux, ou même en ustensiles précieux. Ensuite commençaient des festins et ées danses qui<duraient trois ou quatre jours , et qui se prolongeaient pendant (rois semaines quand il s'agissait du sevrage de T héritier de la cou* ronne. Les objets que Ton offrait au royal enfant con« sistaient en vases d'or de la plus grande valeur.
Ijorsque les fils de la race noble atteignaient Tâge de huit ans, on les envoyait aux écoles dirigées par les prêtres du soleil ; les filles restaient sous la direction de leurs mères, chargées seules de leur éducation, à moins qu'elles ne fussent destinées à entrer dans les rangs des vestales.
Les garçons apprenaient à faire le service du temple , à chanter, à danser, à manier les armes. On leur enseignait la rhétorique; ou leur Caisait connaître les lois du pays et réciter des morceaux d'éloquence, afin de leur rendre familières les formes du beau langage« Les amautas, ou philosophes, leur racontaient sous forme d'apologues les faits remarquables de l'his*
toire nationale, de inanièro à les leur graver dans la mémoire y et, afin de les leur inculquer mieux en* core, les arovicus, ou poètes, leur faisaient apprendre par cœur des pièces de vers dans lesquelles étaient relatés les souvenirs historiques les plus glorieux du Pérou.
On initiait également les garçons à la connaissance des quipos V Ceux-ci servaient principalement à la numération. Ils consistaient en petits cordons de différentes nuances, ayant chacune leur signification particulière; tous ces fils étaient suspendus à un cordon plus épais, de façon à présenter l'apparence de franges. Le jaune désignait Tor, le blanc l'argent, le rouge les hommes de guerre. Quand on voulait faire le compte de choses dont les couleurs n'avaient rien de remarquable, on les classait par ordre de valeur ou d'importance : s'agissait-il, par exemple, de la population, la première couleur désignait les vieillards au-dessus de soixante ans, la seconde les gens de cinquante ans, la troisième ceux de quarante, et ainsi de suite jusqu'aux enfants à la mamelle; étaitril question d'armes , ov désignait par la première couleur les lances, l'arme la plus noble, puis venaient les flèches, les arcs, les javelots, etc. Dans les comptes des quipos, on suivait le système décimal, et on procédait par dizaines, centaines, mille, dizaines et centaines de mille. Chaque localité de l'empire avait ses quipos particuliers^ et on exprimait aisément de la
* Nous en avons parlé incidemment dans notre deuxième chapitre.