CHAPITRE ONZIÈME
établirent dans les différents districts des officiers spécialement chargés de veiller au bien-être et à Tin* struction des indigènes , de paraître devant les tribu* naux pour les défendre et de les protéger contre la violence. Ils firent plus encore : en bien des localités ils choisirent leurs représentants parmi les chrétiens
des mines fat, pendant la domination espagnole, une occasion de rades souffrances pour les indigènes. Gomme ils se refusaient à ce genre de travail, on finit par le rendre obligatoire en en fixant le prix à un demi-dollar par jour. Le gouvernement établit à cet effet sous le nom de mita une sorte de conscription civile, en vertu de laquelle la population de chaque dis^trict était tenue de fournir annuellement un certain nombre d*hommespour le service des mines; — tout Indien âgé de plus de dix-huit ans et de moins de cinquante était soumis à cette conscription. Son temps de service durait six mois et revenait à peu près de quatre en quatre ans. L'Indien appelé aux mines quittait, comme nos conscrits, sa famille et ses intérêts, pour se rendre au lieu d*exil , souvent fort éloigné , qui lui était assigné. Lorsqu'il était marié , il pouvait obtenir Tautorisation d'emmener avec lui sa femme et ses enfants. Malgré cet adoucissement, beaucoup de ces infortunés mour^Ment à la peine, et tous les historiens de l'ancien empire du Pérou sont d*acGord pour considérer la mita comme devant figurer en première ligne parmi les causes de la dépopulation du pays.
Plus tard les Indiens eurent à se plaindre d'un autre abus très* grave. Une loi avait iuvesti, peu après la conquête, les gouverneurs des districts du droit de fournir aux indigènes , à des prix fixes et modérés, les objets nécessaires à leur consommation. Cette loi donna peu à peu naissance à de véritables exactions, beaucoup de gouverneurs finirent par forcer les Péruviens à leur acheter au poids de Tor des objets hors d* usage ou dont ils n'avaient aucun besoin. L'avidité des gouv; meurs de Ghayanta et de Tinta fut la cause première de la révolte des montagnards péruviens en 17S0.
m LE PÉROU.
indigènes , afin de faire respecter phis sûrement leurs bienveillantes intentions.
Soutenus par les vice^rois^ les évéques et les clergés séculier et relier poursuivaient lenrs travaux apo* stoUques.
Les archevêques de Lima, en particulier Turribius, contemporain de sainte Rose, ont puissamment contribué à amener les Péruviens au giron de TÉglise. Les canons des différents synodes tenus à Lima renferment d'admirables dispositions touchant laconvenûon des Indiens et la manière dont on doit les traiter.
Le zèle et la charité des évoques , des religieux et des vice-rois du Pérou et de la Nouvelle-Espagne écla* tèrent surtout pendant les différentes épidémies, de petite vérole en particulier, qui désolèrent TAmérique entre les années 1538 et 1576 et qui firent décroître de plus en plus la population indigène, lia fondèrent trois hôpitaux, les dotèrent et veillèrent personnellement à ce que les secours temporels et spirituels ne manquassent jamais à ceux qu^on y recevait.
La gratitude des indigènes ne leur fit pas défaut, ils considérèrent les vice-rois, les évoques, le clergé et les missionnaires comme leurs défenseurs naturels. Toutefois l'affection que les Indiens portaient à leurs protecteurs ne s'étendit pas aux colons espagnols; ils ne voyaient en eux que des oppresseurs avides contre lesquels il fallait incessamment se tenir en garde. Le souvenir des abrodtés qui avaient accom^ pagné la conquête, la vue des villes ruinées, des cam-
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pâ^es dépeuplées, des terres les plus fertiles et d^ mines les plus riches passées aux mains des étrangers entretenaient de mortelles inioiitiés*
Faisons observer aussi qu'une grande partie de la populalion, retirée dans les montagnes, où le zèle ardent des missionnaires pouvait seul Tatteindre quelquefois y demeurait attachée à Tidolàtrie et persistait à adorer le soleil et les astres.
En bien des lieux aussi l'ivraie se trouvait mêlée an bon grain parmi les nouveaux oonvertis* Les religieux ^ en ouvrant les portes de l'Église à des millions d'Indiens et en détruisant le côté le plus matériel et le plus grossier de l'idolâtrie, ne réussirent pas du premier coup à faire de tous ces hommes des chrétiens parfaits. Beaucoup de superstitions locales restèrent vivaoes parmi eux*
U était aussi des gens du pays qui, soumis en ap* parenee aux lois du gouvernement et de l'Église , continuaient à célébrer en secret les cérémonies usitées chez leurs ancêtres. Les débris de l'ancienne DoUesse se réunissaient à cet ^et dans les lieux les plus inaccessibles des Cordillères, et pendant de longues années ils groupèrent autour d'eux tous ceux qui nourrissaient au fond de leur cœur la haine des enva* biaseurs, et qui n'avaient pas renoncé à l'espérance de ressabir un jour le pouvoir et d^expulser les étrangers.
L'inimitié persistante des deux races se manifesta avec énergie au temps des épidémie dont il a été question ci-dessus. Tandis que le clergé donnait aux indigènes des preuves si éclatantes du plus ardent
dévouement, ceux-ci grinçaient des dents de fureur en voyant que ]e fléau épargnait les Européens; ils jetaient des cadavres dans les fontaines et mêlaient du sang des victimes au pain , dans Tespoir de tîier les blancs.
Résumons-nous.
D'une part, nous avons montré la population indienne broyée, écrasée par la conquête, puis en partie convertie, en partie encore attachée à Tidolàtrie, mais généralement animée du désir de secouer le joug; de l'autre, nous avons dépeint les conquérants tels que nous les font connaître les documents les plus dignes de foi, avides, cruels, éludant en toute occasion les ordres émanés de la mère patrie, quand ces ordres sont en faveur des vaincus. Au milieu de ces deux éléments hostiles, nous avons vu apparaître quelques magistrats intègres et un clergé actif, exemplaire, multipliant les prodiges de la charité, se posant partout eu défenseur des opprimés, leur inspirant la confiance et le respect, mais ne suffisant pas à Timmensite de l'œuvre et ne parvenant pas, malgré la grandeur de son zèle, à détruire généralement) chez les uns, le penchant à l'idolâtrie et la soif de la vengeance ; chez les autres, l'avarice, l'orgueil et l'esprit de domination.
Il fallait donc , ainsi que nous le disons dans notre Avant-propos, qu'un principe surnaturel vint se placer entre les vainqueurs et les vaincus pour agir sur eux avec cette puissance douce et humble, donnée d'en haut et qui s'ignore elle-même.
Dieu accorda cet élément nécessaire au nouveau