‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 47 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

ils employaient des fourneaux très-hauts et construits de manière qu'un courant d'air continuel y fût entretenu. L'argent était tellement commun au Pérou qu'il servait à faire les vases et les ustensiles de ménage les plus vulgaires. Tous les anciens historiens de l'empire desincas, tels que Garcilasso, Acosta, UUoa, sont d'accord pour affirmer que souvent les vases d'or, les coupes 9 etc., des indigènes, étaient du travail le plus merveilleux ; d'ailleurs, ajoutent-ils, les arbres, les fleurs et les fruits d'or des jardins du soleil et des Incas démontrent que les Péruviens avaient poussé ti*ès-loin l'art de fondre , de façonner, de ciseler les métaux et de leur donner toutes les formes possibles. « Malheureusement y dit à ce propos Robert- » son , les conquérants de rAmérique connaissaient » bien la valeur du métal et ne s'occupaient guère des » formes que l'art lui avait données, et dans le par- » tage des masses incalculables de richesses qui tom- )) bèrent en leurs mains , on ne tint compte que du » poids et du degré de finesse, et tout fut fondu. »

Les indigènes recueillaient aussi le cuivre et Tétain ; ils tes mélangeaient ensemble et en faisaient un composé assez dur pour pouvoir en fabriquer des outils , des haches, des bouts de lances,, etc.

Mama-Oello , la compagne de Manco-.Gapac , avait , on s'en souvient, enseigné l'art du tissage aux sauvages en leur portant les bienfaits de la civilisation. Ils devinrent de la plus rare habileté dans cette branche d'industrie, et bien que leurs métiers consistassent simplement en deux bâtons placés horizontalement et

auxquels la trame était attachée ^ ils réussirent à faire des tissus variés d'une finesse et d'une beauté extraorditiai^es^ Us étaient également très-experts teinturiers et savaient fixer avec une solidité qui défie racticm du temps tes couleurs les plus vives, partii3tt{ièrement le jaune et le rouge.

La fabrication des étoffes nous amène naturellement à donner quelques détails sur le costume des Péruviens. Les vêtements des gens du peuple étaient ftiits d'une sorte de drap grossier ou de flanelle en imne d'alpaca, de couleur sombre. Ils consistaient pour les hommes en une tunique descendant à mijambe et en un caleçon qui s'arrêtait aux genoux- Ocs cheveux tressés par derrière , un bonnet et des sandales complétaient ce costume simple et commode. Les femmes portaient une chemise de laine ^ une tunique sans manches et un collier composé de petites pierres; elles nattaient leurs cheveux el les .laissaient tomber sur les épaules.

Les personnes de condition relevée se revêtaient d'étofles plus fines , variées de couleurs et d'Une coupé plu^ élégante. Quant aux Incas, leurs vêtements, lissés et fettspar les vierges du soleil, étaient de la plus admirable finesse; le souverain s'habillait de préférence en .noir : cett^ couleur, la plus noble de toutes, lui était rfeer-vée. Les descendants de Manco-Capac pouvaient seuls orner leurs costumes de plumes rouges et jaunes.

Les détails relatifs au développement des arts et de

* Oh trouve souvent ces belles étoffes très -bien conservées dans les tombeaux péruviens.

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l'industrie dans l'empire des Incas, que l'on vietit de parcourir, sont en grande partie confirmés par l'inspection des anciens tombeaux indigènes. Les lieux de sépulture, que l'on découvre fréquemment encore , Bont disposés tantôt pour un individu^ tantôt pour une famille , ou bien aussi ce sont des cimetières communs dans lesquels les caveaux sont disposés |)ar étages et garnis de murailles en pierres sèches *. Ainsi que nous avons eu occasion de le dire dans notre premier chapitre, les corps que Ton trouve dans ces cimetières sont assis, desséchés comme des momies, revêtus souvent de sortes de manteaux ou plutôt de sacs faits en paille tressée ne laissant que le visage à découvert, et entourés d'une foule d'objets qui ont appartenu au défunt, tels qu'ustensiles de ménage, vêtements divers, pièces d'étolfes, armes de différents genres, poteries, petits miroirs en pierre, poupées en coton assez artistement faites et habillées conformément à l'usage du pays, et vases de formiés variées. Parfois aussi les explorateurs des tombes y ont recueilli des bijoux et de magnifiques objets d'orfèvrerie. On cite aujourd'hui encore un Espagnol qui, en l'année 1 575 , ouvrît une sépulture et en lira des objets en or pour une valeur brute de 3,750,000 francs. Ârrètons-nous ; ce que nous avons exposé suffit pour donner une idée générale de là situation poli-

' * Quelquefois aussi les anciens Péruviens déposaient les défunts dans un lien souterrain de leurs propres maisons. Stevenson croît qu'après avoir converti leurs demeures en un lieu de sépulture, les survivants les quittaient. "

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tique, morale et inlellectaelle des sujets des Incas. En étendant davantage celte partie de notre travail, nous dépasserions le but que nous nous sommes proposé en le commençant.

Nous répéterons seulement une fois encore, en finissant ce chapitre , que les institutions de Manco» Capac, mélange bizarre de dispositions paternelles et de lois despotiques, avaient produit une civilisation toute à part, unique dans l'histoire du monde; que le peuple péruvien se distinguait entrp tous ceux de l'ancienne Amérique par la douceur de ses mœurs; et qu'enfin les guerres entreprises dans le seul but d'avoir des captifs à immoler à des divinités sanguinaires, et les sacrifices humains, qui impriment un si hideux stigmate à la civilisation aztèque, étaient à peu près inconnus dans l'empire des fils du soleil \

Faisons observer aussi que le Pérou, fort différent sous ce rapport de l'Amérique centrale, où les

* Nous disons à peu près, car Fusage de tirer du sang à de jeunes garçons pour le m^ler à la pAte employée à roccasion des fêtes du soleil constitue au moins un sacrifice partiel, et Garcilasso de la Yega affirme que dans les deux provinces d'Urumarca et de Hanco-Hualla les parents avaiept coutume de sacrifier Tun ou Tautre de leurs enfants, en certaines circonstances rares et très-solennelles. Ce fait^ qui forme un ^ terrible contraste avec la douceur des mœurs péruviennes, et dont on ne découvre pas d'autres traces, n'a d'ailleurs rien d'étonnant; il est incontestable que dans le monde entier, sans exception aucune, les peuples qui n*ont pas connu Jehovah, le vrai Dieu, ont pratiqué, sur une échelle plus ou moins vaste, les sacrifices humains. ^

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