‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 1 sur 167 · Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - Hartmann · texte numérisé non relu

Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - Hartmann

Jamais on n'a agité avec autant de passion qu'à notre époque la question du mal et celle du prix de la vie. Quelle valeur la vie doit-elle avoir aux yeux d'un homme réfléchi, éclairé par l'expérience et la science modernes? Est-il vrai que le monde soit mauvais, qu'il y ait un mal radical, absolu, invincible, dans la nature et dans l'humanité, que l'existence soit un malheur et que le néant vaille mieux que l'être? Ces propositions sonnent étrangement aux

oreilles des hommes de notre temps, étourdis par le bruit de leur propre activité, justement fiers des progrès de la science, et dont le tempérament médiocrement élégiaque s'accommode à merveille d'un séjour prolongé sur cette terre, des conditions laborieuses qui leur sont faites, de la somme des biens et des maux qui leur sont départis. Elle existe cependant, cette philosophie qui maudit la vie, et non-seulement elle se manifeste dans quelques livres brillants et aventureux, jetés comme un défi à l'optimisme scientifique et industriel du siècle, elle se développe par la discussion même, elle se propage par une contagion subtile dans un certain nombre d'esprits qu'elle trouble. C'est une sorte de maladie intellectuelle, mais une maladie privilégiée, concentrée jusqu'à ce jour dans les sphères de la haute

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