CHAPITRE PREMIER
LES DEUX IIVPOTHKSES CONTRAIUES. — LA CRÉATION. LA SI ITi: LNTLNIE DES PHÉNOMÈNES SANS ORIGINE
L'hypothèse de la création du monde par un acte premier, origine des phénomènes, est plus intelligible, s'accorde mieux avec nos maîtresses notions logiques que rhvpolhèse d'une série infinie de phénomènes successifs sans origine.
La doctrine de l'éliTuité antérieure des phénomènes sncccsisirs s'appuie sur Tliypothèse de Téternité antérieure succcvssivi' des causes, en vertu du principe de causalité, c'ost-à-dire du jugement a priori, que tout ce qui comlatiiice (trxister a une cause. Mais rinterprétation de ce principe est vicieuse quand on lui fait dire que toute cause implique une cause antérieure dont elle est refîet. Ce dernier jugement n'est pas analytiquement lié à la notion de cause, et ne s'impose pas non plus a priori.
La nécessité qu\ine cause soit toujours causée est contradictoire à la nécessité d'une cause première des phénomènes ; elle est donc réfutée si celle-ci est prouvée. Or une démonstration logique de la nécessité que la séric^ des Renoumeh. — Le Pcrsonnalisme. 1
causes, prise l'é^j^ressivement, ait un pn^mier terme, sp tin* du coneept eat(''Oorique de la quantité nuniéri(jue, d'après lequel toutr suite dr elmcoc; nombraM**'?, réelles et distincti^s les un(*s des autres, formi» une somme donnée et détermin(''e, cpii ur peut éti'e n la lois infiuir et elT('clu<'e. Une somme d<' causes ou de phénomènes sueee^.sils, considérés à un mom<^nt quelc(uique du temps, s'ils sont ou ont été réels et distincts, doit donc ètr'e wm^ somme domiée et déterminée* à ce monn^nt, car une somme d('teimin(''e ne peut pas se composer de termes à Tinlini. Les irlc'es d'inlinité et de sommation sont des idées nnduellenient contradictoires.
Le système de réternité des [)hénomènes, éternité'' divisée en phases ou évolutions successives dont chacune a sa fin détcTminée par ses conditions initiales, est dans le m;''[ne cas qu(* le système de Tétei-nite'' sans divisions, en ce (jui concerne la suitc^ d(\s phases, (^diacune des [)ha^e< e^l un tout, mais, soit qu'on les rattache toutes ou non à une cause commun<\ on ne saurait achnettre sans conh-adiclion (jue leur succession dans le ternj)s n\a point eu d \)i'ii;ine.
Examinons de plus près ces diirérents [)oints.
L'idée du possible, par opposition à l'idée du réel, est Texpression d'un rapport : c'est ridé<' u"én(''rale et absf faite de Texistence (hi terme (pii peut èti-e lantécédent d'un conséquent pour un fait de devenir; et l'idée (bi (h'venir est ridée du cliangement qui sur\ient (hms (piehjiie chose qui est. Si on ne suppose pas Texistenct' de cpielque chose, si on dénie au fait du devenir tout antécédent, il faut (jue tout à la fois ce qui devient ne soit pas rt soi/, puisrpi'// (/('Vient. Le non-ôtre est donc l'être ! C'est vainemeFtt (pie Ton croit, en un tel devenir, éviter l'idée (bi pui' premier commencement.
La thèse du possible ne saurait donc se poser rationnellenuMit comme un antécédent réel d(* la thèse de ï('tre, et comme une manière d'expliepier rorio-ini* d<\s choses, parce que de l'idée du jtossihie on ne peut passer à celle du devenir qu'en pensant au rapport de certains phénomènes donnés avec d'iiutn^s dont ils renfermeraicMit la raison d'être sous une condition d(* temps. L'idée du possible n'oiïi'e pas le moviMi d'éviter l'option entre la thèse* du pur commencement et la régressi* ju à l'infuii des phénomènes.
Une idée vap^ue qui se^mldc* de nature à nous faciliter le passap* du concept du possildi* à la donnée du réel est celle d'une* se>rte* de* vii'tualih' tendancie*lle, asse*z bie*n rendue par l'imao-e' commune* du passé gros de* l'avenir, aspirant à l'avenir ; mais il e*st difficile de voir là que*lque chose de plus (pi'une imaoination, si ce n'e^st un e*fTe)rt d'ai)stractie)n enii. e'ie'vant le* prine-ipe* de* finalité au-de-ssus de* l'expérie'uce, l'e^nvisageant he>rs de* toute* inte*ntie)n cemsciente et même de tout suje't déterminé e)ù l'intention peuuTait avoir un fonde*me'nt. le* |)e)se'î*ait comme* une* e'utité supérie*ure au monde* e't ovnératrie'e* de l'être.
Quand nous ajoutons au concept du de*venir, le^ concept de la cause, qui en est, selon notre jugement, le com()lément, en cjuelque se)rte, et TexpUe-ation, et quand nous refusons d'entendre le principe de camalité e*n ce sens que toute* cause soit elle-même l'efTe't d'une cause antécédente en remontant une suite indéfinie de phénomènes, nous nions l'infinité réelle* de cette suite, c*t nous pensons une
cause* première.
L'argument à l'appui de cette* hypothèse, indiqué plus