LE TEMPS ET LES CONCEPTS POUR LESPRIT DIVIN
Le cas est pareil en ce qui concerne le temps. Les théologiens ont voulu que la connaissance des choses du temps fut simultanée pour Dieu, tandis qu'elle est sncnossive pour les êtres temj)orels. Il résultait de là, logiquement, ou que la loi de succession des phénomènes est une illusion attachée à la nature de ces ôlres, ou que Dieu ne perçoit j)as proprement les phénomènes en leurs changements, mais voit présentes les choses passées, présentes les choses futures, et jusqu'à celles dont les conditions ne sont [)as encore données.
Le temps rcel^ c'est-à-dire la l'elation d'ordre universel des phénomènes comme successifs, n'existant donc pas pour la nature divine, suiviuit ce système, Vespacp rre/, c'est-à-dire la relation d'ordre universel des phénomènes comme multipliés et (hvis(''S, contenants et contenus, distingués en tant que parties et touts par des signes sensibles, n'existant pas non plus comme représenté, j)«)ur cet esprit divin dénué de sensibilité, le devenir réel^ catégorie de l'esprit humain qui réunit les deux précédentes, ne pourrait non plus afrecter la nature d'un tel être. Il ne saurait cependant sans éprouver lui-môme un changement, — car la perception en est un, — être informé des cliangements qui s'opèrent dans sa création. Et, si le devenir est étranger à sa nature, comment les causes et les fins d'ordre contingent pourraient-elles la toucher et l'atteindre ?
Aclievons de passer en revue les catégories de l'esprit humain. La qualité et la quantité devraient être refusées à la connaissance divine, comme la causalité et la finalité, relations d'ordre général dont l'esprit divin n'aui-ait point
les moyens de suivre le développement, ou d'apercevoir seulement l'existence dans ce monde. Lui-même les aurait instifuées, cepenchmt, par hypothèse î Si leCréateur n'avait pas connu, possédé et apphqué ces lois, ces mêmes lois, comme les siennes propres, en sa |)ropre vie, comment aurait-il pu les créer et les introduire, en faire des formes de perception pour ses créatures? Faire que l'être créé ait une certaine représentation, et soi-même l'avoir d'abord, sont choses inséparables. Et si le Créateur l'a eue pour créer, comuKMit ne Ta-t-il pas gardée pour percevoir?
Mais les théologiens ou philosophes qui ont défini la nature du Cn'ateur de telle sorte que la connaissance de son œuvre lui fût impossible, ont imaginé, d'une autre part, qu'il hi connaissait si bien qu'il en étendait, en sa j)ensée, la connaissance sans limites, dans le temps et dans l'espace, dans l'élernilé antérieure et postérieure, et (ju'il était lui-même partout et tout entier présent au tout etauv parties du monde, et agent efficace unique en tout ce qui se fait et devient. Cette doctrine peut sembler contradictoire à celle (jui rend Dieu éti'anger au monde contingent; toutes deux s'accordent, au contraire, en concourant au renversement de l'idée de la création réelle et de la personnalil<' du Créateur. Ce n'est pas que les théologiens en conviennent, ce qu'ils ne |)Ourraient sans rompi-e avec la foi absiJument imposée à l'Église, mais ils déclarent que la nature divine, telle qu'ils disent la concevoir, est inconcevable (juand c'est de la nature de l'entendement humain, de scà propriétés et de ses pouvoirs, qu'on prend l'idée pour pensera des pouvoirs et propriétés de l'entendement divin qu'on désigne par les mêmes noms. Où la prendre cependant ? Le concept de la [)ersonnalité est un ; il ne j)eut se modifier que selon la mesure de perfection renfermée dans les attributs ; or, le sens vrai de la perfection exclut l'infinité dans touf ce qui comporte Tapplication des lois de nombre et de tout (VI).
PRKMIERS PRINCIPKS D'UNE MONADOLOGIE