‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 101 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que partiellement , momentanément et par hasard. Toute vie vaut donc moins que le nonêtre, qui est l'indifférence absolue et immuable.

Examinons maintenant les deux grands mobiles de toute activité : « Tant que la philosophie ne gouvernera pas la machine du monde, dit Schiller, la faim et l'amour sont les principaux ressorts qui en assurent le mouvement. » Voyons donc à quelles satisfactions ils aboutissent. Les souffrances de la faim sont infinies; elle règne en maîtresse absolue sur une grande partie de la terre; elle combat contre la vie dans les autres parties du monde ; elle produit en beaucoup d'endroits la mort, dans tous l'appauvrissement physique et intellectuel de la race, la mortalité des enfants et mille maladies particulières qui ont pour cause qu'un homme ou qu'une famille a eu faim. Mettez en regard de tant de souffrances l'individu qui satisfait sa faim. Cela peut-il se comparer à la douleur de celui qui ne la satisfait pas? Les satisfactions de ce genre n'élèvent guère la sensibilité animale au-dessus de l'état

de pure indifférence. Rappelons-nous le mot terrible de Schopenhauer : « Pour constater si dans le monde la jouissance l'emporte sur la douleur, ou du moins si l'une fait équilibre à l'autre, il suffit de comparer la sensation de la bête qui en dévore une autre aux sensations de celle qui est dévorée1. »

Après la faim, vient l'instinct sexuel qu'on ne peut confondre avec l'amour, mais qui contient pourtant, à ce que prétend Hartmann, « tout ce qu'il y a de jouissance réelle dans l'amour, rien n'étant que pure chimère en dehors du matériel de l'acte. » Oui, il y a là quelque chose de réel, mais quelle sensation aveugle et fugitive, même chez les animaux supérieurs ! Dans presque tout le règne animal, cet instinct ne s'attache spécialement à aucun individu; il a un caractère purement générique. Si chez les vertébrés il y a une jouissance physique, capable d'intéresser l'égoïsme de l'individu, dans les espèces inférieures, il paraît bien que le plaisir est étranger à la

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