‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 46 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

lianes six câbles prodigieusement forts, on les tendait d'un bord à l'autre de la rivière, et oq les fixait avec soin des deux côtés. On les réunissait ensuite au moyen de cordes plus petites, liées transversalement de façon à former une sorte de filet. On recouvrait le tout de branches d'arbre et de terre battue. Ces ponts légers, agités continuellement par le vent ou par le poids de ceux qui les traversaient, n'en étaient pas moins très-durables et d'une extrême solidité ' .

Quelquefois aussi on faisait usage, pour le passage des rivières, d'un simple câble tendu d'une rive à l'autre et sur lequel glissait une grande corbeille,, d^^ns laquelle s'asseyait le voyageur. Les hommes établis auprès de ces bacs bizarres, par les gouverneurs des provinces, veillaient à la conservation de la corde et de la corbeille et faisaient passer gratuitement ceux qui se présentaient. Enfin lorsque la largeur des fleuves rendait impossible l'établissement des ponts ou des bacs , on les franchissait au moyen de radeaux construits tantôt en bois très-léger et en forme de losange, tantôt en calebasses vides, attachées les une^ contre les autres. Un Indien, nageant en avant, tirait l'embarcation et le passager, un autre les poussait à l'arrière.

Nous n'avons pas encore parlé du développement artistique et industriel des Péruviens ; il mérite éga-

' Les conquérants espagnols, qui d'abord les traversaient avec crainte, s'y habituèrent bientôt et s'en servaient sans inconvénient pour le passage de leurs chevaux et de leurs mules , chargées. •

leoient de fixer l'attention. Les conquérants et les voyageurs du seizième siècle ne donnent de détails ni sur la peinture, ni sur la sculpture des indigènes. Quant à la peinture, on n'en a pas découvert de traces, et les anciennes statues indiennes sont toutes roides , disgracieuses et ont les membres collés contre le corps; c'est l'enfance de l'art. Les poteries, les vases et les terres cuites, au contraire, décèlent un talent remarquable. c< On s'étonne, dit à ce propos M. d'OrbignyS de trouver dans ces objets des figures qui annoncent l'entente du dessin, et un degré réellement extraordinaire de vérité , de perfection et de finesse dans les traits. » Divers vases et ustensiles d'argile anciens, récemment déterrés, sont d'un beau grain, très-bien cuits et représentent soit des masques fort expressifs, soit même des groupes de personnages bien posés et exécutés avec esprit.

Les Péruviens appréciaient la valeur de l'or et de l'aident. On a pu s'en convaincre par les détails que nous avons donnés dans nos précédents .chapitres. Pour se procurer le premier de ces métaux, ils lavaient les terres qui le contenaient et le sable des rivières aurifères. Ils recueillaient l'aident en ouvrant des cavernes sur le bord des torrents et sur la pente des montagnes , puis ils suivaient les filons jusqu'au point où ils s'enfonçaient sous le sol; car jamais ils ne s'éloignaient de sa surface ni ne pénétraient avant dans les entrailles de la terre. Pour fondre et purifier la mine,

* L'Homme américain, 1. 1, p. 288.

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