‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 102 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

reproduction, et que cet acte ne dépend que d'impulsions irrésistibles, non sans but, mais sans intention. Le but est dans la nature, il est étranger à l'animal. A voir les modes variés, indirects, suivant lesquels cet acte s'accomplit, il est facile d'induire que la jouissance y est vague, presque insignifiante. Dans les espèces supérieures, c'est autre chose; des combats terribles s'engagent entre les mâles et font payer d'un prix bien cher cette rapide jouissance. La continence forcée du plus grand nombre des mâles qui forment le troupeau du mâle vainqueur, les souffrances et la rage des vaincus l'emportent cent fois sur les plaisirs amoureux du mâle favorisé par le succès. Dans l'espèce humaine, surtout chez les races civilisées, les souffrances de la maternité sont bien plus grandes pour la femme que la somme des plaisirs correspondants. Mais nous avons là un exemple frappant des illusions que l'instinct impose au jugement. Qu'on se rappelle cette femme qui, après avoir subi heureusement plusieurs opérations césariennes, ne pouvait renoncer aux

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plaisirs de l'amour. C'est un exemple saisissant du pouvoir de l'Inconscient. Quant à l'homme, ce n'est qu'entre vingt-cinq et trente ans, dans les nations civilisées, qu'il est en état de fonder une famille. Et comment, dit Kant dans son Anthropologie, comment passe-t-il tout le temps de ce renoncement contre nature qui lui est imposé? Presque toujours dans te vice, et ces vices émoussent le sens du beau, corrompent la délicatesse de l'esprit, produisent à la longue le pire des maux, l'immoralité.

L'amour est une création de l'homme ; il dérive de ce fait que l'union des sexes est subordonnée à la recherche de telle ou telle personne, et que, grâce à l'imagination dont le pouvoir est indéfini, l'être humain se promet de la possession de cet objet, plus que de tout autre, une félicité illimitée. — Quel contraste dans la réalité! Voici une pauvre fille, couturière ou servante, qui gagne à peine de quoi soutenir sa triste vie. Elle succombe un soir à l'irrésistible puissance de ce qu'elle croit l'amour, et de ce qui n'est au fond que la

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