‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 75 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Gonzale se montra plus sévère encore envers le vieux Carvajai, le plus fidèle des conseillers et des lieutenants du gouverneur général. Garvajal, auquel son courage indomptable, sa férocité et son humeur caustique avaient valu une grande et triste célébrité dans le nouveau monde, fut condamné à être écartelé. Son penchant pour la satire ne le quitta pas jusqu'au der« nier moment. Il déclara que si la fortune s'était prononcée pour lui, il eût fait disperser dans le pays les membres de tous ses ennemis; il ne voulut pas se confesser, disant qu'il l'avait fait depuis peu, et arrivé au lieu du supplice il adressa encore des propos ironiques et piquants à la foule qui l'entourait.

Plusieurs autres officiers et soldats payèrent aussi de leur tète le crime de rébellion qui leur était imputé.

Robertson, rendant compte dans son célèbre ouvrage des guerres civiles entre Espagnols auxquelles la décoliverte du Pérou avait donné naissance, et sur les* quelles nous venons de jeter un coup d'œil, ajoute quelques réflexions que nous croyons devoir rapporter ici, parce qu'elles peignent parfaitement la situation : (( La soif des richesses, dit-il, devint chaque jour plus ardente parmi les hommes qui partagèrent les dépouilles de ce pays. Tous n'ayant qu'un même but et étant dominés par une même passion, il n'y avait qu'un moyen de gagner des partisans et de se les attacher, il fallait leur distribuer beaucoup d'or et leur promettre de grands établissements..... Les changements rapides de fortune dont l'ancien empire des

Incas devint le théâtre donnaient naissance à de nooveanx besoins et à de nouveaux désirs. Des vétérans prenaient tout à coup le goût de la profusion et s'abandonnaient au luxe le plus dispendieux et à tous les excès de la licence militaire... Mais en même temps, animés par Tespoir de nouvelles récompenses, ils continuaient à affronter les dangers et la mort avec la pins rare intrépidité...

» En aucun pays la guerre civile n*a été fiiite avec autant de férocité qu'au Pérou. Aux passions qui rendent les querelles atroces entre concitoyens, se joignait Tavarice qui servait d'aliment à leur inimitié» Les biens d'un ennemi mort étaient confisqués, personne ne faisait de quartier dans les combats, les accusations les plus terribles pesaient sans cesse sur la télé des gens riches. Pi/^rre et Carvajal condamné» rent à mort une foule d'hommes sur les plus légers soupçons. Le bourreau fit périr presque autant de colons que le fer ennemi, et la plupart furent condamnés sans aucune forme de procès.

» On ne se piquait pas même au Pérou de fidélité au chef auquel on s'était attaché. Le sentiment d'honneur, auquel les militaires tiennent si énergiquement, la droiture, qui est l'un des traits distinctifs du caractère e^ps^ol , semblaient entièrement tombés en oubli. On trahissait sans honte ni remords. Pendant toutes les discussions, chacun pour ainsi dire abandonnait ses premiers associés et le parti qu'il avait embrassé d'abord; personne ne se faisait scrupule de violer ses engagements. Cepedaet les autres juges de

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