CHAPITRE Vil
Les expédients et les remèdes proposés par Schopenhauer contre le mal de l'existence. — Le Bouddhisme moderne.
La délivrance du mal de l'existence est le but de toute philosophie pessimiste; par quels moyens obtenir ce résultat ? Avant d'aborder l'étude du grand remède, de celui qui doit être finalement appliqué au mal de l'existence, indiquons quelques-uns des remèdes provisoires qui ont été proposés par les philosophes pessimistes, non pour détruire le mal, mais pour le réduire, pour en suspendre momentanément ou les ravages ou le reten-
tissement dans la conscience. Ces expédients, imaginés contre la sensation actuelle du mal, se réduisent à deux : la science et l'art. Par la science comme par l'art, le sujet du vouloir, l'individu, le malheureux esclave de la vie, peut échapper pendant quelques instants à la conscience de son individualité et atteindre un degré supérieur de liberté, de paix et de sérénité, où si peu qu'on s'y tienne on trouve quelque chose comme la promesse et l'avantgoût de l'affranchissement futur.
Examinons à ce point de vue l'art, sur lequel Schopenhauer, suivant Kant de trèsprès, le commentant, pour ainsi dire, a développé quelques idées remarquables. Quel est l'effet le plus certain de la jouissance esthétique? C'est la suppression momentanée de tout ce qui fait la fatigue de vivre, la suppression de l'égoïsme, un état de désintéressement complet dans la contemplation pure de l'idée. Dans cet état, l'esprit se dépouille lui-même de tout intérêt personnel et de la misère du vouloir, comme l'idée de l'objet se dépouille aux yeux de l'artiste des