‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 3 sur 211 · PARIS FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

A.NCIE.NNE LlBIÎAlIilE GEHMER BAILLIÈIIE ET C* 108, liUULEV.VRD S.MNT-GERMAIN, 108

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PHEFACE

Les deux questions réuuies par le lilre de cet ouvrage eu composent réellement une seule, avec ses principales dépendances. La première, enfermée dans le terme depersonnu/isz/ie, ou doctrine de la personnalité, nousdonne la iïicliededémontrer par des raisons, logiques d'abord, morales ensuite, que la connaissance de la personne en tant que conscience et volonté

cstle fondement de toutes les connaissances humaines. De cette connaissance |)rimordialc, qui est celle d'une certaine relation de relations impliquée dans toutes nos connaissances possibles, — le rapport du sujet à l'objet mental, — il s'îigit de déduire ce qu'il est possible de découvrir, au moins dans leur plus grande généralité, des relations constitutives des objets de l'expérience.

Les objets de notre expérience, en effet, ont pour facteurs ou coefllcients les lois delà conscience. Quand ils sont représentés à la conscience extérieurement, ils le sont sous les lois de la l'eprésentation externe, qui est une représentation en nous.

La seconde partie de l'ouvrage : Élude sur ki perception externe et sur la nature de la force, prend la question de la connaissnnce sous l'aspect inverse, en

Henoimeh. — Le l'crsoimalisnu' a

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considérant les objets externes comme donnés ponr eux-mêmes. Il faut alors envisagi^' des relations de dépendance mutuelle entre les modilications de soi, que perçoit la conscience, et les modillcalions propres de ces objets, qu'elle perçoit aussi, mais hors d'ellemême.

A ce point de vue, si c'est à l'objet lui-mùme que l'on pense, il s'agit de chercher comment il se peut faire que ses changements, quels qu'ils soient, qui sont représentés à la conscience par des sensations, et qui sont autre chose que ces sensations, soient suivis de ces autres changements, dans la conscience, qui sont pour elle les sensations: et de chercher, en conséquence, quelle peut être la nature, et en quoi peuvent consister les changements propres de cet objet. Cette double question est celle delà perception externe, dont celle de la nature des rorj)s est inséparable. Car cet objet est le Corps.

Et si c'est l'autre cùté de la relation de dépendance que nous considérons, la question est de savoir comment il se fait que des désirs et des actes de volonté, phénomènes inlernes d'une conscience, soient régulièrement suivis de certains changements de l'objet externe, perçus alors passivement par cette conscience. Le siège de ces changements, phénomènes externes, apparaît à la conscience, en premier lieu, dans un corps organifjue, également externe pour elle, mais partiellement et spéciliquement modifiable en rapport avec ses changements propres internes, de l'ordre mental des appétitions et des

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volitions. Ce siège apparaît, en second lieu, dans les corps extérieurs liés à ce corps organique par des lois qu'on appelle mécaniques, et les changements se propagent mécaniquement dans le monde extérieur. Qu'est-ce que ce mécanisme? La question de la force^ ou de la iiatiiro de la force, se pose à cetendroit. Car c'est indubitablement au senlimenl interne de la volonté, d'une part, et, de l'autre, à la constante exi)érience de reflicacité du vouloir pour donner lieu à la j)roduclion d'un mouvement de notre corps, que nousdevons attril)uer ce fait psychologique, — on ne peut le nommer autrement, — ce fait, que nous a[»pliquons spontanément le même terme à la désignation de deux lois de phénomènes entre lesquelles nous ne saurions trouver aucun rap[)ort, ù nous ne consultions (pie notre senl'nnent et no/f les faits. La première de ces lois est celle qui donne pour cause à tel phénomène de mouvement suscité dans un corps un phénomène mental, un désir; par la seconde nous supposons un rai)port de causalité analogue entre deux corps dont les états respectifs et successifs de repos ou de mouvement sont muluellement déterminés et varient suivant des modes que nous connaissons empiriquement et formulons mathématiquement. Le sens du terme de force appartient directement au premier cas, au cas de la volition ; son application àlaulre cas soulève une question si peu accessible à la mécanique ralioiinelle que les mathématiciens et les physiciens ont dû l'abandonner, ou du moins le réduire à sa valeur nominale, exprimant un rapport

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défini (ranh'cédcnt à conséquent dans un ordre de causalité expérimenlal.

La question de la force soumet donc au philosophe, ainsi que celle de la perception externe, le problème de la nature des corps et de la nature des actions exercées par les corps, ('e n'est autre chose que la recherche du fondement i-ationiud des notions générales de la physique. Notre élude (jui comprend, avec la critique des théories ])sychologiques de la perception externe, l'esquisse des [)rincipaux systèmes de physique a prion qui ont place dans Thistoire de la science, a i)Our objet Téclaircissement de ce problème en rapport avec la doctrine personnaliste. Elle nous conduit, pour terminer, à l'examen de quelques cosmogonies scientifiques, ou hypothèses sur l'oriiiine et la tin du monde physi(iue actu(d, autant qu'on |)(hi[ Io conjecturer d'apiès la marche des phénomènes observables.

Le personnalisme est le vrai nom qui convient à la doctrine désignée jusqu'ici sous le litre de néocriticisme. Ce titre était tiré, non sans raison, des caractères par lesquels cette philosoi)hie se rattachait au criticisme Kantien, et cc^s caractères, c'était, pour le dire en deux mots, radoplion de la mé'lhode des concepts, et la substitution du principe de la croyance l'ationnelle au faux critère d(^ l'évidence en ce (]ui touche la recherche de cesconnaissanc(^s inaccessihles à TexpérifMice dont se composent loiit c(» (lu'on

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appelle métaphysique et les thèses de la psychologie transcendanle. Toutefois il v avait, sur chacun de ces i)oints, une ditrérence profonde, et sur laquelle on n'a jamais assez ap[)uyé, entre le néocriticismc et le criticisme de Kant. Le système des concepts a prion^ régulateurs de l'expérience, ne s'éloigne pas seulement [)ar les définitions et par la classification des catégories, dans le néocriticismc, des formes de lasensibilitéet de la table des catégories, telle que la présentent Xvsihéùque i)iV(Uta/f/ti(/ue transrendanlales Kantiennes; il s'y oppose radicalement en se fondant sur le |)rinci[)e de relativité, en répudiant le réalisme de la substance, en ramenant toutes les catégories à la relation, forme fondamentale de la pensée, etégale en extension à toute pensée possible.

^Lais ceci n'est encore que la moindre din'érence, el ne fait pas assez ressortir le personnalisme comme iidiérent au néocriticismc: tandis que la philosophie de Kîint est en très grande partie tournée à la ruine du |)rin(*i[)e de la personne. Elle intronise, à la place des anciennes substances, on ne sait quels êtres en soi, ou nomnrnes inconnaissables, et le pur iwnndiliofuié i)ar-dessus, comme réalité suprême; elle abaisse à une réalité emplnque peu difierente d'une illusion tout ce qui est phénomène, et, par conséquent la personne vraie, dont tous les modes sont phénonn'naux et relatifs. Enfin, par le déterminisme uni\erselct absolu des phénomènes, Kant infirme la [)artie de ses propres théories quicoiicerne la [)rati(]ue ; il nie rigoureusement la liberté dans le

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monde phénoménal. Et cependant la liberté est, il le déclare, la condition de |)ossibililé de la morale du devoir, qui est la sienne même!

Le néocriticisme, dès son origine (Essffi.s de rritujne (jénémle, Premier essai, 1851. — Deffr/rnie essai, 1859) est en opposition décisive avec lous les points caractéristiques de la doctrine kanliiMine, un relativisme net, qui est en même temps le pcrsonnalisme. Vax voici les termes : toute connaissance est un fait de conscience qui suppose un sujet, à savoir, la conscience elle-même, el un objet représenté ; et toute rej)réseutation est un rap|)orl, ou un groupe de rapports assemblés par une loi. I ne loi est une relation générale. Lîi i)lus générale, que toutes les autres supposent, est la Helalion ellemême. Cette première des ra/é(jorics,cnn<u]rvrc, non plus abstrailemcnl, mais dans un vivant lliéàlre de représentations, est la loi de conscience, ou de personnalité, qui embrasse à la lois, comme ses instruments de connaissance et ses formes, le Temps el l'Espace, la Ouaiité, la Quanlilé, la Causalité, la Einalité. Le cercle dos catégories, constitué par la Helation, dans l'ordre universel abstrait, s'ouvre et se ferme pareillement, dans l'enceinte individuelle, qui est aussi la plus envelopi)ante à sa manière : la conscience, où lous les rapports possibles se trouvenl d(''linis et coordonnés.

C'est donc sous l'aspect de la personnalité que nous devons rationnellement nous représenter la svntbèse totale des pliénonu'ues et déliiiii" W monde

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réel, le monde vivant. L'Inconditionné, la Substance, les Noumènes sont des abstractions, de pures fictions intellectuelles.

La recherche d'une notion synthétique du monde phénoménal soulève la question métaphysique de r infini, que Kanl prétendait éluder par ses antinomies. Le néocriticisme, dès son origine, a réfuté les antinomies, et démontré par le principe de contradiction rimpossibililé logique de l'extension sans borne des phénomènes, soit dans l'espace, soit dans

le temps écoulé.

Kant affirmait dogmatiquement le déterminisme universel comme loi absolue du monde phénoménal. Le néocriticisme, dès son origine, a reconnu les thèses du déterminisme universel, et du libre arbitre réel comme dépassant. Tune et l'autre, la portée de la pure logique, et il a montré l'affirmation du libre arbitre réel comme engagée dans les notions morales de la personne. U n'a pas eu à sortir de l'expérience cl des phénomènes pour en assigner le siège, l'idée que nous en avons, sa définition, ne pouvant porter que sur leurs relations modales.

Le néocriticisme admettait donc la conscience comme fondement de l'existence, la personne comme premier principe causal à l'égard du monde, et posait la thèse métaphysique d'un premier commencement des phénomènes, à raison de l'impossibilité logique de leur rétrogression à l'infini. La doctrine personnaliste a été plus tardive à se compléter par la reconnaissance d'un acte de création comme

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fait iiiUial, el de riiuilé de la personne première el eréalrlce comme une vérilé im[)Osée à nolie asseiillmenl [k\v le caraelère d'unilé liarmoiiiqiie des lois(|ui régissent l'enlendement d(\s êtres inlellii^vnts, el ce monde, dont la représentation leur est donnée. Le concept du commencement premier ne se peut lixer sur aucun autre sujet ou matière que le sentiment du vouloir, fondement unique des concepts de cause et de force. La création est et doit être, ainsi que le commencement, hors de notre compréhension. L'hypothèse du monde existant par soi, éternel, n'est pas non plus celle d'un monde qui pourrait se rendre raison à lui-même de son existence.

Le dernier progrès que réclamait le personnalisme a été le nécessaire complément de ce théisme positif. Le néocriticisme laissait, en ell'et, l'étude ciitique de Dieu et du monde à l'état sceptique ou négatif, s'il ne l'étendait pas jusqu'à une théorie de la théodicée, ou de l'origine et de la lin du maL C'est une question qui s'attache iné\itahlement à la doctrine de Dieu créateur, parce que l'idée de Dieu est l'idée de la personne parfaite, et que le monde, œuvre de Dieu, doit être un monde paii'ait. Or k* mal régne dans le monde. La théorie cosmogonique et eschatologique du i)ersonnalisme, ahordée dans les Essais de cniiqiie (jênérale^ Troisième Essai (^^' édit.) et exposée dans la Xoace/ie monadologie est reprise à fond dans l'ouvrage que nous publions aujourd'hui.

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