‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 136 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

contre « la canaille souveraine ». Ce doux ascète, qu'on dirait débordant de sympathie universelle , était le plus atrabilaire des hommes, un misanthrope exaspéré, un misogyne enragé. M. Frauenstadt a beau distinguer pour les besoins de sa cause et de son héros une misanthropie qui est désintéressée, et une autre qui est égoïste, la première objective et morale, née de la connaissance de la méchanceté en général et de l'horreur du vice, la seconde subjective et immorale, qui s'adresse aux hommes eux-mêmes et en particulier à tels ou tels hommes. Toutes ces distinctions sont bien subtiles et n'empêcheront pas qu'une morale si désintéressée ne perde son effet sur les lèvres d'un homme dont le cœur était passionnément épris d'amour pour lui-même, enivré par l'exaltation du sens propre, rempli de mépris pour les autres.

La morale est l'initiation nécessaire au renoncement. Mais le procédé le plus actif de cette négation du vouloir-vivre, c'est l'ascétisme, la mortification régulière de ce désir aveugle par les pratiques qui domptent la

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chair sous les coups de la discipline ou par les privations les plus dures, épuisant la flamme corruptrice et malsaine de la vie jusqu'à ce qu'elle s'éteigne volontairement d'ellemême. C'est après la morale, l'apprentissage nécessaire de l'affranchissement et comme le second* degré du noviciat dans la recherche du nirvana : « Le corps étant la volonté devenue visible, nier le corps, c'est nier la volonté ». L'exemple a été donné de tout temps au monde, sans que le monde en ait compris la signification, sans que les martyrs volontaires aient toujours eux-mêmes bien compris la valeur et la beauté de ces mutilations sanglantes que les pénitents hindous et les fakirs offrent encore aujourd'hui en spectacle aux foules, — ou de ces pratiques rigoureuses, plus difficiles parce qu'elles ne sont pas soutenues par l'exaltation du spectacle, par lesquelles les anachorètes du christianisme et les saints éprouvaient leur force morale sur le corps meurtri et humilié.

Cela au moins est intelligible, sinon trèspratique; ce qui l'est moins, c'est le procédé

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