‹ Le perroquet (volume 2)Chapitre 3 sur 32 · LETTRE LVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LVIII

Ferdinand Friedel à Charles Fraser.

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Je suis tombe (lu haut des béatitudes célestes dans l'abîme des misères. J'ai cru un moment saisir le bonheur, il était environné d'éclat et de gloire ; j'ai tendu la main , je n'ai touche qu'une vapeur légère; j'ai levé les yeux et je n'ai plus vu qu'un fantôme hideux , armé d'une faux dont il menaçait ma tête , en faisant un sourire infernal qui m'a fait reculer d'horreur Mon ami ! ils m'ont enlevé

Clara 1 Ils disent qu'elle repose ! Voilà long-temps, bien long-temps, qu'ils le disent ! Tous les matins je me pre'-

sente à sa porte ^ et il y a toujours quelqu'un là qui lïi'empeche d^enlrer î Oh , ils me trompent ; Clara ne pourrait jouir d'un si long repos sans voir son amant. Me suis- je repose un instant depuis que je l'ai vue, moi?

Aussi, je sens bien que mes forces diminuent, souvent je ne sais où je suis ni ce que je fais ; mes idées se Iroublent, se confondent, je ne suis plus moi !

Je viens de faire un rêve bien long , bien pénible; j'ai vu Clara , elle était dans ie séjour des bienheureux ; elle m'appelait , je voulais voler dans ses bras , mes pieds se sont trouvés cloués, je n'ai jamais pu parvenir à faire un pas ; elle a disparu , et je me suis trouvé plongé dans la plus profonde obscurité

Clara est malade, et l'on m'empêche de la voir, de lui parler, de la

soigner ! Ils ont peur que ma )^re'sence n'aggrave son mal ! On voit bien que ces gens-là n'aiment pas; si j'étais prêt à mourir , la voix de Clara suffirait pour me rendre à la vie. Qu'elais-je avant de la connaître ? N'ëtais-je pas mort ? Non , je ne sentais pas la vie , jetais sans force , sans action ; insipide automate, j'agissais machinalement, par des ressorts qui m'ëlaient inconnus. Clara m'a donné une âme !

Dès l'instant que je l'ai vue , j'ai senti que j'existais; sa voix m'a fait connaître les charmes de la vie : l'amour fut mon créateur; sa puissance ne doit-elle pas s'étendre également sur celle qui fait la moitié de mon être ? Mais ces gens-là ne m'entendent pas , leurs cœurs restent froids , quand le

mien brûle; tu verras qu'ilsla laisseront mourir , parce qu'ils ne conçoivent pas que ma voix puisse la sauver.

(50 Mourir ! Clara mourrait ! Non , noti , je franchirai les faibles barrières que l'on m'oppose , je renverserai tout: il faut 5 il faut que je la voie. Clara , Clara ! tu ne quitteras pas celte vie sans moi ; mon existence est liée à la tienne, je te suivrai partout, soit dans l'espace e'troit de celte terre que tu embellis^ soit dans les vastes régions de l'incompréhensible éternité î Eternité ! n'est-ce pas là le serment de l'amour ?

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