‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 74 sur 244 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

puisque tout est perdu, sachons plutôt mourir en chrétiens! Et, après avoir prononcé ces roots, il. remet son épée à l'un des officiers du président.

A partir de ce moment l'orgueilleux héritier de François Ptzarre apparaît sous un aspect nouveau : îl devient un autre homme. De nos jours, des gens qui ont vécu assez honorablement suivant le monde refusent de finir chrétiennement; dans les âges de foi, au contraire, on voit les grands criminels eux-mêmes essayant, dans leurs derniers moments, de reconquérir le ciel ïMir l'énergie de leur repentir. La conduite de Gonzale nous en donne un remarquable exempte. Renfermé sons bonne garde dans la tente de Ccnteno pour y attendre son arrêt, il demande qu'on lui laisse la nuit afin de se préparer à paraître devant le juge suprême; il n'a plus qu'une seule pensée, celle de remplir fidèlement ses devoirs de fils de l'Église. Il fait sa confession générale avec une profonde <;ontrition , reçoit avec une ferveur extrême les derniers sacrements, emploie les heures qui lui restent à s'entretenir avec scm directeur spirituel, sans se préoccuper du sort qui lui est réservé dans peu d'instants. Le tribunal qui naguère avait été le docile instrument de toutes les volontés du coupable , espérant sans doute jeter ainsi un voile sur ses précédentes lâchetés, condamne Gonzale à être décapité. La sentence porte en outre que sa (été sera publiquement exposée avec une inscription injurieuse à sa mémoire; que ses biens seront confisqués, sa maison rasée, et qu'on sèmera du sel sur l'emplacement.

Le sang^froid du condamné ne le quille pas lorsqu'on vient lui annoncer qu'il n'a plus que quelques heures à vivre. Enveloppé d'un large manteau, il monte sur une mule qui l'attend auprès de la tente, et se dirige vers le lieu du supplice en continuant à prier et à embrasser avec amour et confiance une image de la Viei^e et un crucifix qu'il tient à la main.

Pizarre franchit les degrés de l'échafaud; puis, se tournant vers l'assistance, il rappelle aux soldats et aux officiers présents que beaucoup d'entre eux lui doivent leur fortune : en retour de ses bienfaits, il leur demande de prier pour le repos de son Âme et de faire célébrer quelques messes à cette intention. S'agenouillant ensuite devant une table sur laquelle est placé un grand crucifix qu'il baise pour la dernière fois, il écarte sa longue et soyeuse barbe, et recommande au bourreau de bien faire son métier. Sa tète, tranchée du premier coup, roule à terre.

Ainsi finit le dernier des Pizarre qui joua un rôle en Amérique. L'exécuteur voulut le dépouiller de ses riches vêtements ; Centeno, qui cependant avait été l'ennemi du défunt, empêcha que cette insuite ne fût faite à son cadavre en payant une somme d'argent au bourreau. Le corps fut transporté à Cuzco et enterré sans cérémonie dans la chapelle qui renfermait déjà les restes des plus ardents ennemis de Pizarre, des deux Almagro. Une tombe commune réunit ainsi ceux qui n'avaient pu vivre en paix ensemble et qui s'étaient disputé l'empire du Pérou.

Le tribunal qui avait prononcé la sentence de

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