CHAPITRE VII
lonté individualisée dans le corps, mais le principe de la "volonté dans l'espèce, en tarissant une fois pour toutes la source de la vie et le flot des générations. — Sur ce point Schopenhauer déploie une verve et une abondance merveilleuse d'arguments et d'exhortations, soit qu'il satisfasse ainsi à quelque rancune de sa misanthropie, spécialement dirigée contre les femmes dont l'attrait perpétue la folie de vivre, soit qu'il sente instinctivement que c'est là qu'il rencontrera le plus de résistance et comme une indocilité de parti-pris même chez ses sectateurs les plus fidèles.
C'est particulièrement de ce point de vue de la chasteté obligatoire qu'il juge les systèmes religieux, selon qu'ils sont plus ou moins propices à la suppression prochaine de l'humanité. — Sauf les religions optimistes comme l'hellénisme et l'islamisme, toutes les autres, selon Schopenhauer, ont plus ou moins recommandé cette forme excellente et supérieure de l'ascétisme, ce A cet égard, le christianisme n'a de rival que le
bouddhisme, et parmi les communions chrétiennes le catholicisme, malgré des tendances superstitieuses, a le mérite de maintenir rigoureusement le célibat de ses prêtres et de ses moines. Les protestants, en le supprimant, ont détruit l'essence même du christianisme pour aboutir à un plat rationalisme, une bonne religion pour des pasteurs confortables, mais qui n'a plus rien de chrétien. C'a été le mérite du christianisme primitif d'avoir l'intuition nette de la négation du vouloir- vivre, bien qu'il ait donné de mauvaises raisons à l'appui d'une excellente thèse ». Et ici la surabondante érudition de Schopenhauer se donne pleine carrière à travers les pères de l'Église et les gnostiques. Il cite des témoins de toute catégorie, d'illustres et d'obscurs; à côté de saint Augustin et de Tertullien, il rappelle l'évangile des Égyptiens : « Le Sauveur a dit : Je suis venu pour détruire les œuvres de la femme; de la femme, c'est-à-dire, de la passion; ses œuvres, c'est-à-dire la génération et la mort ». Il s'ap-