‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 119 sur 167 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rement idéal de soi-même dans le miroir de la conscience comme la fin raisonnable, la fin absolue de son être ? N'y a-t-il pas assez de souffrances dans la réalité ? Est-il nécessaire de les reproduire encore comme dans une lanterne magique? Non, la conscience ne peut être la fin suprême d'un monde dont l'évolution est dirigée par la haute sagesse de l'Inconscient. » Il faut donc chercher ailleurs une fin absolue dont le développement de la conscience soit seulement le moyen.

Cette fin ne peut être que le bonheur ; nous y voici encore une fois fatalement ramenés. On a beau retourner la question dans tous les sens : il n'y a pas un autre principe auquel un prix absolu puisse être attribué, que nous puissions considérer comme fin en soi, rien qui touche si profondément la nature propre, l'essence interne du monde. Tout ce qui vit tend au bonheur ; c'est sur ce principe que reposent, malgré leurs formes diverses, tous les systèmes de philosophie pratique. L'aspiration au bonheur est l'essence même de la Volonté qui cherche à se satisfaire. — Mais

214 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

quoi! le bonheur n'a -t- il pas été déjà déclaré impossible ? Le pessimisme n'a-t-il pas démontré que ce désir est insensé, que tout n'est qu'illusion, déception, souffrance dans cette recherche, que le développement progressif de la conscience n'aboutit qu'à un résultat négatif et à une conclusion triste, la folie du désir du bonheur? — Ici se révèle une antinomie : d'une part, le seul développement réel qui soit sensible dans le monde est celui de la conscience; mais ce développement de la conscience n'est pas une fin par lui-même, il en exige une autre. Cette fin absolue ne peut être conçue en dehors du bonheur ; le bonheur est la seule chose qui représente la force d'un motif et la réalité d'une fin. — D'autre part, il ne peut y avoir de bonheur sous aucune forme réelle ni même possible de l'existence; c'est un point sur lequel le pessimisme ne souffre pas de contradiction.

Quelle sera donc la solution de cette antinomie qui pose le bonheur à la fois comme nécessaire et comme impossible? La solution

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