‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 19 sur 47 · LK P K KO U · texte numérisé non relu

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tels que l’Ucayali, le Iluallaga, le Napo, etc., autant de rivières larges et profondes à porter des flottes.

Ce vaste pays se divise en deux parties profondément dissemblables : Tune, dans la Cordillère, composée de basses montagnes ; l’autre, à ses pieds, plate et inondée.

La première, salubre, bonne et belle à tous les points de vue, se peuple avec rapidité. C'est, à mon sens, le meilleur pays du monde, et, à ce titre, nous terminerons le présent ouvrage i)ar sa description.

La seconde, immense, est d’une richesse inouïe sous le double rapport animal et végétal. Les bétes sauvages y sont si nombreuses et si variées, ({u’on s’y croirait, par instants, dans un parc d’acclimatation. Amphibies, poissons, insectes, arbres, plantes: tout y liait, grouille, pousse, à terre couverte et à vue d’œil, incessamment semé parles eaux limoneuses deJa Cordillère : nourri à pléthore dans un sol alluvionnaire, gras de détritus : éclos et vivitié par le soleil équatorial : baigné jour et nuit dans des humidités orageuses qui germent tout, animaux et végétaux, comme font nos nuées de printemps !

Mais, les maladies, d’une part, et encore plus les moustiques, semblent garder ce pays contre l’homme. Ln vain les Incas y ont Jeté plusieurs colonies. En vain les Espagnols et les Jésuites, si habiles à peupler leurs empires, ont planté là, pendant des siècles consécutifs, des tribus entières d’indiens. En vain le Pérou y a déjà dirigé trois ou quatre flots d'émigrants, attirés et retenus là par la chasse, la pèche, la culture, lucratives à l'excès. L'homme y meurt ou part, avant même de s’y être établi : et, à travers les siècles, cet immense pays reste veuf d’habitants, qui n'y laissent pas plus de tra-

départements et villes principales 353

ces de leurs éphémères séjours qu^un navire de passage aux flots mobiles de l’Océan (1).

On dirait que l’heure de cette terre promise n’est pas encore venue.

Le Gouvernement actuel du Pérou, avec le plus louable des zèles patriotiques, fait en ce moment une triple tentative pour la peupler. Il l’a constituée en département, afin d’y centraliser mieux ses eflbrts de colonisation : et, par des lois d’immigrations, larges et généreuses, y appelle l’humanité entière pour ainsi dire. Il y établit des compagnies de navigation, auxquelles il garantit 7 p. 100 d’iutérêt de leur capital, et donne des privilèges et des terrains à pleines mains. Il lui amène à grands frais, de Lima et de Cuzco, deux chemins de fer destinés à mettre en communication directe par l’Amazone, l’Atlantique et le Pacifique, la moitié du globe avec l’autre, à travers les Andes.

C’est splendide d’idée, d’efforts, de large civilisation.

Eh bien ! Dieu m’est témoin que je désire prophétiser mal, mais je crains que tous ces efforts n’échouent. Les chemins de fer et la navigation, richissimes d’avenir même prochain, réussiront, je crois. Les émigrants afflueront au Pérou, mais partout ailleurs que là : Chinois, Indiens, coolies, blancs, ne resteront point sur ces plaines basses ou mourront à la tâche, bien plus encore que nous ne sommes morts pendant trente ans, sur notre lilliputienne Métidja. Tout au plus, les nègres et les mulâtres pourront-ils résister aux maladies; car, aux moustiques, j’en doute. Si l’expérience

, (l) Plus haut, en parlant des règnes animal et végétal, nous avons déjà

entrevu cette contrée, dont la description détaillée trouvera place dans l’ouvrage intitulé U pays Indien»

d’un assez long séjour dans ce pays m’autorise a donner au Pérou le conseil d"un ami sincère, je lui dirai:

« Tentez encore, tentez toujours. C"est le devoir de Tliomme d’améliorer son sort terrestre, surtout celui du pays qui l’a vu naître. Mais n’envoyez-là que des hommes de couleur. Vous perdriez tous autres émigrants, au détriment de vos patriotiques efforts. »

A cause de cette situation, Loreto, malgré son étendue, n’a que 65,000 habitants, et la partie désertique dont je viens de parler ne compte peut-être pas dans ce chiffre, pour cinq mille individus, y compris les Indiens sauvages. Ils ont eux-mêmes abandonné la place depuis longtemps, pour aller soit vers l’ouest, dans le Brésil, soit plus haut dans la Cordillère.

Loreto, dont ce département tire son nom est une pauvre bourgade indienne située sur PAmazone même, près de la frontière du Brésil. Là, comme à Nauta, la Laguna, etc., tous les villages de cette contrée, le moustique règne, maître absolu, sans trêve, sans remède, sans autre refuge que la moustiquaire. Si on le pouvait amoindrir seulement, la colonisation serait à moitié faite. Une prime peut-être? Le cerveau humain sous raiguillon du jaune métal, pousse tant dTdées, surtout en engins de destructions !

La capitale de Loreto est Moyobamba, gente ville de 14,000 âmes, aux mœurs accueillantes s’il en fût. Située dans la basse Cordillère au milieu d’une pampa splendide, elle est le chef-lieu de la fabrication des chapeaux, dits de paille et de Panamabien qu’ils soient faits de feuilles et fort loin de Panama. De plus, elle ést la sentinelle avancée du Pérou dans Pintérieur du continent sud-américain, et comme toute sentinelle, inquiète par nature, mais vigilante, courageuse et pa-

triotique. C’est la vraie cité-frontière, à la fois rempart et gardien du pays qu'elle protège.

Libertad.

A reçu ce nom, pour avoir efficacement combattu en faveur de l’indépendance. Analogue à Piura dont il est voisin, Libertad est célèbre par ses huacas ou tombeaux indiens, dans lesquels les Espagnols ont trouvé tant d'or, et par des ruines importantes, datant du célèbre cacique, Ghimu, l’un des plus constants ennemis des Incas. Les temples, les palais et les forteresses, dont ces ruines sont les vestiges, établissent que des civilisations presqu'aussi puissantes que celles des Incas, existaient au Pérou du temps de ces souverains.

Ce département est celui où il y a plus de nègres et de mulâtres. Certains bourgs sont mêmes habités presqu’exclusivement par des gens de couleur à différents degrés. Aussi est-ce là surtout que se recrute la cavalerie de la république, à cause de l'idonéité particulière qu'ont les mulâtres, pour monter à cheval.

La curiosité principale est Eten, petite ville située près de la mer, dont les habitants sont d’une race différente de celle des autres indigènes. Ils évitent de se mêler aux étrangers, jusqu'à se marier ou vivre conjugalement entr'eux, même frères et soeurs portent un deuil à part, consistant en tuniques noires ou bleues, sans manches : sont très-laborieux et, pour la plupart, exercent des industries spéciales : parlent un idiome particulier, ressemblant, dit-on, au chinois, sous maints aspects : enfin, ont des mœurs distinctes de celles des autres Péruviens. Le nom de leur bourg, Eten, signifie dans leur langue, le lieu ou naît le soleil, leur pays d'après eux, ou parce qu'ils se trouvèrent là comme le soleil se levait. C’est d’ailleurs tout ce qu’on sait de po-

sitif sur leur origine très-contestée entre les auteurs : les uns, tels que M. Hutchinson, les regardant comme des débris des Incas, les autres comme des héritiers privilégiés du fameux Gliimu . L^’opinion la plus généralement admise est qu’ils descendent de quelqu'émigration directe de la Chine.

Les productions de Libertad sont celles du reste de la Costa, dont il fait partie. On cite entr^autres son guano, ses confitures, son tabac et sa cochenille. Une de ses curiosités consiste en deux grandes pierres situées sur le bord de la mer et ayant Tétrange propriété d’imiter le son des cloches, quand on les frappe.

Ce département compte 219,000 habitants et plusieurs lignes de chemins de fer.

Sa capitale est Trujillo fondée par Pizarre, qui lui donna ce nom, en souvenir de son pays natal, Trujillo, petite ville de l’Estramadure. Une muraille l’entourait naguère encore de son enceinte bastionnée, jadis trèsforte ou croyant Pêtre : mais comme à Lima, ce débris inutile disparaît, sous l’effort de la civilisation moderne. Ses rues sont coupées à angles droits, régulières et larges, ainsi que dans la plupart des cités espagnoles du Pérou. Il y aurait là le canevas d’une belle ville, si les tremblements de terre n’avaient pas un peu réduit l’œuvre de Pizarre, à l’état de celle de Ghimu : c’est-àdire à des ruines, dans lesquelles une dizaine de mille âmes vit de souvenirs et d’espérances.

Son port est Huanchaco, où les habitants du pays vont prendre des bains. Quant à des navires, ils y viennent bien aussi de temps à autres, mais à grands risques, car pour être hospitalière aux baigneurs, la grève de Huanchaco ne l’est point aux bâtiments qui n’y séjournent que le moins possible.

Gajamarga.

A pris comme Piuza le nom de sa capitale dérivé des mots Qaichua, cassac-malca, qui signifient : pampa de la gelée. D’un climat très-varié, riche en mines, en végétaux et en troupeaux, ce département est un des plus remarquables de la république. Les mines d^argent de Hualgayoc sont célèbres. Tous les végétaux y poussent et sont pour la plupart de qualités excellentes. Son tabac entr’autres est un des plus estimés du Pérou pour sa force et son odeur : préférable, selon moi, à celui de la Havane. Une de ses provinces, compte à elle seule 16,000 chevaux, 30,000 bœufs et 160,000 moutons. Elle a un chemin de fer se ralliant à ceux de Libertad.

Cajamarca est semé de ruines, ainsi, d’un temple qui possédait à la fois un oracle célèbre et une idole en bois consacrée à Pacha-Camac : d^’une montagne de pierres entassées de main d’hommes, connue dans le pays sous le nom d^hôtellerie de l’incas, et contenant des constructions si vastes qu’elles pourraient, dit-on, abriter cinq mille familles, etc. Enfin, on parle beaucoup de grottes renfermant des cristallisations magnifiques et des myriades d’oiseaux de nuit nommés guacharos dont les petits servent à faire de Phuile !

Singulier bipède que l’homme, pour tout accaparer et détruire dans l’hôtellerie dont il s^’est constitué l’exploiteur ! n n’est pas jusqu^à des oisillons nocturnes qu’il ne tue pour s^’éclairer !

Ce département compte 198,000 habitants.

Sa capitale est Cajamarca qui, bien qu^elle ne possède «que 22,000 âmes, jouit d’une des premières notoriétés du Pérou. C’est comme la nécropole des Incas, où on

ne saurait marcher sans fouler quelque souvenir d’eux, réel ou supposé.

Ici est le palais de i’Inca, celui qu’il aimait le plus, disent les Indiens, sans savoir seulement quel était cet Inca, ni môme ce que c’était qu’un Inca ! Là sont ses bains, dans lesquels on a jeté son trône d’or que les Espagnols ont cherché par tous moyens, sondages, fouilles, galeries souterraines, etc., sans rien trouver. Plus loin c'est rinça - RispO;, autrement dit le repos de rinça, parce que c’était là, à moitié chemin de leurs deux capitales^ que Iluayna-Capac et son père s’arrêtaient pour contempler le panorama du pays qui est magnifique. On voit encore une pierre percée de trous dans lesquels on plaçait les pieds du tronc impérial. Ici enfin, est la pierre du supplice, celle-là môme, diton, sur laquelle Atahuallpa fut exécuté.

De par ces souvenirs, cette ville est pour les Indiens ce qu’est Saint-Denis pour nous, la tombe de leurs anciens rois. Cajamarca, Saint-Denis, jneux souvenirs ! Les révolutions et le temps lui-même ont beau tomber sur vous,, vous vivez toujours. Qui de nous, quel que soit le parti dont il est, passe indifférent devant les mausolées des souverains de ses pères? Pauvres grands Bourbons ! Un des fils de ceux que vous avez si longtemps gouvernés, s’arrête en passant devant vos sépulcres vides et vous salue, ombres de nos rois !

Moi je ne veux pas

Qu’on mette mon roi mort dans une bière nue.

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