LETTRE LVI
Louis Friedel à John Wolf,
De la Ferme des Bois, lc....é
J. RI03IPHE ! victoire ! clianle , bvmen , ô hynieiiee ! et prepare-loi à venir consoler , si lu le veux , une pelile sotte qui pleure , parc»- que je lui iii fait connaîlre un plaisir Jont elle ne se Joutait pas. Quelle jouissance que Je savourer à longs traits tous les raffincmens de la volupté , et de goûter en m^me temps le plaisir si doux de la vengeance ! Qiiel spectacle délicieux que la pudeur aux prises avec l'amour ; que celui du remords ; s'efiorçant en vain de bannir la mémoire du plaisir , et que des veux
(6) langonrreiix où se confonrlent les lar* mes de la tendresse et les pleurs du repenlir 1 Un tel spectacle ne se rencontre pas deux fois dans la vie, et je le sais un gië infini de me l'avoir procure : pour ta récompense . je vais le donner quelques dciails ; ce seront des leçons pour toi ^ dont lu pourras faire ton profit eu temps et lieu.
Depuis long-lcmps j'elais convaincu que Rose m'aimait : ses yeux me le disaient assez, mais cela ne sufûsait pas. J'étais bien las de jouer de la prunelle, de sou[)irer de temps en temps , et de ne recueillir, pour prix de la conlrainle que je m'imposais , que quelques soupirs en e'cliange des miens, ou quelques baisers pris à la dérobée , et qui ne faisaient qu'augmenter mon appélit f)Our quelque chose de plus réel. Je comptais sur l'occasion , mais elle ne se présentait
(7 ) pas : Anna , comme un mauvais génie,' déconcertait tous mes projets ; elle ne quittait pas plus llose cjue son ombre, dans la journée , et une partie de la nuit se passait pour moi à contempler la mince cloison qui me séparait de Rose. C tte maudite porte n'eût pas été un obstacle , s'il n'eût fallu que l'enfoncer ou l'ouvrir par' tout aulre movcn : mais i! ne fallait pas effrayer Rose : une tentative de celte espèce, faite à son insu et sans son consentement, m'aurait fait perdie tout le fruit de mes peines. Il fallait donc amener la petite à m'ouvrir elle-même ; en conséquence , je change ai de batteries. Au lieu de l'air de C(*ilentcment, que j'avais montré jus-q n'ai ors . ma figure se rembrunit ; je lui donnai l'aspect d'une profonde mélancolie : de gros soupirs S)'écliappaient de temps en temps de ma poi-
( 8 ) Irine qui paraissait oppressée , je ne parlais plus que par monosyllabes j el> quand mes yeux renconlraient ceux de Rose , je les baissais proniplement et avec assez d'affectation ^pourqu^'elle s'en aperçût.
Je n'eus pas joue ce rôle assez pénible pendant deux jours , que je vis mes deux femmes en proie aux plus vives alarmes. Elles me regardaient avec un air d'intérêt qui me donnait plein espoir sur le succès de ma ruse , et Anna se hasarda enfin à me demander si je me sentais plus mal qu*à mon ordinaire. — Oh ! mon mai en effet augmente de jour en jour, re'pondis-je du ton le plus douloureux qu'il me fût possible , et en roulant sur Rose des yeux qui firent baisser les siens, et couvrirent ses joues d'un pied de rouge.
Était-ce pour faire semblant qu'elle
(9) ne m'avait pas compris , qu'elle me demanda : Ne voiilez-vons pas que nous fassions venir un médecin ? — Un médecin i ah ! gardez -vous -en bien ! Mon mal n'est pas du ressort de la médecine , et je sens que je n'en guérirai jamais! En même temps je sortis brusquement , en leur laissant pour adieux un soupir bien conditionné, et les laissai seules et libres de faire des conjectures sur mon prétendu mal.
Je fus me promener dans le bois , et ne rentrai qu'au moment du souper.
J'eus soin de le rendre bien silencieux, etj au moment de me trouver dans ma chambre , je trouvai le moyen de glisser dans la main de Rose , et sans être aperçu , nn billet que j'avais préparé d'avance ; il ne contenait que ces mots :
« Vous seule êtes la cause de mon
mal , vons seule pouvez le gncrir. J':ii des choses de la pins liante importance à vous dire, mais il faut que nous soyons seuls. Mon repos et ma vie sont en votre pouvoir .- ouvrez la porte de communicalion qui sépare ma chambre de la vôtre ; lorsque tout le monde sera enseveli dans un profond sommeil , j'irai vous trouver^ Ne craignez rien de moi , j'aimerais mieux mourir que de vous déplaire. »
Rentré dans ma chambre , j'eus assez de patience , tant que j'entendis quelque mouvement dans la maison; mais lorsque je vis, que depuis longtemps loul était calme j et que Piose n'ouvrait pas la fatale porte , alors je commençai à pester et à jurer : comme de temps en temps j'allais prêter l'oreille , il me sembla que j'entendais Rose sangloter. Je me hasardai à frapper doucement , personne ne me ré-
pondit. A font hasarvl > j'essaie (l'ouvrir la porte , 6 boniieur ! on avait relire le verrou , et, en une seconde , je fus aux pieds de Rose : elle e'iait assise , le coude appuyé' sur une table , et versait des larmes.
— Vous pleurez î Rose , vous pleurez ' Et qui peut donc vous causer tant de chagrin ?
— Vous n"ie le demandez, me repondit-el'e d'une voix basse , cl regardant de tous cotés, comme si elle eût craint d'être entendue : ali î je crains que la faiblesse que j'ai eue de de vous ouvrir celle porte, ne vous donne une mauvaise opinion de moi.
— Quelle singulière idée ! Comment pourrais- je ne pas chéiir une couq>lai^at>ce à laquelle tout man bonheur est atlacbc?
— C'esl ce que je me suis dit aussi, d'après voire billel ^ cur je ne crois pas
rjne vous puissiez tromper une pauvre f)lle. Mais, je vous en supplie , ditesmoi bien vite ce que vous avez à inc dire^ et retirez-vous, car je sens que je ne fais pas bien de vous recevoir ainsi.
— Chère , adorable Rose , comment avez-vous ele' assez aveugle pour ne pas voir que le mal que je ressens n'est autre chose que l'amour violent que vous m'avez inspire , mal qui s'augmente sans cesse par la crainte de n'être pas payé de retour !
— Voilà justement ce que je craignais : oh ' jMonsieur , je vous en prie, n'ayez pas d'amour pour moi ; il vaut mieux que je sois seule malheureuse.
— Vous malheureuse , Rose î Comment ^ et pourquoi?
— Ah î je sens que ça fait trop de mal d'aimer sans espérance; songez donc que je ne suis qu'une pauvre
( '3 ) orplieline , sans pareils , sans fortune , et que nous aurions beau nous aimer, cela ne nous mènerait à rien.
— Que dites-vous , Rose ? Ah ! si j'étais assez fortune pour posséder votre cœur, je n'aurais plus rien à désirer sur la terre.
J'abrège cette scène : qu'il te suffise de savoir que j'obtins de Rose l'aveu complet de son amour ; je dissipai ses craintes sur l'avenir, en l'assurant que mon père consentirait avec plaisir à notre mariage. Cette assurance , une fois donnée et reçue , nous passâmes une grande partie de la nuit à jouir en perspective (elle , du moins) du sé-^^ duisani avenir dont je lui faisais le tableau ; je ne voulais pas pousser les choses [)lus loin pour cette fois^et je quittai Rose , ap'ès avoir obtenu d'elle la promesse qu'Anna ne saurait en* ç orç rien de notre projet , attendu que
j'avais quelques menugeniens à garJer.
J'ohliiis aussi que la porle me serait ouverte la uuil suivnrilc; mais je fus |)r(.'srni'o|>lig(i (le jue fiVliei-, j)Our lui faire promellre que je la U'ouverais dans son lit. J'alléguai , pour principales raisons , sa santé' qui pourrait s^alterer, si elle restait long-temps sans se reposer , et surtout la peine que j'eprouvei-nis , si elle n'avait pas une enlièi'e confiante dans Tlionneur de celui qu'elle devait désormais regarder comme son époux. Enfin ^ elle promit.
Tu es, sans doute, elonne' de tant de facilite de la part d'une de ces rares créatures que l'on e-t convenu d'appeler vertueuses ; mais , mon cher , je m'étais servi d'un la'isman bien puissant sur cette espèce d'êtres : c'est le mol mariage. Garde-loi jamais de le [>roiioncer avec uue de ces rusées
( >5) commcrcs qui n^ignoront rien , et qui niellent tout leur talent à cacher leur science : celles-là, instruites par l'expérience , se gardent bien de rien accorder de réel au pauvre nigaud qu'elles veulent enchaîner ; elles irritent ses désirs par des refus combines , qu'un novice prend pour des signes incontestables de verlu. Mais , parle mariage à une jeune innocente , il est bien rare qu'on n'oblienne pas des arrhes sur ce marché, qui ne se fera
jamais : de là tant de maris sols ,
et lant de tilles trompées.
Après cette courte digression , je reviens u la nuit que j'avais fixée pour mon triomphe. 3'eus bi( n des peines à m'empccher de rire, en voyant les précautions que Rose avait prises pour cacher à mes yeux le plus d'appas qu'elle pourrait : on ne voyait sortir du lit que sa jolie tête , qui , par pa-
r.enllicse , clait coilfce pour la nuit avec !e plus grand soin , lanl il esl vrai que l'esprit de coqnotlerie n'abandonne pas même les plus innocentes.
Ne l'alltnds pas que j*en!re dans tous les de 1 ail s de la conversation qui servit de prélude à ma victoire : ouvre le premier roman sentimental qui te tombera sous la main , et tu y trouveras tontes les fadaises amoureuses que je fus obligé de débiter pour tourner la tête à la pauvrette. Je procédai graduellement , pour ne pas l'efTarouclier; je gagnai du terrain peu à peu. Je conquis d'abord une main , puis un bras qui, je ne sais comment, finit prar rester autour de mon corps ; une grêle de baisers finit par l'étourdir; je saisis l'instant où la nature , plus forle que la raison , parlait. un langage nonveau aux sens agités de Rose, qui, vaincue par sts sensations, ne trouvait
( >7) plus de force pour s'opposer à mes entreprises , et ne connut la perte qu'elle , venait de faire qu'à la douleur qu'elle en ressentit, et qui lui arracha un ori qui aurait éveille' toute la maison , si ma bouche ne l'eût étouffe au passage.
Lis les lamentations de Clarisse Harlow après sa chute , cela m'épargnera la peine d'écrire les reproches que Rose me fil , les pleurs qu'elle versa. Je parvins cependant à la consoler, en rejetant toute la faute sur la violence de l'amour , et en lui démontrant que, devant être unis dans peu par les nœuds de l'hymen , nous n'a-^ vions fait qu'anticiper sur les droits qu'il nous doimerait. Mais mes caressses et mes pleurs simules firent bien plus d'elle t sur le cœur de Rose que mes raisonne mens , et la nuit ne 4. 2
( i8) se pissa pas sans qu'elle m'eut ncccrJé Tolonlairement ce que je lui avais enlevé par surprise : il n'y a , dit-on , que le premier pas qui coûte. Cet axiome , ge'ne'ralement vrai pour les autres feninies , semble trouver une CNceplion dans le cœur de la pslùe sojxière ; car tous les jours, ou plulôt toutes les nuils , ce sont de nouveaux scrupules à détruire , de nouveaux coj)ibats a soutenir, de nouvelles larmes à essuyer. Celle situation a quelque chose de piquant qui m'attache :
sans celte résistance , il y a long-temps que la satiété m'auiait éloigné ; et que Rose , au lieu de verser des larmes sur sa vertu fugitive , n'en verserait plus qie sur son ab indon.
Je crois bien qu'Anna se doute de quelque chose; elle a depuis qtielqne temps une jnanière de me regarder qui ne mu plaît pas. Ruse auruii-eile
C>9^ jase ? J'ai de la peine à le croire ; mais s'il est vrai que les femmes soient d'une discrétion à toute épreuve sur certain article , il est vrai aussi qu'elles sont douées d'une pénétration effrayante pour deviner le secret des au4res. L^inslinct de la jalousie et de la nialii^nité les abandonne et les trompe rarement. Mais quels que soient les soupçons d'Anna , ils ne m'inspirent aucune inquiétude , elle croit a la vertu de Ferdinand Friedel , aussi fermement qu'à l'Evangile ; elle ne peut me supposer que des vues honorables , et l'idée d'une trahison de ma part ne trouvera jamais place dans so»
esprit.
A propos de Ferdinand Friedel , qu'est-il donc devenu ? Williams que j'ai envoyé à la découverte , du coté de Mayencc, ne m'en donne aucune nouvelle ; le sentimental Calon ne se
doule guères que penJant qu'il Iraîne au loin ses grandes douleurs el son desespoir, Je Iravaille ici à lui procurer les honneurs de la paternité'. L ingrat 1 tu verras qu'il ne m'en aura aucune obligation. N'importe , il esl d'un cœur vraiment grand de faire le l)ien sans espoir de recompense, et Ferdinand aura une îemnie el un enfant sans qu'il s'en doule.
Tiavaille de Ion côlé à soulager le Lonhomuie du poids de ces misérables richesses, dont il ignore le véritable emploi , et qui ne sont pour lui qu'une source d'inquieludes. A en Juger par le dernier envoi que tu m'as fait, la besogne doitelre passablement avancée ; tous mes billets sont négociés, l'argent est placé dans labanque d'Angleterre , el je n'attends plus que le nioiiient favorable dj faiie rcjaillik^
SUT le flore absent le désespoir de Rose, pour plier bagage et dire un eterneï adieu à l'AHeuingue , où je çomplc laisser assez de grands souvenii-s pour m'immor aliser. f^a/e.
LETTilE LVII.
Lady Borinan à Lord Dehnotù,
Hoidclbcrg, le
VJc'avez-vous fail , barbare? père dénature , vous avez lue' votre fille î L'aQiour le plus noble , le plus juste et le pins vertueux, n'a pu trouver grâce devant votre cœur inflexible ; ramour-[)ro[)re le plus ridicule a e'iouffe dans volie â.ne tous les sentimens de la nature, et effacé jusqu'au souvenir d'une pa^sion qui vous maîtrisa jadis , et qui était bien moins excusable , que celle de la malheureuse Clara 1 Eh bien , cruel, venez contempler votre ouvrage; venez voir cjlte Cîara naguères brillante de boijheur
el de snnlé, maintenant elendue sur un lit de mort , et n'oflrant plus à nos yeux e[>uîses de larmes » que ralfrcuse im;»ge d'une dissolution prochaine.
Mais que dis je? Ali, gii'dez-vous de venir ! Clara ne vous reconnaîtrait pas, ou si elle vous reconnaissait , votre présence, Taspect imprévu de son bouiretiu lui donnerait la mort.
Lors({ue (]lj«ra eut lu cette fatale lettre, plus digne d'un tyran que d'un père, elle ne profeVa aucune plainte, ne versa pas une larme. J'obéirai , ditelle froidement, et avt^c un calme qui m'el fraya. Elle ne prononça p?s un mot de plus; mais je ne voyais que lro[) la violence qu'elle se fciisait pour comprimer en elle-même les mouvemens divers qui l'agitaient.
Wt:vs le soir il lui prit un saignement de nez qui dura très long-temps.
Voyant que rien ne pouvait rétancber,
Golllicl) courut chercher un meJecio, qui arriva en même temps que celui que j'avais mande' de mon côle'. Les deux Docteurs ayant examiné ma nièce, furent d'un avis oppose , lorsqu'il s'itgit d'admini>lrer un remède ; l'un prétendait qu'il fallait laisser un libre cours à l'hémorrhagie , elqu*en l'arrelanl c'était exposer Clara à une maladie sérieuse ; Taulre au contraire soutenait qu*il fallait arrêter le sang , et tous deux citaient à l'appui de leur opinion des exemples et dcsraisonnemens à perte de vue. Pendant cette discussion , ma pauvre nièce saignait toujours, et avant que les deux médecins fu>sent d'accord , elle tomb.i privée de connaissance ; il fallut la porter dans son lit. Je passai la nuit auprès d'elle , dans une angoisse que rien ne saurait exprimer. Elle ouvrit les jeux plusieurs lois et les icfcrma sans nous
(.5) avoir reconnus. Voilà huit jours qu'elle esl dans cet état , floUant continuellement entre la vie et la mort.
Les médecins prétendent que c'est une fièvre maligne d'une espèce trèsdangereuse, et j'ai ëte' oblige de me filcher sérieusement contre Gotllieb , pour l'em[)eclier de rester près de sa sœur, et de prendre le germe de celle maladie.
Quelquefois , dans le délire d'une fièvre brùla[Ue,elle s'imagine voir Lord Carwell; elle lui adresse les paroles les plus touchantes, pour le supplier de ne pas l'epouscr; puis lout-àcoup se mettant à rire: Voyez, ditelle , ce jeune Adonis de soixante an^, sa perruque vienl de tomber ! Ensuite elle s'adresse à son amant, et lui fait le serment de n'avoir jamais d'auUe époux que lui : Tu m'as sauve' la vie, dit-elle, elle t'appartient! Iliei* , cll^
me prenait pour vous, Milord, et, ne vous en déplaise, elle a manifeslé une si grande horreur, elle s'est tellement agitée , en disant qu'elle voulait fuir l'aspect de son tyran , que j'ai élë obligée de me deVober à sa vue.
Et c'est un père qui a réduit sa fille à ce déplorable clat ! Mais si vous avez oublié que Clara était votre enfant, je serai plus humaine que vous, je n'oublie pas que vous êtes mon frcre , et je vous épargnerai les reproches sanglans que votre conscience ne vous épargnera pas» Peut-être voire fille aura-t-elle cessé d'exister , quand vous recevrez ma lettre ; chaque minute augmente mes craintes. Quand j'interroge les médecins , ils haussent les épaules; Je ne vois que trop à leur air cmbarassé qu'ils n'ont eux-mêmes aucune espérance, et qu'un miracle $eul peut sauver ma nièce.
Si elle meurt, Milord, je crains
bien que vousn*ayez deux meurtres à
vous reprocher en même lemp* Je
ne crois pas que le libérateur de voire
enfant survive à sa perte. Il n'est qu'à
demi instruit du danger qu'elle court,
et déjà Ja crainte et l'incertitude ont
fait autant de ravages sur lui que la
maladie sur Clara. Tous les jours il
vient errer autour de l'appartement de
Clara j et quand je l'aperçois il me
semble voir un habitant des tombeaux,
ou un ispectre lugubre qui cherche
l'asile de la mort. Ainsi , pour prix du
plus généreux dévouement, ce jeune
homme, l'espoir et l'orgueil de sa
famille , aura reçu la mort de la main
d'un père insensible, dontil a sauvé la
fille, O mon frère 1 mon frère , qu*avez«
vous fait ?
Ah î si Clara pouvait avoir un moment lucide , avec quel transport j'en
profiterais pour la tromper, en lui annonçant avec me'nagement que son père renonce à ses projets , et qu'il consent à l'unir à celui qu'elle aime ! S'il faut espérer un miracle , c'est sans doute de l'amour qu'il faut l'attendre j et je pense que l'esprit de Clara étant une fois calmé , il ne serait pas impossible d'obtenir son entière guérison. Mais frivole espoir ! comment espérer le retour de sa raison , lorsqu'à chaque minute la vie paraît prêle à lui échapper ?