‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 123 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

imperfections de l'objet particulier et s'idéalise devant notre pensée. D'une part, c'est l'affranchissement du sujet qui contemple, d'autre part, l'affranchissement de la chose contemplée, qui s'élève à l'état d'idée pure, d'idée platonicienne, en se dégageant des conditions du temps, de l'espace et de la causalité. « Tant que nous nous livrons à la foule précipitée des vœux, des espérances et des craintes continues, nous restons sujets de la volonté, et alors nous n'aurons jamais ni plaisir durable ni repos; le sujet de la volonté reste sous la roue tournante d'Ixion. Mais, lorsqu'une circonstance extérieure ou une disposition intérieure nous élève subitement au-dessus du torrent infini du vouloir, lorsque la connaissance affranchie saisit les choses libres de tout rapport avec la volonté, c'est-à-dire en dehors de tout intérêt personnel, s'abandonnant tout à fait à elles en tant que représentations pures et non" en tant que motifs, alors le repos inutilement cherché ailleurs pénètre en nous et nous remplit de bien-être (autant du moins que cela est pos-

sible, le bien-être ne pouvant être que la suppression de la souffrance). C'est l'état sans douleur qu'Epicure estimait le plus grand bien et comme la manière d'être habituelle des dieux. Nous sommes délivrés de l'aride effort de la volonté. C'est comme le repos du sabbat que nous célébrons en nous sentant pour un instant affranchis du travail dans la prison correctionnelle du vouloir. Pour un instant, la roue d'Ixion s'arrête i. »

Heureux état que celui-là où l'esprit s'abandonne à l'intuition, s'y plonge tout entier, se laisse remplir par la contemplation de l'objet naturel ou de l'objet d'art qui est devant lui, soit un paysage, un arbre, soit un tableau de maître! « L'esprit se perd alors avec la conscience de lui-même, il ne subsiste plus que comme un sujet pur, affranchi de tout lien avec le vouloir, comme un miroir clair de l'objet, en sorte qu'il semble que l'objet soit seul là sans personne pour le percevoir...

1. Die Welt als Wille und Vorstellung, 3° édit., I, p. 231 et 210.

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