CHAPITRE PREMIER
» sions déréglées ' », a afin que le corps du péché fût » détruit en elle * ». Dès Tâge le plus tendre, « ce » n'était plus elle qui vivait, c'était le Seigneur qui )> vivait en elle'; » « et elle lui demeurait attachée et
)) devint ainsi un même esprit avec lui *. »
Sainte Rose de Lima est la première fleur que l'Église ait cueillie en Amérique pour la placer sur les autels. Semblable à sainte Catherine de Sienne, qu'elle avait choisie pour maîtresse et pour modèle. Rose n'aspirait qu'à vivre pour son bien-aimé, et elle voulait rester ignorée de tous; mais la sagesse éternelle en avait décidé autrement, elle couronna son nom de gloire et d'honneur devant le monde entier.
Nous avons fait connaître dans la première partie de cet ouvrage les conditions dans lesquelles se trouvait une portion considérable du nouveau monde au moment où Dieu donna sain te Rose au Pérou. L'humble vierge était bien éloignée de supposer qu'elle put être l'instrument dont TÉternel se servirait pour faire descendre la rosée de sa grâce sur l'Amérique espagnole. Le Seigneur se plait à opérer de grandes choses avec ce qui est petit en apparence, et à montrer sa force dans notre faiblesse.
Rose ne vécut que trente et un ans; pendant ce temps si court, elle fut le modèle accompli de toutes les vertus qui manquaient à la plupart de ses com-
* Galat,, V, 6.
* Rom., VI, 6.
» Galat., n, 20.
* I, Cor., Yi, 17.
patriotes; elle a été en quelque sorte le miroir dans lequel ceux qui l'entouraient ont appris à connaître leur difformité morale. L'avidité des Espagnols et leur soif de l'or étaient insatiables; le renoncemeat absolu à tout ce qui est terrestre brillait dans notre sainte; son mépris d'elle-même, la conviction profonde avec laquelle elle sej considérait comme une misérable pécheresse formait le plus saisissant contraste avec rinsolence orgueilleuse des dominateurs du Pérou. CeuK-ci traitaient les malheureux indigènes avec la dernière insolence, Rose se faisait leur douce et humble servante; les conquérants s'abandonnaient à tous les excès de la table et de la bonne chère , celle dont nous écrivons l'histoire se livrait aux jeûnes les plus rigoureux: un peu de pain, de l'eau ou quelques herbes amères et nauséabondes composaient sa nourriture habituelle; la débauche et la crapule régnaient à Lima; notre sainte s'efforçait de détruire son éclatante beauté, elle se flagellait avec deschieiînes de fer, portait sur la tête un cercle armé de clous et s'imposait les mortifications les plus rigoureuses pour soumettre la chair à l'esprit et conserver à Dieu la pure fleur de cette virginité qu'elle lui avait consacrée dès l'âge de cinq ans. En un mot, la vie des compatriotes de Rose était toute sensuelle, la sienne au contraire était un sacrifice constant de la jeunesse, de la beauté , de toutes les joies de la terre sur l'autel de l'amour divin,
Ce sacrifice produisit les fruits les plus abondants pour le pays dans lequel la sainte avait reçu le jour.