V. Hugo
Aussi, le Callao, son port, qui, il est vrai, fait à lui seul les deux tiers du commerce de la République, a-til un mouvement d’environ 4,000 navires jaugeant 2,000,000 tonneaux. Ses importations et exportations dépassent 300,000,000 de francs : dont une bonne partie en étoffes de luxe, objets de mode, parfumerie, etc. Nous aurions donc mauvaise grâce à blâmer la coquette » cité, car nous sommes naturellement ses principaux fournisseurs. Lima est même un des rares points du
globe où notre commerce atteint la moitié de celui de TAngleterre, égale presque le commerce américain et dépasse de beaucoup celui de toute autre nation.
Par contre, les sciences et les arts y sont, en général, assez peu cultivés. La spirituelle ville se soucie de tout cela comme d’un point noir de fève, disaient les latins. Que lui importe de savoir pendant combien d'années ont régné les Pharaons ou même ses Incas? Les livres renriuient. Les tableaux la fatiguent. Le théâtre ne lui plaît que comme lieu d’exposition. Elle a trop do ressources en elle, elle est trop Phryné pour se donner le mal de rien. A quoi bon chercher en dehors de son propre cerveau, puisque l’esprit en découle comme d’une source native, toujours abondante et nouvelle ? A peine même a-t-elle gardé de son origine espagnole l’amour des émouvants combats du cirque — entre coqs!
Cependant, on trouve cà et là de brillantes exceptions à ces mœurs. Ainsi, il y a à Lima des journaux nombreux, dont quelques-uns ont souvent des articles de sciences, de politique et d’affaires remarquables. Bon nombre d’hommes, surtout delà génération qui s’élève, et quelques femmes ont une instruction sérieuse. Dans le passé, on rencontre çà et là plusieurs illustrations véritables : entr’autres celle de don Fablo de Olavide, que notre Assemblée nationale de 1789 déclara fils de la nation française. Si l’indolente cité voulait s’en donner la peine! Ses spirituels enfants ont tant d’intelligence et de facilité qu’ils seraient bientôt à la tête des sciences, comme ils sont à la tête de la civilisation du plaisir.
Telle est cette ville, qui attire à elle des étrangers de tous les points de son hémisphère, et les séduit au point qu’on ne la quitte jamais que malgré soi. IS’en déplaisé
à cette enchanteresse, c^est, à tous les points de vue, la syrène séduisante et fatale, qui charme mais qui tue : le grand pandœmonium des vices et des vertus de la nation dont elle est le fruit : la vraie cité-reine, à la fois opulente et misérable, généreuse et avide, intelligente et corrompue : comme toutes les Babylones, dont la lueur fascinante éclaire, mais brûle le monde qn^elles gouvernent.
Fondée pour être la capitale d’un nouvel empire, elle est restée capitale, malgré les guerres^ les révolutions, les famines, les maladies, les tremblements de terre, qui l’ont troublée^ décimée, bouleversée. On s'y ruine autant qu^en une ville de jeu. Gomme toutes les grandes cités, elle est maladive souvent et pestilentielle par moments. Les bronchites, les angines, la dyssenterie, la fièvre jaune, la petite vérole y sévissent plus que dans nos villes les moins salubres, moissonnant tantôt les étrangers, tantôt les naturels eux-mêmes. N’importe ! Aucun de ses habitants ne la quitte : les étrangers y affluent et tous l’aiment comme nous aimons notre Paris : parce que, comme Paris, dont elle a les lueurs d’or et les féminines séductions, elle est devenue la tête et le cœur de son continent.
Huanugo.
Situé entièrement sur les Andes, tire sans doute son, nom de son principal produit, ses huanucos ou Hamas, destinés à devenir une des sources commerciales les plus productives du Pérou. Il compte environ 195,000 habitants. Sa capitale est Huanuco, ville de 11,000 âmes.
J UNIX.
Doit son nom aune victoire remportée en 1824, lors 4e la guerre de l’indépendance, près de la petite ville de Junin. G^est, avec Huanuco, le département le plus l'roid du Pérou, le seul où il faille des calorifères pendant Pliiver. Sur certains points, ainsi à Chouta, le thermomètre descend jusqu’à 6 degrés au-dessous de zéro ; tandis que près de là, dans des localités plus basses, la chaleur est parfois excessive. C’est aussi le département des tempêtes, qui y sont etîrayantes : accompagnées de foudre, de grêles et de neiges si fortes, qu^’en route, il faut s’abriter d’elles, sous peine de mort,
Juiiiii est célèbre par ses mines aujourd’hui les plus riches du Pérou. Les gisements d'argent du Cerro-de- Pasco, ont une réputation presqu’égale à celle des mines du Mexique. Ils ont été découverts en 1030 par un berger indien, nommé Huari-Capcha, qui, en faisant cuire ses aliments, s'aperçut que les pierres de son foyer fondaient en filets de métal. On compte aujourd’hui, dans ce seul gisement plus de 2,500 ouvertures dont on extrait du minerai.
.lunin possède, en fait de curiosités, la lagune insignifiante de Lauricocha, d’où sort simple ruisseau le fieuve le plus grand du monde, l’Amazone : la vallée de Janja réputée le pays salubre par excellence, sorte d'Alger où vont se rétablir les malades ; enfin, des ruines nombreuses, qu'il partage avec son voisin Huanuco, récemment détaché de lui, ruines qu’on croit de beaucoup antérieures à l'époque des Incas.
Ce département renferme 188,000 habitants. Sa capitale est Gerro-de-Pasco, située à 4,352 mètres audessus de la mer; c’est-à-dire presqu’à la hauteur du
dépàrtemkkts et villes principales 369
Mont-Blanc (4810 mètres) . Aussi les étrangers y sontils sujets à une oppression dont nous avons déjà parlé, connue tant à Pasco que sur les plateaux analogues, sous le nom de soroche. Quant à ses habitants, au nombre de 23,000, mineurs pour la plupart, ils y prennent souvent la fièvre pourpre, le point de côté, etc.; ou sont azogados, c‘"est-à-dire tremblants comme le mercure et par son fait. Enfin, pendant huit ou dix mois de Tannée, la foudre, la grêle, la neige, les vents et le froid sévissent si fort sur la pauvre ville, que sans la richesse métallique de ses environs, ses tristes maisons de brique seraient désertes comme des ruines.