CHAPITRE VIL
proprie les textes, il les commente avec amour, il s'y délecte comme s'il y voyait la formule du salut.
C'est bien là en effet ce qu'il y a de plus clair et de plus net dans sa théorie : la suppression du commerce sexuel ; le reste n'est que verbiage ou chimère. Supprimer la vie directement, en détruire le principe et la source, non pas dans des catégories spéciales de moines, de prêtres ou de célibataires laïques, mais dans l'humanité tout entière, par un accord spontané (Je toutes les intelligences , de toutes les volontés ; concerter ce grand acte d'abstention volontaire qui déjouera toutes les ruses du génie de l'espèce; d'un seul coup renvoyer dans le néant tous les siècles futurs et toutes les générations que nous suscitons, sans les consulter, à la vie, à la souffrance, arrêter l'histoire à l'heure actuelle du globe et ne pas laisser d'héritiers de nos misères, pouvoir dire enfin comme le poète :
« Plus d'homme3 sous le ciel, nous sommes les derniers ! » quel beau rêve dont il ne dépend que de moi
de faire une réalité! Et quel homme hésiterait à souscrire d'enthousiasme à ce programme, à célébrer ce sabbat universel de la délivrance, dès que la raison sera éclairée et le règne de Schopenhauer arrivé sur la terre ?. A cette libération de l'homme s'ajoutera, par l'effet de la solidarité de tous les êtres, la délivrance de toute la nature. « Je crois pouvoir admettre , s'écrie Schopenhauer , que toutes les manifestations phénoménales de la Volonté se tiennent entre elles, que la disparition de l'humanité, qui est la manifestation la plus haute de la Volonté, entraînerait celle de l'animal, qui n'est qu'un reflet affaibli de l'humanité, et aussi celle des autres règnes de la nature qui représentent les degrés inférieurs de la volonté. C'est ainsi que devant la pleine clarté du jour le phénomène du rêve s'évanouit1 ».
Telle est cette apocalypse. En attendant la fin du monde et en vue de la préparer, on dit que dans l'Allemagne, et particulièrement à Berlin
i. Die Welt, etc., 3e édit., t. I, p. 449.