‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 22 sur 47 · en 1700:60,000 en 1800: et enfin · texte numérisé non relu

en 1700:60,000 en 1800: et enfin

190.000 aujourd’hui. De plus, sa richesse et ses séductions ont fait d’elle la capitale non -seulement du Pérou, mais de FAmérique méridionale tout entière.

Il ne faut cependant pas conclure de là que Lima res" semble à nos grandes villes d’Europe. Les cités péru' >âennes sont des bourgs plutôt que des villes, telles

que nous les comprenons. Les monuments y sont rares et peu ornés à l’extérieur. Les maisons n^’ont pour, la plupart qu^’un rez-de-chaussée avec un seul étage. Des jardins, des cours, des terrains vagues espacent ces maisons entr^elles partout . Gela ressemble bien moins à nos cités qu’à ces vastes fourmilières d’Asie, chinoises et autres, qui, malgré leurs millions d’habitants et leurs étendues, ne sont pour nous que d’immenses villages.

Ce mode de construction plus’ asiatique qu^’européen résulte du climat du Pérou, de Page de sa nation, des mœurs locales et surtout des tremblements de terre. Les demeures humaines peuvent être vastes, à demi closes, et s^’étaler à loisir sur le sol, dans un pays où il ne fait jamais froid et où le terrain ne se mesure pas au centimètre. De plus, on n’y sait pas construire des maisons-palais, comme les nôtres, et on ne tient point à Papprendre : parce que chacun là-bas vit pour lui bien plus que pour les apparences, et, par suite, recherche son confort intérieur, plutôt que la forme extérieure de sa maison. Enfin surtout, à quoi bon se saigner de dépenses et d^efforts, pour construire des édifices superbes? Quand demain, ce soir peut-être, tout sera détruit par une secousse inconjurable du sol qui le porte 1

Par ces diverses causes, la plupart des villes péruviennes restent de grands villages, bâtis et détruits au jour le jour, qui, s’ils ne changent point avec le temps, laisseront bien moins de traces que les massives constructions de leurs aïeux indiens. Nids éphémères do trois ou quatre générations, qui, du moins, auront vécu là libres, insouciantes, heureuses comme de gais oiseaux !

Toute capitale qu^elle est, Lima est dans ces condi-

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fions. Séparée en deux par le Rimac, elle occupe 1,200 hectares, divisés en 200 îlots réguliers, coupés à angles droits par de larges rues et comprenant environ G, 000 maisons, dont beaucoup sont en pierres de taille et entourées chacune d’un jardin.

Naguère encore, des fortifications en brique, de 5 mètres de haut sur autant d’épaisseur et flanquées de bastions, l’entouraient de leur inutile enceinte. L’eau y était aussi rare que la poussière abondante. Les égouts à découvert et vaseux d’eaux croupies étalaient précieusement, comme jadis les ruisseaux de Marseille, autant d’offrandes odorantes qu’il plaisait aux voisins d’en déposer. Un aveugle se serait cru dans Paris, quand, à la puanteur de notre civilisation française. Messieurs de la nocturne vendange, nous empestent chaque nuit, avec privilège de nos édiles — mes chers collègues, que je conjure d’aviser!

Mais depuis quelques années une transformation aussi complète que celle opérée dans nos murs par M. Ilaussmann, de contestable gloire, a fait de Lima une ville nouvelle, sans l’avoir endettée au-delà de ses ressources. Ses fortifications sont devenues des boulevards. Elle a de Peau, des trottoirs, moins de poussière, des égouts à couvert, du gaz, des magasins splendides. Elle avait de naissance l’amour des plaisirs, l’esprit, les femmes, le goût, l’argent, l’entrain de chez nous. Lui poussent des squares, des fleurs et surtout des arbres qu’elle plante ou va planter : toute la côte américaine, de la Californie à la terre de feu, viendra se plonger dans son bain de plaisirs, comme l’Europe à chaque printemps vient se retremper dans son Paris.

Les églises' de Lima sont célèbres ; on en compte 70 :

mais dans ce nombre trois ou quatre seulement, dont la cathédrale et le cloître de Saint-François, sont remarquables comme constructions. Les autres ressemblent à des magasins plutôt qu’à des églises : d’autant mieux, qu^’à cause des riches ornements qu^’elles possèdent, toutes valent plus ou moins la peine d’être visitées (1) .

La cathédrale, mérite sa renommée. Elle a trois nefs, deux tours et une façade sculptée. Son maîtreautel est élevé de dix marches en marbre blanc, aux pieds desquelles, reposent, dit-on, les restes de Pizarre. On y compte 16 autels secondaires: quelques tableaux de maître entr^autres la Sainte Véronique de Murillo : et enfin une cloche célèbre nommée la Cantabria, qui pèse 300 quintaux et dont on fait encore plus de bruit à Lima que n’en fait la cloche elle-même.

Les autres monuments remarquables à un titre quelconque sont : un pont en granit de cent mètres de long, f)lus solide qu’artistique ; une belle fontaine en bronze sur la place May or; un pénitencier imité de celui de Philadelphie; deux statues, l’une de Christophe Colomb, découvrant l'Amérique, en marbre blanc et formant groupe, l’autre de Bolivar à cheval et saluant le peuple, en bronze avec des bas-reliefs; une bibliothèque; une monnaie ; neuf collèges — de droit : de médecine : d’instructions normale, secondaire, ecclésiastique, navale et militaire et d'accouchement : d’arts et de commerce: d’industrie; — des hôpitaux; une maison d’aliénés; deux théâtres; deux cirques, l’un pour coqs, l'autre pour chiens ; un beau cimetière ; enfin, les divers bâtiments publics qu’on trouve dans une grande

(l) Voir le chapitre xiii sur la religion du Pérou.

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ville, généralement spacieux, mais ressemblant à des maisons ordinaires.

Gomme rendez-vous de bains ou séjour estival, la riche ci téa Ghorillos, son Trouville, récemment tbndéet se garnissant de villas : ses maisons de campagne, sur les bords de la mer ou duRimac que le chemin de. fer d’Oroyava faire monter sur la Gordillère ; de telle sorte qu’avant dix ans les Liinéniens iront estiver jusqiGaux pieds de la Yiuva, comme les Cataniens vont sur leur Etna^ d’une villa à une autre, en montant ou descendant, selon la saison.

En fait de promenades, celles de Lima sont remarquables, non pour les promenades en elles-mêmes, mais pour les promeneuses, haiiaseo de amayicaës, entr’autres, le bois de Roulogne de la ville : justement célèbre par ses amancaès, ses fleurs d’or comme on les nomme, par son panorama splendide et surtout par la foule qui l’encombre chaque jour. Rendez-vous' général des opulences de la cité opulente s’il en fût, c’est un des endroits du monde où on trouve réuni sur un étroit espace le plus de luxe et de jolies femmes. On dirait que toutes les beautés de l’Amérique du Sud se donnent là rendez-vous, comme dans un tournoi de séductions.

Soit dans ses promenades, soit dans ses fêtes, Lima déploie souvent une richesse et un goût qu’on chercherait vainement ailleurs sur l’hémisphère américain. Les équipages y circulent comme dans nos grandes villes. Non-seulement les classes riches, mais le peuple même étalent un luxe de vêtements souvent supérieur au nôtre. Il n’est jusqu’aux mulâtresses de condition inférieure qui ne portent des robes de soie et des bijoux de prix. Plusieurs maisons renouvellent régulièrement

leur mobilier tous les trois ou quatre ans, et, bien que ces mobiliers soient de beaucoup inférieurs aux nôtres en général, leur valeur s’élève souvent à plusieurs milliers de piastres. Les simples soirées dansantes coûtent de 2,500 à 5,000 fr., et les bals d’apparat montent jusqu^à 20 et 25,000 fr. Or, ces fêtes sont très-répandues à Lima, et tout particulier un peu riche en donne au moins une chaque année.

C’est la ville du luxe et du plaisir avant tout. Paris même, proportions gardées d’habitants, n’approche point, sous ce double aspect, de la capitale du Pérou.

Par suite de ce besoin effrené de plaisirs, l’importance commerciale de cette ville est bien plus considérable que ne le comporterait chez nous une agglomération de 190,000 âmes et la capitale d’une nation de 3 millions et demi d’individus. Mais, hommes et femmes ont tous tant de caprices ! Rien qu’en futilités de mode, Lima gaspille annuellement de quoi faire vivre un peuple. Elle est espagnole et créole : comme à l’Espagnole des fantômes, il lui faut incessamment :

Des bijoux, des colliers, des merveilles,

Des festons, des rubans, à remplir des corbeilles,

Des fleurs à payer un palais.

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